RECHERCHER LA VÉRITÉ

SENS PROFOND DE L’EXISTENCE HUMAINE

 

 

«Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile» (Mt 2, 2)

 

Chers Jeunes,

 

         Quelle joie de vous rencontrer dans le cadre des JMJ 2005 ! Je m’émerveille du courage et de la persévérance que vous manifestez, vous et vos accompagnateurs et accompagnatrices, pour venir rejoindre des jeunes du monde entier en pèlerinage à Cologne, sur les pas des Rois Mages, les premiers adorateurs de l’Enfant de Bethléem. Comme pour eux peut-être, une étoile s’est levée dans votre vie, qui vous a mis en route vers une recherche plus ardente et un plus grand engagement. Peut-être êtes vous déjà mariés et responsables d’une famille. Peut-être cherchez-vous encore votre étoile parmi les mille lumières qui criblent les murs des discothèques.

 

Peu importe le point précis où nous en sommes dans la vie, le fait est que nous sommes tous embarqués dans la même aventure de l’existence. Des questions et des désirs nous habitent et nous poussent à chercher le sens profond de l’existence. Comme les Mages d’Orient, nous cherchons le lieu mystérieux où l’étoile nous guidera un jour vers une grande découverte. Faisons route avec eux, ils symbolisent la quête de vérité de toute l’humanité. En guise d’introduction, prenons un poème de Nelly Sachs, poète juive allemande, sur le désir ardent : Tout commence par le désir ardent  

 

DÉSIR ARDENT

 

Tout commence par le désir ardent

Le ciel bleu

Le ruban infini de la route

L’homme y voit un symbole de la vie.

 

 

Il y a toujours place en un cœur

Pour plus, pour plus beau, pour plus grand.

Tendre continuellement

Vers ce qui survient

Voilà la grandeur et la misère de l’homme.

 

Désir ardent de compréhension,

d’amitié, d’amour.

Et là où le désir est assouvi,

il éclôt en de nouvelles dimensions :

afin que cela demeure,

afin que cela ne passe pas.

 

Ton incarnation, ô mon Dieu,

n’a-t-elle pas aussi commencé

Avec ton désir ardent pour l’homme ?

Permets donc maintenant à notre désir profond

De commencer en te cherchant,

Et d’arriver à son terme après t’avoir trouvé.

 

Le désir ardent est le commencement de l’aventure humaine, nous dit le poème. Il habite chacun et chacune depuis la naissance, et nous fait cheminer jusqu’à la mort. Le ciel bleu, le ruban infini de la route, le lieu où je suis né, mes compagnes et compagnons de route, mes talents et mes projets, mes réussites et mes échecs, les étoiles au firmament… Tout cela me pose question : Qui suis-je ? Et pourquoi suis-je là et celui-là? Au lieu d’être ailleurs et un autre ? Tant de questions insolubles mais qui ont un sens.

 

Vous avez peut-être contemplé parfois le ciel étoilé, comme moi à votre âge. Cette contemplation m’a fasciné pendant des nuits. Je me suis posé des questions sur l’univers, sur l’origine des étoiles et sur leur expansion à des vitesses folles. Je me suis demandé : D’où vient et où va tout cela ? Qu’elle est la place de l’homme et ma place dans cette immensité ? À 18 ans, ces questions m’ont fait beaucoup réfléchir. Elles m’ont conduit à chercher passionnément la vérité et à vouloir aider mes semblables à découvrir le sens religieux de la vie. Ce fut l’éclosion de ma vocation sacerdotale.

 

Désir ardent de compréhension, d’amitié et d’amour. Peut-être avons-nous déjà entrevu quelques étoiles au firmament de l’affection humaine, quelques bonnes expériences d’amitié. Les JMJ offrent une belle occasion de se rencontrer et de créer des liens. C’est probablement le plus merveilleux réseau de fraternité humaine qui existe sur la planète. Une belle réponse des jeunes à la globalisation. Je connais un couple parmi vous qui s’est marié il y a un an et un autre qui célèbre ses fiançailles cette semaine à Cologne. Les deux couples se sont connus à la JMJ de Toronto.

