Rencontrer le Christ dans l=Eucharistie

 

Mt 2, 11

 

Catéchèse du jeudi 18 août

 

JMJ Cologne 2005

 

 

 

 

Chers amis,

 

Quand, le jour de la fête de l=Épiphanie, nous lisons ce passage où les Mages Avirent l=enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui@, nous n=y voyons pas spontanément l=occasion d=une catéchèse sur l=Eucharistie. Il nous fait re-situer cette phrase et tout l=épisode de la visite des Mages dans son contexte et nous poser quelques questions ? Comment se fait-il que l=on attendait le Messie avec tellement d=impatience, que les scribes  scrutaient les écritures pour découvrir le moment, le lieu et les modalités de sa venue, que les autorités religieuses du peuple juif, ceux qui savent les affaires de Dieu, qui connaissent ses promesses, qui peuvent citer sans se tromper les prophéties, l=attendaient aussi avec impatience et que, finalement ce sont des mages venus d=ailleurs, de païens, qui reconnaissent ce messie ? Et que les présents qu=ils lui offrent  - vont signifier devant qui ils se prosternent :  un roi (l=or), un dieu (l=encens) et un homme destiné à mourir (la myrrhe). Mathieu veut nous faire comprendre ce que l=Évangéliste Jean dira très simplement au début de son évangile : Il est venu chez les siens et les siens ne l=ont pas reconnu. Mathieu veut faire comprendre à ses lecteurs que ce Jésus est vraiment le messie annoncé.

 


Bien sûr que le jour de l=Épiphanie, nous pouvons établir des liens entre ce passage et l=Eucharistie. D=abord Bethléem, qui signifie littéralement la maison du pain ! Et Jésus qui s=offrira comme pain de vie pour notre salut.  Bien sûr aussi, Mathieu veut que nous fassions le lien entre le Jésus historique, né à Bethléem, mort sur la croix à Jérusalem, le Christ ressuscité de Pâque, le Christ présent dans l=Eucharistie sous les espèces du pain et du vin. Le Christ présent dans son Église, dans sa Parole, dans les sacrements, le Christ présent dans les plus pauvres (ce que vous ferez au plus petit d=entre les miens, c=est à moi que vous l=avez fait) .  Il y a une continuité dans ces diverses représentations du hris, c=est le même Christ sous des aspects différents. Mais on n=aurait pas idée en préparant une catéchèse sur l=Eucharistie de s=appuyer sur ce seul texte où les Mages se prosternent devant Jésus pour l=adorer.

 

La référence que nous faisons à cette adoration de Jésus par les Mages nous permet d=affirmer que le Christ auquel nous communions dans l=Eucharistie est bien le Verbe incarné, celui qui est venu parmi nous, Jésus vrai Dieu et vrai homme. Mais celui qui s=est incarné, a vécu, souffert la passion est mort et ressuscité. C=est au Christ ressuscité que nous communions, à son corps spiritualisé comme dit saint Paul, à son corps de ressuscité.  À cet égard, il y a des traductions douteuses véhiculées dans des chants peu liturgiques, en tout cas peu bibliques, qui nous font proclamer que Christ est venu, Christ est là, Christ reviendra.  Le Christ ne reviendra pas dans un état antérieur à sa résurrection. Il ne faut pas espérer une réincarnation ou une nouvelle incarnation du Verbe, de Jésus. Jésus est entré dans la gloire, c=est là que nous le rejoindrons. Il vient, il viendra. C=est d=ailleurs le dernier mot de la Bible - Maranatha... Il vient au devant de nous, il vient, c=est ce que nous célébrons durant l=Avent, à Noël, à Pâques, dans chaque eucharistie... mais il ne revient pas.

 

Comprendre le sens d=une rencontre : un moment de crise !

 

Quand les disciples, retournant à Emmaüs, rencontrent l=Étranger sur la route, ils ne découvrent son identité qu=à la fraction du pain. Jésus avait une façon propre de bénir le pain et la coupe et il faut retourner à la dernière Cène pour comprendre ce qu=a d=unique cette fraction du pain en même temps qu=elle s=enracine dans une longue tradition qui remonte à la première pâque, au denier repas pris par les hébreux au moment d=être libérés de leur esclavage en Égypte.

 

Quand les synoptique nous rappellent la dernière cène, il est d=abord dit que Jésus prit le pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous. De même, après le repas, il prit la coupe, la bénit et la leur donna disant : prenez et buvez ceci est mon sang, le sang de l=alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous.

 

La seule lecture du récit de la dernière cène ne nous dit rien sur l=Eucharistie à moins de la situer dans le prolongement et l=accomplissement du repas pascal juif et à moins de saisir le langage symbolique de la Bible.

 

Or dans ce langage symbolique, il faut bien comprendre que cette dernière cène anticipe, préfigure symboliquement, ce qui va se passer le lendemain, la passion et la mort de Jésus et le jour suivant, sa résurrection.

 

Jésus prit le pain, le rompit : ce pain rompu signifie le corps brisé, rompu sur la croix;


le vin versé, signifie le sang répandu pour le salut du monde. Ceci est la coupe de l=alliance nouvelle. Voilà le sens premier de l=Eucharistie : l=annonce de sa mort, mais d=une mort qui est le début d=une alliance nouvelle, d=une mort qui est libératrice. 

 

N=oublions pas que ce geste de Jésus se situe à l=intérieur du repas pascal. Il a voulu célébrer la Pâque avec ses amis. Il ne s=agit pas d=un simple repas fraternel, d=un repas d=adieu. Il s=agit de l=actualisation de l=événement fondateur du peuple de Dieu, le passage - la pâque-  de la mer rouge, la libération de l=Égypte symbole de la mort, de la non-existence d=un peuple, de son anéantissement.

