HOMÉLIE
HALIFAX
Nous t'adorons, Seigneur, et nous te louons, car
par ta Croix tu as assuré le salut du
monde. Alléluia.
Chers frères et sœurs,
Dès lors que j'eus commencé à servir au Siège de
saint Pierre, j'ai entrepris de proclamer cette vérité
par l'Encyclique Redemptor Hominis. Dans cette même vérité, je désire m'unir à vous tous aujourd'hui dans l'adoration de la Croix du Christ:
"Qu'ils n'oublient
pas les hauts faits de Dieu" (cf. Ps
77 [78], 7).
Dans l'esprit de cette
acclamation de la liturgie d'aujourd'hui, suivons attentivement la
voie tracée par ces saintes paroles dans lesquelles le Mystère du
Triomphe
de la Croix nous est annoncé.
Tout d'abord, le message
central de l'Ancien Testament est contenu dans ces paroles. Selon saint
Augustin, l'Ancien Testament recèle en lui ce que le Nouveau
Testament révèle pleinement. Nous avons ici l'image du serpent d'airain dont Jésus parlait
dans sa conversation avec Nicodème. Le Seigneur lui-même révéla
la
signification de cette image en disant: "Comme Moïse éleva le serpent
au désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme" (Jn 3,
14-15).
Pendant la marche
d'Israël de l'Égypte à la terre promise, Dieu permit - parce que le peuple
murmurait - une abondance de serpents venimeux, et plusieurs moururent de
leur morsure. Lorsque les autres comprirent leur péché, ils demandèrent à Moïse
d'intercéder pour eux devant Dieu: "Intercède auprès de Yahvé
pour qu'il éloigne de nous ces serpents (Nb 21, 7).
Moïse pria et reçut du
Seigneur le commandement suivant: "Façonne-toi un Brûlant (serpent) que
tu placeras sur un étendard. Quiconque aura été mordu et le regardera
restera en vie" (Nb 21, 8). Moïse obéit. Le serpent
d'airain élevé sur la
perche devint moyen de salut pour quiconque était mordu par un
serpent.
Dans le livre de la Genèse, le serpent était
le symbole de
l'esprit du mal mais aujourd'hui,
dans un étonnant revirement, le serpent d'airain élevé dans le désert est un symbole du Christ
élevé sur la Croix.
La Fête du
Triomphe de la Croix nous remet à l'esprit et, dans un certain sens aussi la rend présente,
l'élévation du Christ sur la Croix.
Cette Fête est l'élévation
du Christ
Sauveur: quiconque croit au Crucifié a
la vie éternelle.
L'élévation du Christ sur la Croix donne un premier
élan à l'élévation de
l'humanité par le moyen de la Croix. Et la mesure finale de cette élévation est la vie éternelle.
de l'Évangile selon saint Jean.
Pourquoi la Croix et le Crucifié sont-ils le seuil de la vie éternelle?
Parce qu'en Lui - le
Christ crucifié - se manifeste dans sa plénitude l'amour de Dieu pour le
monde, pour l'homme.
Lors du même entretien
avec Nicodème, le Christ dit ceci: "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donne son Fils unique, pour que tout
homme qui croit en Lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Dieu,
en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu'il juge le monde, mais pour
que le monde soit sauvé par
Lui" (Jn 3, 16-17).
L'élévation salvatrice du Filsde Dieu sur la Croix
trouve en l'amour sa source éternelle. C'est
l'amour du Père qui envoie le Fils; il donne son Fils pour que le monde soit
sauvé. Et, en même temps, c'est l'amour du Fils qui ne
"juge" pas le monde, mais qui
se donne par amour pour le Père afin que le monde soit sauvé. Se donnant lui-même
au Père par le Sacrifice de la Croix, II se donne lui-même, en même
temps, au monde: à chaque
être humain et à toute l'humanité.
