RENCONTRE AVEC LA COMMUNAUTÉ UKRAINIENNE
WINNIPEG
LE 16 SEPTEMBRE 1984
Mes
très chers frères et soeurs,
C’est une très grande joie pour moi d’être
parmi vous aujourd’hui, dans la cathédrale métropolitaine des saints Vladimir
et Olga, à Winnipeg. Je vous salue, Mgr l’archevêque Hermaniuk, mes autres
frères dans l’épiscopat et vous tous, ici rassemblés au nom du Seigneur
Jésus-Christ. C’est avec joie aussi que je constate la présence des
représentants des éparchies d’Edmonton, de Toronto, de New Westminster et de
Saskatoon. J’aimerais transmettre, par votre intermédiaire, mes vœux les plus
chaleureux à tous les fidèles de l’Église catholique ukrainienne de rite
byzantin et à toute la population ukrainienne du Canada. Je vous salue comme un
frère slave qui partage dans une large mesure votre tradition spirituelle et
votre héritage. Je suis tout
particulièrement heureux d’être avec vous, aujourd’hui, alors que nous
approchons de la date solennelle où l’on célébrera le premier millénaire du
christianisme en Ukraine. Je vous embrasse dans la charité du Christ et, par
vous, tout le peuple de votre patrie, avec son histoire, sa culture et
l’héroïsme dans lequel la foi y a été vécue. Slava Isysy Christy ! (Loué soit
Jésus-Christ.)
Me trouvant ici parmi vous, je ne peux pas
ne pas rappeler ce grand homme, ce confesseur de la foi, l’archevêque majeur et
cardinal Slipyj, que Dieu a appelé à l’éternité. Sa mort nous a plongés dans un
grand deuil. Il était un digne
successeur du saint métropolite André Sheptyckyj. Au moment des
difficultés de l’Église catholique ukrainienne, il a supporté des souffrances
et des tourments considérables, mais il ne s’est pas effondré ; au contraire,
comme un héros, il a résisté avec dignité. Revenu à la liberté, il vécut à Rome
et il continua à travailler avec dévouement pour le bien de l’Église et de son
peuple. Comme archevêque majeur, il a visité les divers groupes de catholiques
dispersés dans le monde entier ; il s’est intéressé aux sciences et a fondé le
Centre d’études supérieures Saint-Clément, il a publié des documents et bien
d’autres œuvres. Dans notre prière, supplions le Seigneur afin qu’il le
récompense de ses souffrances, de sa
fidélité à Dieu et à l’Église, de tout le travail qu’il a accompli.
Les catholiques byzantins d’origine
ukrainienne sont les héritiers d’une grande tradition spirituelle qui remonte
mille ans dans l’histoire, à l’époque de sainte Olga et de son petit-fils saint
Vladimir. Qui aurait pu savoir, alors, à quel point cette foi se développerait,
en osmose avec votre culture, et à quel point son retentissement sur votre
histoire serait important, en apportant à la vie de vos ancêtres la richesse de
la Rédemption ? On pourrait parler longuement de cette histoire qui, à
l’occasion d’ailleurs, recoupa celle de ma propre patrie, mais le temps nous
manque et je me contenterai de rappeler ici quelques grands événements de ce
noble et difficile passé.
C’est
la Providence divine qui, toujours et partout, régit les événements car Dieu
est le Maître de l’histoire. La Providence divine a guidé votre implantation au
Canada d’une façon bien spéciale. L’archiéparchie de Winnipeg, qui n’est que le
troisième siège métropolitain dans l’histoire du peuple ukrainien, fut
constituée ici en 1956, quarante-quatre ans à peine après la nomination de
votre premier évêque. Cette province ecclésiastique, tout comme le grain de
sénevé de l’Évangile, a connu une croissance et un épanouissement rapides.
Lorsque les premiers immigrants ukrainiens sont arrivés sur cette terre, ils
apportaient avec eux une foi catholique inébranlable et un attachement profond
à leurs traditions religieuses et culturelles. Ils accordèrent la priorité à la
construction de leurs églises et de leurs écoles, tout désireux qu’ils étaient
de préserver leur patrimoine et de le léguer à leurs enfants. Ils établirent de
solides racines sur le sol canadien et devinrent rapidement des citoyens loyaux
et productifs.
À la même époque, plusieurs personnes
généreuses portaient aux nouveaux immigrants un précieux secours. Dès que ce
fut possible, le métropolite de Lviv, le serviteur de Dieu Andrei Sheptyckyj,
avait envoyé des prêtres généreux pour répondre à leurs besoins. En 1910, il
était venu personnellement en visite à Rome afin de préparer la nomination de
l’évêque Budka, le premier d’une longue liste d’évêques pleins de zèle dans ce
pays. Il importe également de rappeler l’apport des nombreux évêques et prêtres
catholiques romains dont certains consacraient autant de soin et d’attention
aux ukrainiens qu’aux fidèles de leur propre Église. La présence ici d’évêques
catholiques romains est le symbole d’une collaboration harmonieuse et
continuelle : « Voyez, qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous
ensemble. » (Ps 133.)
