LA RENCONTRE AVEC LES
POLONAIS
TORONTO
Loué soit Jésus Christ!
Chers frères et sœurs, chers compatriotes,
Je suis extrêmement heureux que l'occasion me soit
donnée, au cours de mon
voyage apostolique au Canada, de vous
rencontrer aujourd'hui dans ce stade à Toronto, et par votre intermédiaire rencontrer tous
les Polonais vivant dans ce pays.
Vous êtes venus ici malgré les difficultés et les
sacrifices, de tous les
coins du Canada pour prier avec le pape, votre compatriote, sang de votre sang et coeur de votre coeur.
Je viens à cette rencontre avec beaucoup d'émotion
et de joie. Je me souviens
encore vivement de la chaleur de votre accueil et de votre hospitalité lorsque, en 1969, archevêque
métropolite de Cracovie, invité par l'épiscopat canadien et le Congrès polonais du Canada à
l'occasion de son 25e anniversaire. J'ai visité ce
pays et été reçu par des paroisses et des organisations culturelles polonaises. A cette
époque, il m'a été donné de visiter un certain nombre de groupes d'immigrants,
particulièrement dans l'Est et l'Ouest du Canada. J'ai
appris un peu plus profondément quels étaient vos problèmes de chaque jour, votre travail, vos
joies et vos chagrins. Au plus
profond de ma mémoire, je garde l'image de votre vie catholique, de votre fidélité à la foi de vos pères
et de votre tradition ainsi de votre apport de la culture chrétienne à
votre
nouvelle patrie. J'ai vu de près le
travail plein de dévouement des congrégations religieuses de femmes et d'hommes ainsi que du clergé
diocésain, né ici ou arrivé
à différents moments.
Notre rencontre d'aujourd'hui est en un sens la
suite et l'accomplissement de cette première visite, et je peux dire
avec
l'apôtre Paul: "Privé de votre
compagnie pour un moment, de visage mais non de coeur, nous nous sommes sentis extrêmement
pressés de revoir votre visage, tant notre désir était vif" (1 Th, 2, 17)
et "nous rendons grâce à Dieu à tout moment pour vous tous, en faisant mention
de vous sans cesse dans nos prières. Nous nous rappelons en présence de notre Dieu et Père
l'activité de votre foi,
le labeur de votre charité, la constance de votre espérance, qui sont dus à notre Seigneur Jésus
Christ" (1 Th 1, 2-4).
J'embrasse tous et chacun par mon coeur, et je
transmets un baiser de paix comme pape et comme
frère.
Ma pensée va également à tous les pionniers qui
maintenant reposent en paix.
"L'unique peuple de Dieu, comme l'enseigne
Vatican II,
est présent à tous les peuples de la terre, empruntant à tous les peuples
ses propres
citoyens, citoyens d'un royame [sic] qui n'est
pas de nature terrestre, mais céleste. (...)
Mais comme le royaume du Christ n'est pas de ce monde (cf. Jn 18, 36), l'Église, peuple de
Dieu par qui ce royaume prend
corps, ne retire rien aux richesses
temporelles de quelque peuple que ce soit, au contraire, elle sert et assume toutes les facultés, les ressources et les formes de vie des peuples en ce
qu'elles ont de bon; en les assumant, elle les purifie, elle les renforce, elle les élève.
(...) En vertu de cette catholicité, chaque portion apporte
aux autres et à toute l'Église le bénéfice de ses propres dons, en sorte que le tout
et chacune des parties s'accroissent
par un échange mutuel universel et par un effort commun vers une plénitude dans
l'unité" (Lumen gentium, no
13).
Appliquant
l'enseignement du concile, on
pourrait définir votre attitude
spirituelle comme "un don spécial" de l'Église de Pologne au Canada et à l'Église canadienne.
Oui, vous
êtes un don de cette nation et de son Église qui a une histoire et un héritage millénaires. Cette Église,
qui surtout au cours des
dernières décennies, a donné un nouveau témoignage dans l'Église universelle et la chrétienté, et
attirant ainsi les regards du monde entier.
Oui! Vous
êtes un don de cette nation et de cette Église dans laquelle ont vécu et témoigné des saints et
des bienheureux, de saint Stanislas, évêque et martyr, à saint Maximillien, martyr de l'amour,
et aux récents bienheureux comme la mère
Ursula, le père Raphaël et le frère Albert. Vous êtes un don de la nation et de l'Église dans laquelle ont vécu et témoigné vos parents, vos grands-parents et vos
arrière-grands-parents, et dans laquelle vivent et témoignent la
génération
contemporaine des Polonais.