 

Dans ce repas, qui anticipe la passion et la mort sur la croix, qui la réalise symboliquement, mais non moins réellement, Jésus assume toute souffrance et toute mort, il va recueillir tout ce qui déshumanise la personne humaine pour la restituer à sa vocation originelle, pour la libérer. Il descendra au séjour des morts, au schéol, aux enfers, pour libérer ceux qui sont liés par la mort. Son Père le ressuscitera le troisième jour pour signifier que l=oeuvre est vraiment accomplie, l=oeuvre du salut, l=oeuvre de la libération.

 

Autant la première Pâque faisait des Hébreux un peuple, marquait l=acte de naissance du peuple, autant le passage du Christ de la mort à la résurrection et célébré dans l=Eucharistie marque la naissance de l=Église, ce qui sera manifesté publiquement, officiellement, universellement par le don de l=Esprit à la Pentecôte.


Il est important de nous rappeler que l=Église est née d=une crise, que l=Eucharistie est le signe de cette crise initiale, fondatrice. Jésus est livré ou sens où il est trahi, remis à ses exécuteurs, mais il est aussi livré, transmis, il se livre lui-même, il se donne lui-même pour le salut du monde. Il est la tradition fondamentale qui permet au projet d=amour de Dieu de se réaliser.

 

Celui que nous rencontrons dans l=Eucharistie

 

Celui que nous rencontrons dans l=Eucharistie c=est tout à la foi le Verbe, celui qui fut à l=origine, celui par qui tout a été fait ; le Verbe fait chair apparu en ce monde

pour que toute personne connaisse le Dieu qui l=a créé et vers qui il est destiné à entrer en communion ; c=est le Verbe Rédempteur, qui par sa passion, sa mort et sa résurrection nous permet d=entrer déjà en communion avec lui, d=être assuré de sa présence maintenant et pour les siècles.

 

Celui que nous rencontrons dans l=Eucharistie est celui qui se révèle à nous par la Parole proclamée. Cette Parole liturgique se fait chair, prend corps pour nous, pour la communauté, prend corps à travers nous dans notre vie et celle de la communauté pour que le monde soit recréé à la lumière de la Parole, de l=Évangile.

 

Les fruits de cette rencontre avec le Christ dans l=Eucharistie

 


Pour mieux comprendre l=Eucharistie, rien n=est plus important que de relire le chapitre sixième de l=Évangile de Jean sur Ale pain de vie@. Jésus vient de multiplier les pains. Le jour suivant, les gens cherchent Jésus. Jésus leur dit qu=ils ne le cherchent pas pour ce qu=il est et leur apporte vraiment mais parce qu=ils ont mangé à satiété. Il  se révèle alors comme le pain de vie, comme la nourriture qui rassasie vraiment. Il est le pain venu du ciel.  Les juifs comprennent bien que Jésus veut dire qu=il est Parole de Dieu, qu=il vient de Dieu, qu=il est prophète, messie. Accueillir ce pain, manger ce pain, c=est croire en lui. Celui qui croit en lui a la vie, la vie éternelle et Jésus le ressuscitera au dernier jour.  Mais Jésus va encore plus loin : celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et sera ressuscité au dernier jour. 

 

Jésus ne pouvait pas être plus clair et en même temps plus mystérieux. Les gens ne comprennent pas. Il ne reste que les Douze à qui Jésus demande : voulez vous me quitter vous aussi ? À qui irions-nous, répond Pierre, tu as les paroles de la vie éternelle. Jésus provoque à une décision de foi. Ce n=est que dans la foi que nous pouvons reconnaître qu=il est le Pain de vie, que l=Eucharistie est son corps et son sang, que par là nous avons la vie éternelle et que nous ressusciterons au dernier jour. Oui il est grand le mystère de la foi !

 

C=est par le don de l=Esprit que nous pouvons reconnaître dans le pain et le vin consacrés, le corps et le sang du Christ. Comme c=est par le don de l=Esprit que nous pouvons discerner dans la Bible, la Parole vivante de Dieu. C=est par le don de l=Esprit que nous pouvons discerner que l=Eucharistie est la source, le centre et le sommet de la liturgie et de la vie de l=Église.

 

CONCLUSION

 

Je vous ai proposé quelques réflexions sur l=Eucharistie comme lieu de rencontre avec Jésus Christ.  Ces réflexions sont loin d=épuiser la richesse du sacrement de l=Eucharistie.  Je souhaite qu=elles vous permettent cependant de comprendre un peu mieux l=importance capitale de l=Eucharistie dans votre vie et dans la vie de l=Église. Dans la plupart de nos Églises nous avons assisté à un effondrement de la pratique dominicale et au tarissement des vocations presbytérales. Sans l=Eucharistie, les communautés se désagrègent, la foi se dessèche. Sans la foi, il apparaît assez clairement que la communauté humaine garde difficilement le niveau d=humanité  auquel elle est appelée.  L=Évangélisation des baptisés demeure une des tâches les plus urgentes de l=Église en même temps que l=annonce de la bonne nouvelle du salut en Jésus Christ à ceux qui ne le connaissent pas ou ne l=ont pas rencontré. La JMJ constitue un appel à vous tous d=entrer dans ce vaste mouvement d=évangélisation qui est en même temps un chemin d=humanisation. Merci d=entendre cet appel et d=y donner une généreuse réponse !

 

+ Jacques Berthelet, C.S.V.

Évêque de Saint-Jean-Longueuil

Québec, Canada