Puisse le Canada être un modèle
dans la défense des populations indigènes
Le Pape, qui était
arrivé à Edmonton au Canada le samedi soir 19 septembre 1987, s'est transféré le
dimanche matin à Fort Simpson où il a pris contact avec les population
indigènes et en particulier avec la nation Dene.
Il leur a adressé un
discours dont voici la traduction:
Chers Frères et Soeurs
Aborigènes,
1. Je
veux vous dire combien je suis heureux
de me trouver avec vous, peuples
indigènes du Canada, dans ce merveilleux pays du Denendeh. Je suis venu,
d'abord d'au-delà de l'océan, puis des États-Unis pour me trouver ici avec
vous. Et je sais que nombreux sont parmi vous ceux qui viennent de loin — du glacial arctique, des
prairies, des forêts, de toutes les régions de cet immense et beau pays du
Canada.
Il y a trois ans, il ne
m'a pas été possible de venir vous voir et j'ai attendu avec impatience
le jour où je pourrais vous faire cette visite. Ce jour est venu. Je
viens aujourd'hui — comme je l'ai fait alors — comme Successeur de
l'Apôtre Pierre que le Seigneur a choisi
pour prendre soin de son Église comme "principe et fondement
perpétuel et visible de l'unité de la foi et de la communion" (Lumen
Gentium, 18). La tâche qui
m'est confiée est de "présider au
rassemblement universel de la charité, protéger les variétés légitimes et en même
temps veiller à ce que les particularités, loin de nuire a l'unité, la servent
plutôt" (Ibid. 13). Pour reprendre les paroles de Saint Paul, je
suis "serviteur du Christ Jésus, apôtre par vocation, mis
à part pour annoncer
l'Évangile de Dieu" (Rm 1, 1). Comme Saint Paul je veux le proclamer à vous et
à toute l'Église du
Canada, car "Je ne rougis pas de l'Évangile: il est une force de Dieu pour le
salut de tout croyant" (Rm 1, 16).
Je viens donc à vous,
comme les nombreux missionnaires qui m'ont précédé et qui ont proclamé le nom
de Jésus aux populations indigènes du Canada — Indiens Inuits et Métis
- et ont appris a vous aimer, vous et les trésors spirituels de votre
manière de vivre. Ils ont prouvé leur respect pour votre langue, pour votre patrimoine, pour
vos langues, et vos moeurs (cf. Ad Gentes, 26). Comme je l'ai noté, à
l'occasion de ma précédente visite "la renaissance de votre culture et de
vos traditions dont vous faites aujourd'hui l'expérience, doit
énormément aux efforts inlassables et constants des pionniers
missionnaires" (Discours à Yellow Knife, 18 septembre 1984, 2). Les missionnaires sont
encore et toujours vos meilleurs amis, et ils passent leur vie à vous servir en vous annonçant la parole
de Dieu (Ibid.). Moi aussi je suis venu à vous en véritable ami.
3. C'est
ce service constructif que Jésus demande à ses
disciples. Ce fut toujours l'intention de Église quand elle a voulu se
rendre présente en tous lieux, dans l'histoire de chaque peuple. Quand la
foi fut prêchée pour la première fois chez les indigènes de ce pays "les
nobles traditions des tribus indiennes de ce pays se trouvèrent
renforcées et enrichies par le Message évangélique (Vos ancêtres)
comprirent, par inspiration, que Évangile, loin de détruire leurs valeurs et
moeurs authentiques, avait le pouvoir de purifier et d'élever le patrimoine culturel qu'ils avaient
reçu... Et c'est ainsi que non seulement le christianisme est important pour
les populations indiennes, mais que le Christ lui-même, est Indien dans
son Corps" (Discours à Shvine Field, 15 septembre 1984, n. 5).
Animé du même esprit de
respect et de service missionnaire, je vous répète aujourd'hui ce que j'ai dit lors de ma précédente
visite, c'est-à-dire que ma venue chez vous se tourne vers votre passé pour
proclamer votre dignité et soutenir votre destin. Aujourd'hui je vous répète
ces paroles, à vous et à toutes les populations aborigènes du Canada et du monde. Église exalte
l'égale dignité humaine de tous les peuples et défend leur droit de
sauvegarder leur propre caractère culturel, avec ses traditions et
ses coutumes particulières.
4.
Je sais que les principales organisations aborigènes —
l'Assemblée des Premières Nations l'Inuit Tapirisat du Canada, le Conseil National Métis et le
"Native Council" du Canada — ont engagé des colloques au plus haut
niveau avec le Premier Ministre et les Autorités au sujet de la manière
de protéger et promouvoir les droits des populations indigènes du
Canada, dans la Constitution de ce grand pays. Encore une fois j'affirme
votre droit à une juste et équitable mesure d'auto-gouvernement et à la
possession des terres propres et des ressources appropriées indispensables
pour le développement d'une économie vitale, adaptée aux besoins de
l'actuelle génération et de celles de l'avenir. Je souhaite avec vous
qu'un nouveau cycle de Conférences soit bénéfique et que, sous la
direction de Dieu et avec son aide, on parvienne à un juste accord qui vienne couronner tous les efforts
actuellement exercés.
Ces efforts ont
d'ailleurs toujours été soutenus par les Évêques catholiques du Canada et par
les autorités des principales Églises et communautés chrétiennes.
Toutes ensemble, elles ont réclamé "un nouvel accord" qui
puisse garantir vos droits fondamentaux comme Aborigènes, y compris les droits à
l'auto-gouvernement. Je prie aussi l'Esprit Saint pour qu'il vous aide tous à trouver la bonne voie
pour que le Canada puisse être, pour le monde, un modèle dans la défense
de la dignité des populations aborigènes.