L'héritage chrétien, qui a uni l'Église avec la nation polonaise depuis le commencement de la naissance de l'état,
est devenu l'apport de l'Église
au Canada par les immigrés polonais, commençant par ceux du siècle dernier, ceux de l'entre deux
guerres, ceux de l'après-guerre et ceux des dernières années.
Ceux qui vous ont précédé - les premiers émigrants -
le savaient bien. Écoutons
H. Sienkiewicz: "Même s'ils avaient été emportés
par le vent, comme des feuilles
mortes, leurs racines seraient restées dans l'endroit d'où ils venaient: la terre polonaise, bénie de
Dieu, dont les blés se bercent...
puissante, généreuse, tellement bonne, aimée plus que toutes les autres terre" (A la
recherche du pain).
En prenant racine dans cette terre nouvelle,
ils ont conservé leur liens profonds avec leur patrie et la conscience de
leur appartenance à la foi, à
la culture et aux traditions de leurs ancêtres, en même temps, ils étaient membres de la grande
communauté de l'Église universelle. Ils ont construits des églises, -
comment ne pas mentionner la première
église polonaise construite en
l'honneur de Notre Dame de Czestochowa - au cours
du siècle passé
par les pionniers polonais dont les descendants se retrouvent toujours dans le village de
Wilnow. Je songe
aussi à l'église actuellement en chantier ici
dans
l'archidiocèse de Toronto, placée sous le vocable
de saint Maximilien Kolbe. On doit aussi, à ces immigrants, des écoles catholiques, des organisations
pro-Polonia
et de jeunesse, comme par exemple
l'Union nationale polonaise, le Congrès polonais du Canada, le mouvement scout polonais. Ils ont créé
des centres
d'études polonaises, des bibliothèques, des musées. Ils ont publié des
livres,
des revues et des journaux. Tous ces centres et toutes ces
organisations,
constitués à diverses
époques et dans
des buts divers, s'inspirent de cet esprit grâce auquel vous êtes en
lien avec
la nation polonaise et son Église.
Vous ne brisez pas les liens, même si des
années d'éloignement ou des expériences variées que vous avez connues
ici et
que même certains d'entre vous, surtout les plus jeunes, ne savent pas
toujours
retrouver les mots polonais qu'ils
faudrait pour communiquer avec ceux qui viennent de Pologne et pour exprimer ce que le coeur
ressent. Au
contraire vous chercher à nouer
des
liens avec la Pologne et avec ce qui est polonais. Solidaires de la
terre de vos ancêtres, vous avez manifesté cette solidarité au moment où, dans des circonstances difficiles,
vous avez à
la secourir par vos offrandes,
par
votre concours généreux. Cela mérite reconnaissance et gratitude.
Qu'il me soit
permis ici, en ce moment,
de
vous adresser au nom de tous mes
compatriotes dans votre patrie, le plus cordial "Bóg
zapłač". Merci !
Entourée par le matérialisme du monde contemporain,
la famille connaît beaucoup
de difficultés. Sa situation actuelle est confuse. Le concept de l'autorité des parents sur les
enfants est contesté, comme le sont les valeurs chrétiennes essentielles.
Mes chers frères et sœurs, la famille doit être
l'objet de vos soins les
plus attentifs, cette famille issue du lien sacramentel entre l'homme et la femme qui, ensemble se sont
découverts une vocation commune au mariage et à la vie familiale. Protéger la famille contre
les dangers de
la société moderne est un défi
pour l'Église tout entière, un défi posé à tout le
ministère pastoral polonais, à toute la Polonia, à tous.
Selon l'image de la famille, on obtiendra l'image de
la Polonia canadienne; et la personne venant
de souche polonaise
reflétera ses qualités.