La Croix contient en elle le Mystère du Salut car,
dans la Croix, l'amour se trouve élevé. C'est là l'élévation de
l'amour à son plus haut sommet dans l'histoire du monde: dans la Croix,
l'amour se trouve élevé et la Croix est en même temps élevée par
l'amour. Et du haut de la Croix l'amour descend vers nous. Oui: "La Croix est
le moyen le plus profond pour la
divinité de se pencher sur
l'homme... La Croix est comme un
toucher de l'amour éternel sur
les blessures les plus douloureuses de l'existence terrestre de l'homme" (Dives in
Misericordia, 8).
A ce message de l'Évangile selon saint
Jean, la liturgie d'aujourd'hui ajoute la présentation que fait
Paul dans son Épître aux Philippiens. L'apôtre y parle du
dépouillement du Christ par la Croix, mais en même temps de l'élévation du Christ au-dessus de toute
chose - et cela également trouve son origine dans la même Croix:
Le Christ Jésus s'anéantit lui-même, prenant
condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un
homme,
il s'humilia plus
encore,
obéissant jusqu'à la mort et à la mort sur une croix! Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de
Jésus, s'agenouille au plus haut des cieux, sur la
terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est SEIGNEUR, à
la gloire de Dieu le Père. (Phil
2, 6-11).
La Croix est le signe de la plus profonde
humiliation du Christ. Aux yeux du peuple, à cette époque, c'était la marque d'une mort infâme.
Aucun homme libre ne pouvait être puni de pareille mort, elle s'appliquait aux seuls esclaves. Le Christ accepte volontairement
cette mort, la mort sur la Croix. Pourtant,
cette mort
devient le début de la Résurrection. Dans la Résurrection, le Serviteur crucifié de Yahvé se
trouve élevé: il est élevé au-dessus de la création tout entière.
En même temps, la Croix également est élevée. Elle cesse d'être la marque d'une mort infâme pour devenir le signe de la
Résurrection, c'est-à-dire de la vie.
Par le signe de la Croix, ce n'est pas le serviteur ou l'esclave qui parle, mais le Seigneur de
toute la création.
Ces trois éléments de la liturgie d'aujourd'hui - l'Ancien Testament, l'hymne christologique de Paul et
l'Évangile selon saint Jean - présentent ensemble la grande richesse du mystère du Triomphe de la
Croix.
Comme nous nous trouvons aujourd'hui plongés
dans ce Mystère avec l'Église qui, dans le monde
entier, fête en ce
jour le Triomphe de la Sainte
Croix,
je voudrais partager d'une façon toute particulière sa richesse avec vous, chers frères et sœurs de l'Archevêché
de Halifax,
cher peuple de
Nouvelle-Écosse, de
l'Ile-du-Prince-Édouard et de tout le Canada.
Oui, je souhaite partager avec vous tous les
richesses de cette sainte Croix - cet étendard de salut qui fut plante
dans
votre sol il y a 450 ans. Depuis cette époque, la Croix a triomphé en cette terre et,
grâce à la collaboration de milliers de Canadiens, le message libérateur et salvifique de la Croix fut propagé jusqu'aux
confins de la terre.
Et en rendant hommage à vos
missionnaires, je rends également hommage à
toutes les collectivités du monde entier qui ont reçu leur message et
ont marqué leur tombe de
la Croix du Christ. L'Église
leur est reconnaissante d'avoir
fait
aux missionnaires l'hospitalité d'une parcelle de terre pour leur dernier repos, afin qu'ils
puissent y attendre le Triomphe définitif de la sainte Croix dans la
gloire de la Résurrection et de la vie éternelle.
J'exprime ma profonde
gratitude pour le zèle qui a caractérisé l'Église au Canada
et je vous remercie de vos prières, de votre contribution et de
toutes
les activités grâce auxquelles vous avez soutenu la cause missionnaire. Je vous
remercie tout particulièrement pour la générosité dont vous avez fait preuve à
l'endroit
des organismes du Saint-Siège
vouées
à une mission d'aide.
