Vivre dans le monde

en véritables adorateurs de Dieu

Mt 2, 12

 

Catéchèse du vendredi 19 août 2005

 

JMJ Cologne 2005

 

 

Chers amis,

 

Il se trouve des personnes qui consacrent leur vie à adorer Dieu dans le silence de leur monastère ou dans la frugalité de leur ermitage. De Benoit à Subiaco jusqu=à Claire à Assise, de Charles de Foucault à Tamanrasset jusqu=à Edith Stein à Auswitch,  Dieu est adoré comme l=absolu, la source de toute vie, de tout amour, de toute existence.

 

Pour la  majorité d=entre nous, l=adoration ne prend pas tout notre temps ; l=adoration de Dieu, suscitée par la rencontre avec le Christ vivant, nous conduit à vivre dans le monde en véritables adorateurs de Dieu. L=adoration conduit au service et à l=amour des autres à cause de Dieu.

 

Mais qu=il s=agisse des contemplatifs ou des chrétiens engagés dans la construction du monde selon l=Évangile, tout commence par une rencontre avec le Christ vivant. La rencontre avec le Christ est toujours un chemin de conversion, de communion et de solidarité. L=Écriture sainte nous révèle plusieurs de ces rencontres avec Dieu, avec le Christ ; l=histoire de l=Église nous relate aussi des expériences de rencontre qui ont transformé des vies et sans doute avons-nous l=expérience, dans notre propre vie, de rencontre avec Dieu, en Jésus, qui ont changé notre vie.

 


La rencontre avec la Samaritaine.

 

Je voudrais vous rappeler une de ces rencontres que l=apôtre Jean nous relate et qui conduira non seulement à l=adoration, à la reconnaissance de Dieu comme Dieu, mais aussi et en même temps à la transformation d=une femme qui cherchait Dieu.

C=est en Samarie que cette rencontre a lieu. Fatigué par la route, à l=heure de midi, Jésus s=assied près du puits de Jacob. Les apôtres sont allés chercher des provisions à la ville. Une femme vient puiser de l=eau. Cette rencontre est devenue tellement célèbre que l=on parlera de cette femme comme de la Samaritaine. Jésus lui demande de lui verser à boire. Les Juifs ne s=adressaient pas ainsi à des samaritains. La femme en est étonnée. Jésus lui dit: si tu savais qui te parle, si tu savais le don de Dieu. Il pique sa curiosité. Il se révèle comme un prophète qui connaît sa situation irrégulière. Et cette femme qui, à l=évidence est en recherche de Dieu, partage sa recherche, sa soif d=une eau qui étanche vraiment toute soif, ses inquiétudes, ses questions. Elle reconnaît en lui le prophète. Et voilà que cette samaritaine affirmera : ANos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous affirmez qu=à Jérusalem se trouve le lieu où il faut adorer@. Jésus lui dit : ACrois-moi, femme, l=heure vient où ce n=est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l=heure vient, - et maintenant elle est là, où les vrais adorateurs

adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit et c=est pourquoi ceux qui l=adorent doivent adorer en esprit et en vérité@.

 

L=adoration en esprit et en vérité - les vrais adorateurs

 

Nous sommes donc passés d=une simple rencontre d=un Juif assis ou bord d>un puits avec une samaritaine à qui Jésus demande de lui verser à boire, jusqu=à un dialogue sur l=adoration, sur les religions même, sur les limites du temple.  Jésus ouvre ici le dialogue sur l=Esprit lui-même, sur la vérité tout entière, sur l=Esprit qui permettra d=adorer Dieu comme Père et de lui rendre un culte en vérité. Nous comprenons que l=Esprit est nécessaire pour que le Christ nous soit présent aujourd=hui.

 

Jésus l=avait promis. Le Père, en mon nom, vous enverra un autre paraclet et il vous conduira à la vérité tout entière. Les anciens cultes disparaîtront. Désormais le seul culte agréable à Dieu sera l=offrande du Christ lui-même.

 

Ce que cette femme découvre ensuite dans sa recherche et dans sa rencontre avec Jésus, c=est le messie. AJe sais dit-elle qu=un Messie doit venir -celui qu=on appelle Christ. Lorsqu=il viendra, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit : je le suis moi qui te parle.@ Extraordinaire révélation qu=il n=a même pas faite aussi clairement à ses apôtres, à ses disciples. Il fait cette révélation à une samaritaine.

 


Vous savez, autrefois, la Samarie appartenait aux fils d=Israël. La Samarie juive a été conquise par les Assyriens en 721 av. J.-C. Or le conquérant déplaçait les populations: il déporte les Samaritains et repeuple la ville et la région de Samarie par des peuples vaincus venus d=ailleurs. Le 2e livre des Rois nous renseigne là dessus. Tous ces nouveaux venus sont des païens aux yeux du Peuple élu qui importent avec eux leur religion et leurs dieux. Pas étonnant donc que les Juifs ne considèrent ces samaritains comme des hérétiques et des usurpateurs de leur terre.  Il y a donc de quoi s=étonner que Jésus cite en exemple la charité d=un samaritain et qu=il révèle sa messianité à une femme de Samarie qui de plus n=apparaissait pas comme la plus vertueuse.