 

Nous avons sans doute connu aussi quelques trous noirs dans le ciel de nos affections. Qui n’a jamais vécu de déception affective, au plan personnel ou familial ? Trop de jeunes en souffrent de nos jours. Trop de jeunes se sentent seuls au point d’envisager l’hypothèse du suicide et même de passer aux actes. Les statistiques sont effrayantes et je vous en fais grâce. Une chose est certaine, les jeunes éprouvent une nostalgie pour quelque chose de plus, quelque chose de plus beau et de plus grand.

 

Et là où le désir est assouvi, ajoute le poème, il éclôt en de nouvelles dimensions : les joies de l’esprit consolent et motivent, pensez à la musique ou à la lecture ; les plaisirs de la chair grisent pour un moment, mais ils ne remplissent pas le cœur de façon durable. Ils évoquent et appellent de nouvelles dimensions : afin que cela demeure, afin que cela ne passe pas. On voudrait tant que nos instants de bonheur ne finissent pas, ils sont un éclair d’éternité dans la nuit de notre monde. Roméo et Juliette, Tristan et Iseult le chantent merveilleusement. Le grand poète allemand, Wolfgang Goethe l’a résumé magnifiquement à la fin de son Faust : Verweile doch du bist so schön !  Ô moment de bonheur, «demeure, de grâce, tu es si beau !» 

 

Voilà notre grandeur, nous désirons l’infini, et voilà notre misère, car rien ne peut nous satisfaire pleinement. Blaise Pascal disait : «L’homme passe infiniment l’homme» ; «il n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant». L’homme pense l’infini et il désire l’infini. Il est créé par Dieu et fait pour Dieu. Seul Dieu peut le combler. C’est pourquoi, cher jeune, tu cherches la Vérité, tu veux aller au fond de la vérité de ta vie et connaître le «pourquoi» ultime de ton existence. Pourquoi suis-je sur la terre ?

 

COMME LES MAGES

 

Les Mages étaient des sages de l’Orient, des hommes de science de l’époque, des astronomes qui scrutaient le ciel. Leur présence à Jérusalem fit la une des nouvelles. «Hérode s’émut, dit l’évangile, et tout Jérusalem avec lui». Il réunit d’urgence le Conseil de ville pour examiner les implications de leur visite et de leur recherche. Ces sages d’Orient qui cherchaient sérieusement la Vérité étaient pour lui une menace potentielle. Leur découverte pouvait changer le paysage politique et son propre avenir.

 

Quand des jeunes posent des questions vitales et s’engagent dans une recherche sérieuse, ils dérangent. On les trouve étranges, on les regarde comme des originaux ou même comme des détraqués. Certains les félicitent mais d’autres les ridiculisent. L’engagement pour la Vérité ne laisse pas indifférent. Certains films racontent avec passion comment un jeune journaliste a fait la vérité sur une question de pollution de l’environnement ou encore comment une jeune avocate s’engage, parfois au péril de sa vie, dans une question de justice et de solidarité avec les pauvres. L’Amérique latine ne manque pas d’exemples.    

 

Les Scribes juifs confirmèrent que le Messie devait naître à Bethléem de Judée, ce qui indiqua aux Mages le but de leur voyage. Hérode confia même aux Mages la mission de vérifier la prophétie et de l’informer des résultats de leur voyage. On comprend plus tard ses motifs réels: il craint pour son trône et il veut se débarrasser dès que possible du «Roi des juifs». Il commandera le massacre des saints innocents. Mais la Providence veille sur les voyageurs. On voit qu’Elle utilise même des gens mal intentionnés pour conduire les chercheurs de vérité à leur découverte. Les Mages sont confiants, ils questionnent et ils se laissent conduire…par l’étoile !

 

Il importe aussi aux chercheurs de vérité de notre époque d’aller aux sources, de questionner les hommes de sciences sur leur savoir et les limites de leur science, de même que les hommes politiques sur leur sagesse pratique. Parmi les réponses, on trouve toujours de tout, du bon et du mauvais, des opportunistes, des démagogues, mais aussi des honnêtes gens qui donnent des informations utiles que chacun et chacune peut utiliser pour trouver sa voie vers la vérité. N’oublions pas dans cette recherche les questions de sens qui échappent à la science et qui ouvrent à la religion : l’amour, le mal, la mort, l’au-delà. Une chose est sûre, il n’y a pas de chemin tout tracé d’avance qui épargnerait de chercher, de s’informer, de risquer et de s’engager.