Votre clergé byzantin ainsi que les hommes
et les femmes de vos Ordres religieux ont largement contribué à votre
adaptation et à votre essor dans ce pays. Des religieux comme les Pères
basiliens, rédemptoristes et studites, ainsi que les Sœurs servantes de Marie
Immaculée, ont servi dans les paroisses, les hôpitaux, les écoles et un grand
nombre d’autres institutions. Tous ont travaillé à protéger et renforcer les
liens familiaux, à porter secours aux malades et aux indigents et ont ainsi
contribué au progrès de la société dans son ensemble.
À la veille de la célébration solennelle
du millénaire du christianisme à Kiev et dans toute l’Ukraine, notre rencontre
d’aujourd’hui transporte nos cœurs et nos esprits à travers les siècles de
l’histoire glorieuse de votre foi. Nous sommes profondément et particulièrement
reconnaissants au Seigneur d’avoir conféré à vos ancêtres la grâce de la
fidélité à l’Église catholique et de la loyauté au successeur de saint Pierre.
En ma qualité d’archevêque de Cracovie, j’ai appris à connaître et à apprécier
l’héritage précieux du peuple ukrainien mis en évidence par les martyrs de
Cholm et Pidlassia, qui suivirent l’exemple de saint Josaphat, grand apôtre de
l’unité, et que l’on retrouve dans le zèle pastoral de bon nombre de vos
évêques, jusqu’à aujourd’hui.
Ces grands hommes et ces grandes femmes de
l’histoire ukrainienne vous exhortent, aujourd’hui, à vivre votre foi
catholique avec autant de ferveur et de zèle. Ils vous inspirent également de
travailler et de prier sans relâche pour l’unité de tous les chrétiens. Dans le
cadre des efforts œcuméniques nombreux et divers qu’entreprend l’Église, les
fidèles du rite byzantin, dont vous êtes, ont un rôle particulier à jouer
vis-à-vis des chrétiens d’Orient qui ne sont pas en pleine communion avec la
chaire de saint Pierre.
Vous êtes dans une position de choix pour
remplir la requête du second Concile du Vatican qu’énonce le décret sur
l’œcuménisme, à savoir : « Tout le monde doit savoir qu’il est très important
de connaître, vénérer, conserver, développer le si riche patrimoine liturgique
et spirituel de l’Orient pour conserver fidèlement la plénitude de la tradition
chrétienne et pour réaliser la réconciliation des chrétiens orientaux et
occidentaux. » (Unitatis redintegratio, 15.) Votre héritage ukrainien et votre
spiritualité, votre théologie et votre liturgie byzantines vous prédisposent à
cette importante mission : encourager la réconciliation et la pleine communion.
Que dans le cœur de tous les évêques, prêtres, religieux et laïcs, brûle le
désir de voir la prière du Christ se réaliser : « Que tous soient un. Comme
toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin que
le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21.)
Pourtant ce désir d’unité ne pourra se
réaliser que s’il s’accompagne d’un amour fraternel sincère envers tous, un
amour comme celui du Christ qui ne connaît ni limite ni exception. Un tel amour
chrétien ouvrira nos cœurs à la lumière de la vérité divine. Il nous aidera à
éclairer les différences qui divisent encore les chrétiens, à encourager un
dialogue constructif et la compréhension mutuelle et, par conséquent, à
travailler au salut des âmes et à faire l’unité de tous dans le Christ.
N’oublions pas que cet amour chrétien est le fruit de la prière et de la
pénitence.
Mes très chers frères et sœurs : il est bon d’être parmi vous aujourd’hui. Je me réjouis de voir vos enfants revêtus de votre merveilleux costume national, et de savoir que vos jeunes sont élevés dans la conscience reconnaissante de leurs origines ethniques et de leurs racines religieuses. Je m’unis à vous pour rendre grâce au Seigneur de ces nombreuses institutions et traditions qui aident et renforcent les liens de vos familles, fondements de l’Église et de la société. Puissiez-vous toujours conserver avec une juste fierté l’héritage de foi et de culture qui est le vôtre ! J’adresse ce vœu, ainsi que toutes vos prières, à la Vierge Marie Immaculée, Reine de l’Ukraine, lui demandant dans son amour maternel de vous protéger et de vous rapprocher toujours davantage de son Divin Fils Jésus-Christ le Rédempteur. Chers amis : pour reprendre les paroles de l’apôtre Pierre : « Paix à vous tous qui êtes dans le Christ. » (1 P 5,14.)
Canadian Conference of Catholic Bishops