La famille, je l'ai écrit dans l'exhortation apostolique "Familiaris Consortio" est devenue la
"cellule première et vitale de la société
(...) c'est au sein de la famille en effet
que naissent les citoyens et dans la famille qu'ils font le premier
apprentissage des vertus sociales, qui sont pour la société l'âme de sa vie et de son
développement. (...) la famille constitue le berceau et le moyen le plus efficace
pour humaniser et personnaliser la société: c'est elle qui travaille d'une manière
originale et profonde à la construction du monde,
rendant possible une vie vraiment humaine, particulièrement en
conservant et en transmettant les vertus et les 'valeurs'. Comme le dit le Concile Vatican II,
la famille est le 'lieu de rencontre de plusieurs générations qui s'aident
mutuellement à acquérir une sagesse plus étendue et à harmoniser les
droits des
personnes avec les autres
exigences de la vie sociale'. C'est pourquoi, face à une société qui
risque d'être de plus en plus dépersonnalisanté et anonyme, et
donc inhumaine et déshumanisante, avec
les conséquences négatives de tant de formes d'"évasion" - telles que l'alcoolisme, la
drogue ou même le terrorisme -, la
famille possède et irradie encore
aujourd'hui des énergies extraordinaires capables d'arracher l'homme à l'anomymat, de
l'éveiller à la
conscience de sa dignité personnelle, de le revêtir d'une profonde humanité et de l'introduire
activement avec son unicité et sa singularité dans le tissu de la société" (Nos
42-43).
Pour ces motifs je fais un appel chaleureux à tous
ceux qui tiennent au bien de la famille
pour qu'ils ne négligent rien qui puisse
conserver l'identité naturelle de
la famille et redécouvrir cet appel
chrétien à rester
toujours une "église domestique", mère et éducatrice des générations futures.
A l'occasion de la rencontre d'aujourd'hui, ma
pensée se tourne d'une façon
particulière vers la jeunesse, cette génération de ceux qui d'ici quelques années auront à prendre la
responsabilité de la vie religieuse et polonaise de nos collectivités.
Mes chers amis, je me tourne vers vous pour vous
faire part des désirs de mon
coeur.
Il y a plusieurs années, au terme de ma visite
pastorale en ce pays, j'ai adressé une lettre
spéciale à ceux qui, à l'époque, constituaient la jeunesse. J'ai l'impression que les
pensées
essentielles de ma lettre restent
toujours valables. Voyez-y aujourd'hui les pensées du Pape. Posez-vous cette question centrale:
"Qui
êtes-vous?"
Je sais que la majorité d'entre vous est née sur ce
sol, que vous appartenez à la
deuxième, voire à la troisième génération de Polonais en ce pays, et pourtant la tradition,
l'art, la danse, la chanson, la langue polonaise vivent et sont pour vous importantes. Même si
pour le plus grand nombre d'entre vous la langue que je vous parle en
ce moment
est beaucoup mieux connue que le polonais. Vous découvrez votre
caractère
polonais, qui vit encore au plus
profond de vos âmes jeunes et sensibles. Cela signifie que l'héritage de vos pères se trouve gravé dans vos
cœurs d'une façon réelle,
indélébile.
Vous êtes des enfants des Polonais!
Vous êtes vous-mêmes si vous réagissez comme vos
parents, en tant que polonais:
Canadiens d'origine polonaise. La nature d'une appartenance fondée sur la citoyenneté et celle
qui tire son origine d'une identité nationale sont de deux ordres différents. La première a un
caractère plus externe; la seconde, un caractère
plus interne. Il faut, pour se réaliser soi-même, cultiver ces deux ordres (Lettre
à la jeunesse, 15 sept.
1969).
Être soi-même! A quel point il
est important pour l'homme contemporain, et surtout
pour la
jeunesse qui, au milieu de tant de difficultés, cherche le moyen d'affirmer et d'exprimer son
authenticité. Je souhaite donc que vous restiez vous-mêmes
et
particulièrement que vous sachiez découvrir et manifester vos origines polonaises, cet
héritage spécial d'appartenance à la nation polonaise,
transmis par vos parents. Que vous soyez vous-même et de cette conscience vous allez tirer des
conclusions appropriées. Il faut que ces
conclusions soient élaborées en collaboration avec les personnes plus âgées qui travaillent pour
maintenir et approfondir leurs racines polonaises et qui, avec tous les croyants,
forment l'Église une, sainte, catholique et apostolique. Jeunes,
je vous souhaite de toujours chercher assidûment Dieu et de vivre en
lui, découvrant ainsi la vraie beauté du monde et le sens profond de votre humanité.
Sachez découvrir votre vraie vocation,
celle que Dieu a gravée dans vos cœurs, et par cette découverte, tâchez d'apporter le plus
possible à la vie du pays qui a si généreusement accueilli vos parents. Soyez
attentifs à ne jamais appauvrir cet héritage, préservé par
les générations du passé. Ne décevez pas les espoirs déposés en vous. N'appauvrissez pas ce
patrimoine conservé pour vous grâce
aux efforts des générations antérieures. Ne trahissez pas les espoirs qu'ils ont placés en vous.
