QUÉBEC
LE
9 SEPTEMBRE
Chers Frères et Sœurs,
je vous remercie de cet accueil émouvant.
Je salue tout d'abord
Monseigneur Louis-Albert Vachon, Archevêque de Québec, et chacun de mes autres Frères dans
l'Épiscopat, exerçant leur ministère au Canada.
Je salue les représentants des autres Églises
qui sont venus se joindre à
nous d'Amérique
et des divers continents, notamment de l'Europe avec laquelle
le Canada
a tissé des liens si forts.
Je salue les
missionnaires canadiens et les représentants des jeunes Églises où ils exercent leur
ministère.
Je salue le Recteur de l'Université Laval,
les professeurs et étudiants et
tous ceux
qui travaillent à renouveler et approfondir la culture pour
la
rendre toujours plus humaine, dans un dialogue confiant avec la foi.
Je salue les prêtres, les diacres, les
séminaristes, les religieux, les
religieuses et les laïcs des différentes paroisses de cet archidiocèse et des diocèses voisins,
qui ont put venir ici grâce au jumelage fraternel des paroisses.
Je salue ceux pour
lesquels Jésus avait une particulière sollicitude: les enfants, les jeunes,
les vieillards, les malades, les prisonniers, tous ceux qui souffrent d'être mal aimés ou marginaux sans travail ou dans l'épreuve.
Ensemble, à la suite de
l'Apôtre Pierre, tournons-nous vers le Seigneur Jésus. Qu'il fortifie notre
foi!
« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant
! » (Mt 16, 16.)
Ces paroles ont été prononcées pour la
première fois aux environs de Césarée de Philippe, en réponse à la
question de
Jésus : « Le Fils de l’homme, qui est-il d’après ce que disent les
hommes ? »
(Mt 16, 13.)
Ces paroles, c’est Simon-Pierre qui les a
prononcées dans la terre de Galilée. Il les a prononcées par la suite
en bien
d’autres lieux. Il les a prononcées à Jérusalem, en particulier le jour
de la
Pentecôte. Il les a prononcées à Antioche, quand il a quitté Jérusalem.
Il les
a prononcées enfin à Rome jusqu’au jour où il dut subir la mort sur une
croix
pour rendre témoignage à la vérité de ces paroles.
Ces paroles — professant la filiation
divine de Jésus-Christ — Simon-Pierre les a transmises en héritage à
l’Église. Il les a transmises d’une
manière particulière à tous ses successeurs sur le siège épiscopal de
Rome.
Comme l’évêque de Rome, successeur de
Pierre, je désire prononcer ces mêmes paroles aujourd’hui sur la terre
canadienne.
« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.
» (Mt 16, 16.)
Il est donné à l’Évêque de Rome de fouler
pour la première fois cette terre, dans la ville de Québec. Ici, débuta
l’évangélisation du Canada. Ici, l’Église fut fondée. Ce fut ici le
premier
diocèse de toute l’Amérique du Nord. Ici, par le grain semé en terre,
commença
une immense croissance.
C’est pourquoi je désire que, dès le début
de ce pèlerinage, nous nous rencontrions et nous nous unissions dans
cette
profession de foi sur laquelle est bâtie l’Église du Christ sur la
terre :
Le Christ, le Fils de l’homme, le Fils du
Dieu vivant ;
Le Fils, de la même nature que le Père :
Dieu, né de Dieu,
Lumière, née de la Lumière, engendré, non
pas créé, Verbe éternel par qui tout a été créé ;
Et en même temps : le Christ, vrai homme.
« Pour nous les hommes et pour notre
salut, il descendit du ciel, par l’Esprit-Saint, il a pris chair de la
Vierge
Marie ; et s’est fait homme. »
Le Christ : vrai Dieu et vrai homme. Telle
est la foi de l’Église.
Le Christ : crucifié sous Ponce Pilate, il
est mort et a été enseveli…
Le Christ : le troisième jour, il est
ressuscité des morts, il est monté aux cieux, est assis à la droite du
Père
d’où il viendra pour juger les vivants et les morts.