Je voudrais rappeler qu'à
l'aube de la présence de Église dans le Nouveau Monde, mon prédécesseur Paul III
proclame en 1537 "les droits des peuples indigènes de cette époque. Il affirma leur dignité,
défendit leur liberté et déclara qu'on ne pouvait les réduire à l'esclavage ou les priver de leurs
biens ou de leurs propriétés. Ceci a toujours été la position de Église (cf. Pastorale Officium 29 mai 1537: DS 1495).
Ma présence chez vous
aujourd'hui vous indique que je réaffirme et reconfirme cet enseignement.
5.
Il existe les liens extrêmement étroits entre
l'enseignement de l‘Évangile de Jésus-Christ et le progrès humain. Dans sa célèbre Encyclique sur le
Développement des Peuples, le Pape Paul VI
méditait cette
réalité en tenant compte des profondes aspirations à la liberté de tous les peuples du monde, ainsi qu'à leur développement comme il l'a dit, dans toutes les parties du monde,
les peuples ont le désir fondamental
de
"chercher à faire plus, à
connaître et à aimer plus pour
être
plus" (Populorum Progressio, 6). N'est-ce pas là,
la plus profonde
espérance des
Indiens, Métis et Inuit du
Canada? Être
plus! Voila votre destin, et voilà le défi que vous devrez affronter. Et je viens aujourd'hui vous assurer que Église est de vos côtés quand vous cherchez à promouvoir votre développement comme peuples indigènes. Vos missionnaires et vos institutions
cherchent à s'engager avec
vous en vue de cette
cause.
6. En
même temps, instruite par les enseignements du
Christ et éclairée par
l'histoire, l’Église s'adresse a tous
les
peuples en voie de développement,
n'importe où dans le monde, pour
qu'ils ne limitent pas la notion du progrès humain à
la seule recherche du bien-être
matériel, au détriment de
la croissance religieuse et
spirituelle.
Paul VI
a très sagement écrit que la croissance
personnelle et la croissance commune seraient absolument compromises si la
véritable échelle des
valeurs était détruite. Le désir d'acquérir
ce qui est nécessaire est légitime,
et
le travail pour y parvenir est un devoir ... Avoir plus, pour les peuples comme pour les personnes, n'est d'ailleurs pas la fin ultime" (Ibid. 18-19).
Il existe d'autres valeurs essentielles pour la vie et la société. Chaque
peuple possède une
civilisation transmise
par les ancêtres, avec des institutions
requises par sa manière de
vivre,
avec ses manifestations artistiques, culturelles et religieuses. Les
valeurs
authentiques contenues dans
ces réalités ne sauraient être sacrifiées
à des considérations d'ordre
matériel. "Un peuple
qui se plierait à tout
cela ne ferait que perdre
le meilleur de soi-même: pour
vivre il sacrifierait ses raisons de vivre" (Populorum Progressio, 40).
Ce que le Christ a dit
des personnes individuelles s'applique également à tous les peuples:
"Que servira-t-il donc à l'homme de gagner le monde entier s'il ruine
sa propre vie?" (Mt 16, 26). Qu'adviendrait-il de "la vie"
des peuples Indiens, Inuits
et Métis s'ils cessaient de promouvoir
les
valeurs de l'esprit humain
qui les ont
soutenus pendant tant et
tant de
générations? S'ils ne
considéraient
plus la terre et ses biens comme confiés à eux par le Créateur? Si la vie familiale venait
à perdre sa vigueur et si leur société
était
menacée d'instabilité? S'ils
en
arrivaient à adopter une mentalité étrangère où les personnes sont jugées en fonction de ce qu'elles ont et non suivant ce qu'elles sont?
L'âme des populations
indigènes du Canada est assoiffée de l'Esprit de Dieu — car, en effet elle a
soif de justice, de
paix, d'amour, de bonté, de
force, de
responsabilité et de chaleur
humaine
(cf. Redemptor Hominis,
18). Ce moment-ci est
vraiment un moment décisif
dans votre histoire. Il
est
indispensable que vous soyez spirituellement forts et clairvoyants. Alors que vous édifiez l'avenir
de vos tribus, de vos nations. Soyez aussi certains que cette
voie,
Église la prendra à vos côtés.
En venant ici chez vous,
j'ai voulu mettre
en évidence votre dignité de population
indigène. Sincèrement préoccupé
pour
votre avenir, je vous invite
à
rénover votre confiance en Dieu
qui guide les destinées de tous les
peuples. Le Père
éternel a envoyé
son Fils pour nous révéler le mystère de notre vie dans ce monde et
de notre commun
pèlerinage vers la vie
éternelle qui
doit venir. Dana le
Mystère Pascal de
la Mort et de la
Résurrection du
Christ, Jésus nous a
réconciliés avec
Dieu et avec chaque
homme. Jésus-Christ
est notre paix (cf. Eph 2, 14).
"Daigne le Dieu de
notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit
de sagesse et de révélation qui vous le fasse vraiment connaître — Peuples Aborigènes du Canada!
Puisse-t-il illuminer les yeux de votre coeur pour vous faire voir quelle
espérance vous ouvre son appel" (Eph 1, 17-18).
Dans l'amour de notre Seigneur et Sauveur
Jésus-Christ, je bénis chacun de
vous et je
prie pour la paix et le
bonheur de vos
familles, de vos tribus
et de vos
nations!
Dieu soit avec vous
tous!