Je désire encore m'adresser aux frères et sœurs
venus au Canada au cours
des dernières années ou des derniers mois et que l'on désigne sous le nom
de "nouvelle immigration".
L'Église et la communauté internationale respectent
le principe selon lequel
"l'homme a le droit de quitter son pays d'origine pour divers motifs - comme aussi d'y retourner - et de chercher de
meilleures conditions de vie dans un autre pays" (Laborem
Exercens, no 23).
Vous qui êtes venus récemment au Canada avec une
intention de vous y établir
ou pour y vivre un certain temps, vous entrez dans la vie canadienne, société qui peut vous impressionner par
son développement matériel,
par son organisation, sa richesse et son dynamisme. Bien souvent le nouveau-venu peut avoir
l'impression d'être inférieur et dépendant. Il peut en ressentir un intense mécontentement et avoir
des réactions excessives. Il peut en
particulier succomber à la fascination aveugle, avoir une certaine honte de ses origines, nier son
héritage dans lequel il a été éduqué, en pensant qu'il est trop modeste et pauvre en
comparaison de
la richesse qu'il rencontre. Il désire alors à tout prix s'élever au même niveau et le plus vite possible,
particulièrement en acquérant des biens matériels.
Mes chers compatriotes,
apprenez à évaluer à leur juste valeur ce qui vous entoure. Apprenez à
apprécier les choses, à voir les différences, à choisir! Apprenez à
respecter le bien qui est en vous et ne brisez pas les liens qui vous attachent
à votre mère patrie. Apprenez à tirer profit de l'expérience des
autres. Par
dessus tout, sachez préserver le don de la foi et le lien vivant avec la grande
famille des enfants de Dieu, l'Église du Christ.
J'ai confiance que durant
cette difficile période d'intégration dans une nouvelle société vous
trouverez
assistance auprès de vos compatriotes qui vivent ici depuis longtemps. Je
ne parle pas simplement de l'aide matérielle et technique, même si elle est
nécessaire. Je veux parler d'un secours spirituel, vous permettant de surmonter la
séparation, le sentiment de solitude, expérience insupportable pour beaucoup.
Vous pouvez compter sur l'aide des paroisses et des organisations polonaises, et
de chaque Polonais vivant au Canada.
Notre rencontre tombe le
jour où l'Église célèbre la fête de l'Exaltation de la
Sainte Croix du Seigneur. "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique pour que tout
homme qui croit en lui ne périsse pas".
Le Christ a été soumis à la volonté au Père et
"il s'anéantit lui-même,
prenant condition d'esclave et devenant semblable aux hommes... Il s'humilia plus encore, obéissant
jusqu'à la mort et à la mort sur une croix! (Ph
2, 8-11).
Par la croix, autrefois symbole de la honte, l'être
humain a été élevé, tout être humain,
de tous les temps et de toutes les générations, chacun de nous. Chers frères et sœurs, par la Croix
du Christ, vous avez retrouvé
le premier amour du Père et la participation à sa Gloire. La Croix est pour nous symole [sic]
d'amour, de foi et d'espérance. Vous le chantiez souvent dans vos églises en Pologne: "La croix
est souffrance, la croix
est salut, la croix est école d'amour. Hâte-toi de prendre ta croix, quand la foudre s'approche, prends ta
croix et tu sera soutenu et sauvé".
Par le signe de la Croix, je vous bénis tous. Je
prie Dieu que la Croix soit pour vous et
pour vos enfants le salut et l'élévation de la personne humaine. Je vous demande de rester fidèles
à l'engagement que vous
avez pris lors de votre baptême. Il s'agit donc que l'homme ne soit pas perdu, absorbé sans limite par le
monde et qu'il obtienne la vie éternelle.
En cette fête de
l'Exaltation de la Sainte-Croix je vous confie tous à Marie, Mère du Christ,
Mère de l'Église, Reine du monde et Reine de Pologne, à celle
"qui défend Czestohowa et brille en Ostra Brama".*
Que son cœur maternel vous prenne chacun
et tous, partout et toujours! Qu'elle nourrisse en vous cette "vie
éternelle" qui nous a été donnée par le Père par l'oblation
de son Fils sur la Croix.
* Deux
sanctuaires à la Vierge, chers à tous les Polonais.
Canadian
Conference of Catholic Bishops