Telle est la foi des apôtres. Telle est la
foi de Pierre. Cette foi qui est la fondation sur laquelle est
construite
l’Église de Dieu sur la terre.
Simon-Pierre, qui professa cette foi le
premier aux environs de Césarée de Philippe, fut aussi le premier à
recevoir la
réponse du Christ : « Tu es Céphas (c’est-à-dire Pierre), et sur cette
pierre
je bâtirai mon Église… » (Mt 16,18.)
Comme il est beau d’entendre le même
apôtre Simon-Pierre, dans sa première lettre lue dans la liturgie
d’au-jourd’hui, rendre témoignage au Christ en le désignant comme la
pierre
fondamentale.
Le Christ est « la pierre vivante » (1 P
2, 4).
Cette pierre, en vérité, « les hommes
l’ont éliminée » (1 P 2, 4), rejetée radicalement, en allant jusqu’à
condamner
Jésus à la mort sur la croix et exécuter cette sentence quelques heures
avant
la Pâque.
C’est précisément dans ce rejet qu’il est
reconnu pour ce qu’il est : Jésus, le Christ, celui « que Dieu a choisi
parce
qu’il en connaît la valeur » (1 P 2, 4).
C’est par lui, pierre vivante, première
pierre, que nous sommes tous intégrés dans la construction d’un «
Temple
spirituel » (1 P 2, 5).
Oui, nous tous : « Comme pierres vivantes
», nous sommes intégrés à la construction qui a pour fondation le
Christ pour
édifier « un sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que
Dieu
pourra accepter à cause du Christ Jésus » (1 P 2, 5).
Nous sommes donc « la race choisie, le
sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu » (1
P 2,
9), et cela par Jésus-Christ qui est le Fils du Dieu vivant, qui est
vrai Dieu
et vrai homme, crucifié et ressuscité. Oui, par Jésus-Christ : il est
la
première pierre de l’édifice divin, bâti avec les fils et les filles de
toute
la Terre, qui se dressera pour l’éternité dans la gloire indicible de
la très
Sainte Trinité !
À partir de Jésus, le Christ, qui est la
pierre vivante s’ouvre cet avenir ultime de notre construction… Tel est
l’avenir de l’homme sur la terre. L’avenir d’une destinée divine.
Voici donc la foi en Jésus-Christ, que
Simon-Pierre proclamait! Voici la foi
concernant l’Église que Simon-Pierre proclamait ! Quelle
surprenante unité ! Et quelle force dans cette foi .
Aujourd’hui l’Évêque de Rome, venu en terre canadienne, désire
professer cette
foi de tout son cœur. Il désire en faire le fondement de toute sa
mission
parmi vous, frères et sœurs bien-aimés,
dans cette ville de Québec et sur toute la terre canadienne que je vais
ensuite
visiter en chacune de ses régions.
Car nous sommes ici au premier foyer de
l’Église du Christ en Amérique du Nord. Partis de France, les Jacques
Cartier,
les Champlain et tant d’autres, en apportant sur ce continent leur
culture et
leur langue, contribuaient à im-planter la foi au Christ Sauveur.
De nombreux serviteurs et servantes de
Dieu sont venus, dès le début de la colonisation, pour construire
l’édifice de
l’Église sur votre terre. Les Pères Récollets, les Jésuites, les
Sulpiciens,
les Ursulines, avec Marie de l’Incarnation rayonnant son incomparable
expérience spirituelle, les Hospitalières de Dieppe entraînées par
l’inépuisable charité de Catherine de Saint-Augustin : ces religieux et
ces
religieuses ont été parmi les premiers à témoigner de la foi et de
l’amour du
Christ au milieu des colons et des « Indiens ». Porteurs de la Parole,
éducateurs des jeunes, bons samaritains auprès des malades, ils ont
façonné le
visage de l’Église dans ce nouveau pays. On a pu parler d’une véritable
«
épopée mystique » dès la première moitié du XVII e siècle. Certains ont donné leur vie
jusqu’au martyre. Beaucoup d’autres les ont rejoints, apportant leur
pierre
vivante à la construction, souvent dans la pauvreté, mais rendus forts
par l’Esprit
de Dieu.