 

Il y a dans cette démarche de Jésus la révélation de l=universalité du salut et sans doute aussi de l=aspiration profonde au coeur de toute personne humaine de reconnaître Dieu et de l=adorer, de le reconnaître comme Dieu et de le servir.

 

Rappelons-nous que le premier commandement, le plus important pour le peuple de Dieu naissant, prescrit qu=Israël ne doit servir qu=un seul dieu, Yahvé. Il ne s=agit pas d=un service religieux, mais d=une obéissance à la volonté de Yahvé dans tous les domaines de la vie.

 

Je voudrais donc dans une troisième partie souligner comment, dans la vie de tous les jours, dans la vie concrète,   nous pouvons réaliser notre vocation d=adorateurs du Père en esprit et en vérité.

 

Vivre dans le monde en vrais adorateurs de Dieu 

 

Comment donc vivre en ce monde en vrais adorateurs de Dieu, c=est-à-dire en serviteur du projet de Dieu, en lien avec lui, en témoins de son projet d=amour. Je dirais tout d=abord qu=il n=y a rien d=automatique dans une telle vocation. Connaître aimer et servir Dieu en ce monde est une tâche jamais achevée. Elle suppose un investissement de tous les jours ; elle suppose des liens communautaires - l=Église nous est offerte pour cela, elle suppose un engagement  d=autant plus résolu que le monde dans lequel nous vivons nous décourage de vouloir être des témoins de Dieu en ce monde.

 

Je vous offre donc trois pistes très simples pour être dans ce monde des vrais adorateurs du Père. Je vais vous inviter à développer les trois vertus de base du christianisme : la foi, l=espérance et la charité.

 

Il est tout à fait illusoire de penser que nous pourrions vivre, comme dit saint Paul, en hommes juste et religieux, en croyants et croyantes, en disciples, sans nourrir notre foi, sans éclairer notre foi, la vivifier au contact de la Parole de Dieu et de la vie sacramentelle, de la communauté chrétienne et du service des pauvres et des petits.  La source de notre foi est aussi la source de l=adoration en esprit et en vérité. Et l=adoration qui est un don de l=Esprit, ne se maintient et ne se développe que si nous cultivons notre conscience de la présence de Dieu dans sa Parole et dans les sacrements de la foi.

 


Adorer Dieu c=est aussi reconnaître la suprématie de Dieu, que, comme dit saint Paul (Ac 17, 28) Aque c=est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l=être@, c=est le reconnaître comme l=origine et la fin de tout. Voilà pourquoi adorer Dieu c=est aussi mettre en lui notre espérance, attendre de lui le plein accomplissement de notre vie, à la fin de notre vie, bien sûr, mais aussi à chacune des étapes qui nous conduisent à la rencontre finale avec lui. Voilà pourquoi nous sommes appelés à rendre compte de l=espérance     qui est en nous. Rendre compte de la raisonnabilité de notre foi, contre toutes les idôlatries qui nous feraient mettre notre espérance ailleurs.

 

Et enfin, adorer Dieu, c=est l=aimer. Des personnes qui s=aiment vont dire qu=elles s=adorent, comme pour dire que leur amour au maximum ! Adorer Dieu c=est l=aimer plus que tout. C=est le préférer à tout et à toute personne. Mais c=est aussi aimer son prochain à cause de Lui. Si le premier commandement dans l=alliance nouvelle est l=amour de Dieu et du prochain, cela ne vient que confirmer le premier commandement de la loi de Moïse : tu n=adoreras que Dieu seul. Or cet amour, il est rendu possible par l=amour de Dieu qui a été répandu en nous par l=Esprit qui nous a été donné et qui nous rend capable d=aimer comme Dieu aime. Être dans le monde des vrais adorateurs du Père, c=est aussi transformer le monde à la manière de l=Évangile de Jésus en y faisant régner le pardon, le service, la justice, l=amour, le don de soi ! Chaque fois que nous travaillons à faire grandir la personne humaine, chaque fois Dieu est révélé et adoré.

 

Conclusion

 

Quand Hérode apprend que des mages venus d=Orient sont venu adorer le roi-messie, le véritable roi des juifs, on comprend qu=il soit furieux. Hérode représente la suffisance, l=orgueil. Il se considère lui-même comme dieu ; il fait périr tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. Les mages ne sont pas dupes quand Hérode leur dit : quand vous l=aurez trouvé, dites-moi où il est et j=irai moi aussi l=adorer. Quand on sait le sort réservé à tous les enfants de moins de deux ans, on comprend que son vrai motif n=était pas l=adoration, mais la soif du pouvoir. Voilà pourquoi les mages après avoir découvert Jésus repartirent par un autre chemin. L=adoration nous conduit par d=autres chemins que ceux que nous avions prévus. L=adoration nous conduira parfois à nous distancer du droit et de la justice instaurée par les hommes et les femmes qui dirigent nos pays ; à refuser d=entrer dans la culture de la consommation, dans la culture de la mort, dans la culture de l=hédonisme et de l=individualisme. Nous sommes appelés à prendre d=autres chemins qui sont les chemins de la reconnaissance de la grandeur de la vocation de la personne humaine créée à l=image et à la ressemblance de Dieu. L=Adoration de Dieu, conduit à l=humanisation de la personne humaine !

 

+ Jacques Berthelet, CSV

évêque de Saint-Jean-Longueuil

Québec, Canada