L'évangélisation reste toujours le
patrimoine sacré du Canada qui peut certes être fier de ses activités
missionnaires sur son territoire comme à l'étranger. L'évangélisation doit
continuer à être exercée par le témoignage personnel, en prêchant l'espérance fondée
sur les promesses de Jésus et en proclamant l'amour fraternel. Elle sera à jamais liée à l'implantation et à
l'édification de l'Église et elle aura des liens étroits avec le
développement et la libération qui sont autant d'expressions du progrès
humain. Au centre du message, il y a toutefois une proclamation
explicite du salut en Jésus Christ, ce salut apporté par la Croix. Pour reprendre
les paroles de Paul VI:
"L'évangélisation contiendra aussi toujours
- base, centre et sommet à la fois de son dynamisme - une claire proclamation que, en
Jésus Christ, le Fils de
Dieu fait
homme, mort et ressuscité, le salut est offert à tout homme, comme don
de grâce
et miséricorde de Dieu" (Evangelii Nuntiandi, 27).
L'Église au Canada
prendra toute sa dimension dans la mesure où elle proclamera dans ses
membres, en paroles comme en actes, le Triomphe de la Croix - dans la
mesure où elle sera chez elle comme à l'étranger, une Église évangélisatrice.
Au moment où je
prononce ces paroles, il en est un Autre qui, partout, s'adresse aux cœurs des
jeunes. C'est le Saint-Esprit lui-même qui pousse instamment chacun,
en tant
que membre du Christ, à recevoir et à propager la Bonne Nouvelle de
l'amour
de Dieu. Mais à certains de ceux-là, il redit le commandement de Jésus sous
son aspect expressément missionnaire: "Allez et faites des disciples
de toutes les nations". Devant toute l'Église, moi, Jean-Paul II,
je proclame une fois encore l'excellence de la vocation missionnaire. Et je veux
donner l'assurance à tous ceux qu'appellent le sacerdoce et la vie
religieuse que notre Seigneur Jésus Christ est prêt à accepter et à
faire
fructifier le sacrifice tout particulier de leur vie consacrée, dans le
célibat, pour le Triomphe de la Croix.
Aujourd'hui, l'Église évangélisatrice revient,
dans une certaine mesure,
à revivre toute cette période qui commence le Mercredi des Cendres, culmine pendant la Semaine Sainte et à
Pâques et
se poursuit pendant les semaines
suivantes jusqu'à la Pentecôte. La Fête du Triomphe de la Sainte Croix est pareille à une
synthèse concise de tout le Mystère de Pâques de notre Seigneur Jésus
Christ.
La Croix
"triomphe" parce que c'est sur elle que le Christ est élevé.
C'est par elle que le
Christ a "élevé" l'homme. Sur
la Croix, chacun est véritablement élevé jusqu'à atteindre la plénitude de
sa dignité - la dignité de la destinée ultime en Dieu.
Dans la Croix, la
puissance de l'amour qui élève l'homme, qui l'exalte, se trouve également
révélée.
Et de fait, l'ensemble
du plan de la vie chrétienne, de la vie humaine, trouve ici à la
fois sa synthèse et une nouvelle confirmation d'une merveilleuse
façon: le plan et sa signification! Acceptons ce plan - et sa
signification!
Attachons-nous à trouver une fois encore une place pour la Croix dans nos vies et dans
notre société.
Parlons-en d'une façon
toute particulière à tous ceux et celles qui souffrent et offrons aux
jeunes son message d'espoir. Continuons également à proclamer jusqu'aux
confins de la terre sa puissance salvatrice: Exaltatio Crucis! Le Triomphe déjà sainte
Croix!
Chers frères et sœurs:
"N'oubliez pas les hauts faits de Dieu!". Amen.
Canadian
Conference of Catholic Bishops