En ce lieu, nous évoquons en particulier
François de Montmorency-Laval, vicaire apostolique, puis premier évêque
du
Québec. Je ne puis oublier que le séminaire qui porte son nom est à
l’origine
de l’Université qui nous accueille en ce moment dans ce site admirable.
Vos ancêtres ont forgé ici une culture en
puisant aux sources de leur pays d’origine. Au long des siècles cet
héritage
s’est enraciné, diversifié ; il a accueilli l’apport propre des
Amérindiens, et
tiré profit de la présence anglaise en ce continent. Il s’est enrichi
grâce aux
vagues successives d’immigrants venues de partout. Votre peuple a su
conserver
son identité en demeurant ouvert aux autres cultures.
L’Église a reconnu ou se prépare à
reconnaître la sainteté d’un certain nombre de ces pionniers. Ils sont
des
témoins éclatants parmi beaucoup d’hommes et de femmes, humbles
croyants de la
vie quotidienne, qui ont façonné peu à peu cette terre à leur image,
selon leur
foi.
La vitalité et le zèle de vos devanciers
les ont d’ailleurs entraînés à porter plus loin la Bonne Nouvelle : je
salue
ici une Église qui a su rapidement rayonner dans l’Ouest canadien, le
Grand
Nord et en bien des régions d’Amérique. Bien plus, elle a pris une
grande part
à l’effort missionnaire de l’Église universelle à travers le monde.
Votre devise est : « Je me souviens. » Il
y a vraiment des trésors dans la mémoire de l’Église comme dans la
mémoire d’un
peuple !
Mais à chaque géneration, la mémoire
vivante permet de reconnaître la présence du Christ, qui nous interroge
comme
aux environs de Césarée : « Vous, qui dites-vous que je suis ? »
La réponse à cette question est capitale
pour l’avenir de l’Église au Canada, et aussi pour l’avenir de votre
culture.
Vous constatez que la culture traditionnelle
— caractérisant une certaine « chrétienté » — a éclaté : elle s’est
ouverte à
un pluralisme de courants de pensée et doit répondre à de multiples
questions
nouvelles ; les sciences, les
techniques et les arts prennent une importance croissante ; les
valeurs
matérielles sont omniprésentes ; mais aussi une sensibilité plus grande
apparaît pour promouvoir les droits de l’homme, la paix, la justice,
l’égalité,
le partage, la liberté…
Dans cette société en mutation, votre foi,
chers frères et sœurs, devra apprendre à se dire et à se vivre. Je le
disais à
vos évêques en octobre dernier : « Ce temps est le temps de Dieu qui ne
peut
manquer de susciter ce dont a besoin son Église lorsqu’elle reste
disponible,
courageuse et priante. » Vous saurez vous souvenir de votre passé, de
l’audace et de la fidélité de vos prédécesseurs, pour porter à votre
tour le
message évangélique au cœur de situations originales. Vous saurez
susciter une
nouvelle culture, intégrer la modernité de l’Amérique sans renier sa
profonde
humanité qui venait sans aucun doute de ce que votre culture a été
nourrie par
le christianisme. N’acceptez pas le divorce entre la foi et la culture.
À
présent, c’est à une nouvelle démarche missionnaire que vous êtes
appelés.
La culture — et de même l’éducation qui
est la tâche première et essentielle de la culture — est la recherche
fon-damentale du beau, du vrai, du bien, qui exprime au mieux l’homme,
comme «
le sujet porteur de la transcendance de la personne » (cf. mon discours
à
l’UNESCO, 2 juin 1980, n° 10), qui l’aide à devenir ce qu’il doit «
être »
et pas seu-lement à se prévaloir de ce qu’il « a » ou de ce qu’il «
possède ». Votre culture est non
seulement le reflet de ce que vous êtes, mais le creuset de ce que vous
deviendrez. Vous développerez donc votre culture d’une façon vivante et
dynamique dans l’espérance, sans peur des questions difficiles ou des
défis
nouveaux ; sans pour autant vous laisser abuser par l’éclat de la
nouveauté et
sans laisser s’installer un vide, une discontinuite entre le passé et
l’avenir
; autrement dit, avec discernement et prudence, et avec le courage de
la
liberté critique à l’égard de ce qu’on pourrait appeler « l’industrie
culturelle » ; surtout avec le plus grand souci de la vérité.