 

Quand l’astre s’arrêta au-dessus de l’endroit où était l’enfant, «les Mages éprouvèrent une très grande joie». Ils savent qu’ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient. Leur long pèlerinage, leur enquête et leur marche persévérante au milieu des dangers et des obstacles, est payé de retour par «une très grande joie». C’est le signe infaillible qu’on a trouvé la Vérité : Une très grande joie. Une joie qui vient d’ailleurs. Une joie qui est donnée d’en haut, comme l’étoile. Une joie qui donne sens à tout leur voyage. Ils étaient des hommes religieux. Dieu les a conduits et ils se sont laissés conduire à la porte du mystère de l’existence et du salut.

 

«Entrant dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, et, tombant à genoux, se prosternèrent devant lui ; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe». Ils se prosternèrent pour l’adorer. Ayant trouvé le Roi qu’ils cherchaient, ils adorent leur Seigneur et leur Dieu. Ils deviennent des adorateurs du Dieu fait homme, le vrai Dieu. La suite montre que l’adoration libère la générosité de leur cœur. Aussitôt, ils ouvrent leurs cassettes et ils offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe, c'est-à-dire le meilleur d’eux-mêmes à cet enfant qui est la cause de leur très grande Joie.

 

La première force dans la vie d’un jeune ou de toute personne, c’est d’avoir un but dans la vie. Avoir un but signifie s’engager dans quelque chose qui vaut la peine et pour quoi on se sent profondément motivé, comme par exemple sentir un appel de Dieu sur son être, le désir d’un don total. La vocation religieuse, sacerdotale et aussi la vocation au mariage comportent ce don total. Qui suis-je et pourquoi j’existe ? Les Mages nous enseignent que la vraie question n’est pas tant pourquoi j’existe mais plutôt Pour qui j’existe ? J’ai expérimenté cela, personnellement, à l’âge de 20 ans et j’ai éprouvé une grande joie et une grande liberté.

 

C’était en 1965, j’étais au Grand Séminaire de Montréal pour me préparer au Sacerdoce. À la fin de ma première année, je devinais que l’appel de Dieu sur moi, mon étoile, m’invitait à une décision. J’écrivis une lettre officielle à mon évêque pour lui demander de m’admettre au premier rite qui conduit au sacerdoce. J’eus le sentiment ce soir-là de définir pour toujours le sens de ma vie, sous le regard de Dieu. Après 40 ans, j’en garde toujours un souvenir ému et plein de gratitude envers Lui.             

 

SAINTE THÉRÈSE-BÉNÉDICTE DE LA CROIX,  ÉDITH STEIN

 

Chers jeunes, ici à Cologne a vécu Édith Stein, une jeune femme très intelligente, née le 12 octobre 1891 à Breslau. Enfant de parents juifs, elle fut élevée dans la foi et la loi juive. Son parcours est assez remarquable et particulièrement intéressant pour quiconque cherche la vérité. À 14 ans, elle ne voulait plus aller à l’école, bien qu’elle fut très douée. Sa mère l’envoya pour un temps à Hambourg chez sa sœur qui était mariée et vivait là-bas. Edith Stein écrira plus tard : «ce ne fut pas difficile pour moi de quitter la maison. C’était le temps où je perdis ma foi d’enfant et où, comme personne autonome, je commençai à me libérer de l’autorité de ma mère et de ma sœur…(à Hamburg) je décidai consciemment et librement d’abandonner la prière». 

  

À 14 ans elle avait perdu la foi de ses pères. Elle se déclarait elle-même athée, sans Dieu, car elle ne pouvait plus croire à l’existence de Dieu. Elle chercha toutefois passionnément la vérité, sans se douter qu’ainsi, elle cherchait Celui qui est la Vérité. Après son premier diplôme, elle s’orienta vers la philosophie et connut le célèbre philosophe Edmund Husserl, fondateur de la phénoménologie. Elle devint même son assistante à l’université de Göttigen. 

 

Un jour elle rencontra une veuve de son cercle d’amis qui venait de perdre son mari. Elle fut très étonnée de constater que cette femme n’était pas détruite ou désespérée mais manifestait une force qui lui venait de son attachement à la croix du Christ, une force qui l’aidait à supporter vaillamment son épreuve. Édith Stein fut touchée au plus profond de son être par ce témoignage. Elle écrivit plus tard : «Ce fut ma première rencontre avec la croix et avec la force divine qu’elle communique à ceux qui la portent».

 

Au mois d’août 1921, elle fut invitée chez des amis, les époux Konrad Martius. Là, elle découvrit par hasard un livre avec ce titre dans la bibliothèque : Vie de Sainte Thérèse d’Avila. Elle commença la lecture, se laissa captiver et ne s’arrêta pas durant toute la nuit. Que se passa-t-il alors en elle ? Elle avait cherché des années durant la vérité. Cette nuit-là elle avait trouvé la vérité. Quand elle ferma le livre le matin, en disant : «Ceci est la Vérité», le soleil se levait. Elle n’avait pas trouvé seulement la vérité des philosophes qu’elle connaissait déjà, mais la Vérité en Personne, le Dieu Amour que Thérèse d’Avila avait expérimenté et dont elle témoignait par toute sa vie. Le soleil s’était levé, mais dans son âme c’était la lumière de la grâce et de l’amour de Dieu qui s’était levée. Édith Stein avait cherché la vérité et elle avait trouvé Dieu. Elle écrivit ensuite à propos de ses années de recherche : « Toute ma recherche de la vérité était une seule prière».

 

Elle fut baptisée le jour de l’an 1922. Elle fut professeure et plus tard, en 1933, elle entra au Carmel de Cologne. Elle reçut le nom de Thérèse Bénédicte de la Croix. Ce nom fut son programme de vie, non seulement parce qu’elle écrivit un livre sur la Science de la Croix, mais parce qu’elle fut poursuivie et persécutée comme juive par les nazis. Elle dût fuir de Cologne en Hollande, au Carmel d’Echt où elle fut arrêtée avec sa sœur Rose le 2 août 1942. Elles furent entassées avec un millier de juifs sur un train et expédiées à Auchwitz où elles moururent dans les chambres à gaz le 9 août 1942. Le pape Jean Paul II l’a ajoutée au calendrier des saints le 11 octobre 1998 et l’a déclarée co-patronne de l’Europe avec Brigitte de Suède et Catherine de Sienne en 2002. Elle figure évidemment parmi les patronnes des journées mondiales de la jeunesse 2005. Comme elle est belle et inspirante pour nous, jeunes et moins jeunes de notre époque ! Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, Edith Stein, priez pour nous !

 

Pourquoi suis-je sur la terre ? Je désire vous rappeler la réponse d’un autre grand chercheur de Dieu, un évêque du nord de l’Afrique au 4ième siècle, saint Augustin. Au début de ses Confessions, il écrit ce passage qui est fameux dans la littérature mondiale : «Tu nous as fait pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi» (Conf.I 1,1). L’homme est un être créé. Il est créé avec en son cœur le désir de Dieu. Il est capable de Dieu.

 

Le Catéchisme de l’Église catholique l’exprime ainsi : «Le besoin de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car il est créé par Dieu et pour Dieu. Dieu ne cesse pas de l’attirer à lui. L’homme peut trouver la Vérité et le bonheur seulement en Dieu, vers qui il soupire inlassablement» (CCC 27).

 

Pour le trouver, il faut entrer en soi-même et rencontrer cette «Beauté si antique et si nouvelle» qui ravissait le cœur de Saint Augustin : « Je t’ai aimée bien tard, Beauté si antique et si nouvelle, je t’ai aimée bien tard! Mais voilà : Tu étais au-dedans de moi quand j’étais au-dehors. Et c’est dehors que je te cherchais ; dans ma laideur, je me précipitais sur la grâce de tes créatures. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi».   