Mais en m’adressant moi-même ici aux
croyants, je répète à nouveau ce que j’ai déclaré à l’UNESCO : « Je
pense
surtout au lien fondamental de l’Évangile, c’est-à-dire du message du
Christ et
de l’Église, avec l’homme dans son humanité même » (n° 10). Oui, chers
frères
et sœurs, dans la culture qui est toujours l’âme d’une nation (cf.
ibid. n°
14), la foi joue une grande part. La foi illuminera la culture, elle
lui
donnera sa saveur, la rehaussera, comme le dit l’Évangile à propos de
cette «
lumière », de ce « sel », de ce « levain » que les disciples de Jésus
sont
appelés à être. La foi demandera à la culture quelles valeurs elle
promeut,
quelle destinée elle offre à la vie, quelle place elle fait au pauvre
et au
déshérité avec qui le Fils de l’Homme est identifié, comment elle
conçoit le
partage, le pardon et l’amour. S’il en est ainsi, l’Église continuera à
travers
vous à accomplir sa mission. Et vous rendrez service à la societé tout
entière,
même aux hommes et aux femmes qui ne partagent pas la même expérience
spirituelle
que vous. Car un tel témoignage respecte la liberté des consciences,
sans pour
cela les abandonner à certains « impératifs » de la civilisation
moderne qui
prétendent servir le progrès humain mais qui en fait dérogent au
respect de la
vie, à la dignité de l’amour qui enveloppe les personnes, à la
recherche des
vraies valeurs de l’humanité (cf. Discours à l’Unesco, n° 13).
Mais encore votre foi doit demeurer active
et forte ; elle doit devenir toujours plus
personnelle, de plus en plus enracinée dans la prière et dans
l’expérience des sacrements, elle doit atteindre le Dieu vivant en son
Fils
Jésus-Christ le Sauveur, avec l’aide de l’Esprit-Saint, dans l’Église.
Telle
est la foi que vous devez approfondir avec joie, de manière à la vivre
et à lui
rendre témoignage dans la vie de chaque jour et dans les nouveaux
royaumes de
la culture. Telle est, en effet, la grâce que nous devons demander pour
l’avenir du Québec, pour l’avenir de tout le Canada. Et ici nous sommes
revenus
à la question fondamentale de Jésus-Christ : « Et toi, qui dis-tu que
je suis ?
»
Dans la foi que Simon-Pierre a affirmée
aux environs de Césarée de Philippe, dans la foi qu’il a exprimée d’une
manière
si belle par sa première lettre, dans cette même foi, moi, Jean-Paul
II,
l’Évêque de Rome, je désire vous saluer cordialement au commencement de
mon
pèlerinage sur votre terre.
Je désire vous saluer tous.
Vous qui êtes la race choisie, le
sacerdoce royal, la nation sainte, le Peuple qui appartient à Dieu.
Vous qui avez été appelés en Jésus-Christ
pour « annoncer les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres
à son
admirable lumière » (1 P 2, 9).
Vous qui avez été appelés en Jésus Christ pour
"annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son
admirable lumière" (1P, 2,9).
Nous inaugurons aujourd'hui une fête destinée à avoir un
grand retentissement dans vos cœurs.
L'Église met sur nos lèvres le chant qui
convient:
"Chantez au Seigneur en bénissant son
nom!
De jour en jour, proclamez son salut,
racontez sa gloire aux
nations
et ses merveilles à tous
les peuples!" (PS 95/96, 2-3).
des rivages de
l'Atlantique aux rivages du Pacifique,
et du sud aux terres
glacées du Nord...
pierre parmi vous!
vivante pour toutes les générations!
Gloria Tibi, Trinitas!
Amen.
Canadian Conference of
Catholic Bishops