 

Un peu d’espace pour l’intériorité, un peu de temps pour la prière, n’est-ce pas ce qui manque à notre monde dévoré par l’activisme et le stress ? Dix minutes d’évangile chaque jour pourrait changer notre vie. J’ai fait moi-même cette expérience à l’âge de 18 ans, à la suite d’une fracture de la jambe en jouant au hockey. J’ai dû interrompre le sport pendant quelques mois, ce qui m’a permis de méditer un peu chaque jour l’Imitation de Jésus Christ. Cette expérience fut décisive pour bien discerner mon appel au sacerdoce. N’attendez pas comme moi d’avoir un accident pour commencer !! Je connais des jeunes industriels qui s’arrêtent chaque jour pour se recueillir et méditer.  

 

 

 

RECHERCHER LA VÉRITÉ : JÉSUS CHRIST

 

Chers jeunes, ce besoin de Dieu, cette soif de Dieu inscrite en notre être, nous l’expérimentons de mille manières sans nous en rendre compte la plupart du temps. Nous l’avons évoqué au début. Nous cherchons la vérité ultime de notre existence, le sens profond de nos questions et de nos aspirations. Le poème du début nous a mis sur une piste qui va même plus loin : Ton incarnation, ô mon Dieu, n’a-t-elle pas elle aussi commencé avec ton désir ardent pour l’homme ?

 

L’incarnation de Dieu, si centrale en notre foi et si difficile à croire, est l’expression du désir de Dieu pour l’homme. Avant que nous le désirions, c’est Lui, Dieu, qui nous désire. Dieu a soif de notre amour. C’est pourquoi il envoie son Fils dans le monde, à notre recherche. Le désir ardent de Dieu qui nous habite est un écho du désir que Dieu éprouve d’habiter notre cœur.

 

Jésus l’exprime dans le passage émouvant de sa rencontre avec Zachée, qui était considéré comme un pécheur public: «Zachée descends vite, car il me faut  aujourd’hui demeurer chez toi» (Luc 19, 4). Attaqué par les Scribes et les Pharisiens qui l’accusent de manger avec des pécheurs, Jésus répond : «Le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu» (v. 10). Il est prêt à tous les sacrifices pour révéler le vrai visage du Dieu sauveur.  La parabole du Fils prodigue ou du Père miséricordieux l’exprime de façon si éloquente. Dieu désire le retour du pécheur et dès qu’il l’entrevoit de loin, il commence à lui faire la fête !

 

Le sens profond de notre existence s’éclaire à partir de ces deux désirs, celui de Dieu et celui de l’homme, dont Jésus incarne la rencontre merveilleuse et insurpassable. C’est en lui seul qu’on trouve le sens ultime de la vie, la clé du bonheur : «Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ; nul ne va au Père que par moi» (Jn 14, 6). Et cet accès au Père qu’il donne à tous, par amour, lui coûte le prix d’une passion affreuse mais salvifique pour nous. Maurice Zundel écrit : «Jésus seul peut nous révéler le vrai Dieu parce qu’il est intérieur à nous-mêmes, parce qu’il nous aime plus qu’une mère, parce qu’il vit chacun par le dedans, parce qu’il peut seul nous conduire à nous-mêmes».

 

Le témoignage de Jésus dans l’évangile de Jean tourne autour de la Vérité avec une majuscule : « Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix» (Jn 18, 37). «Je suis la Vérité», avait-il révélé plus tôt à ses disciples. La Vérité, c’est le Fils de Dieu qui se livre à la mort par amour, pour nous réconcilier avec Dieu et pour nous donner Sa vie éternelle. Que nous cherchions et trouvions cet Amour incarné en Jésus Christ, voilà la vérité de notre vie. Que nous y participions par la foi, volontairement et librement, avec enthousiasme et disponibilité, voilà la clé du bonheur.  

 

Le Catéchisme de l’Église Catholique écrit : Dieu a soif de notre soif. Il précède notre soif et il la façonne de l’intérieur, pour nous rendre toujours plus capable d’accueillir et de répondre à son amour. Jésus Christ nous apporte cette révélation et il nous donne la grâce d’y répondre en y trouvant notre plus haute liberté. Thérèse d’Avila, Edith Stein, Saint Albert le Grand ont fait cette expérience et ont donné ce témoignage. Nous sommes appelés à faire de même. 

 

Chers jeunes, nous pouvons maintenant faire nôtre la prière qui conclut le poème : permets donc maintenant à notre désir profond de commencer en te cherchant, et d’arriver à son terme après t’avoir trouvé. Nous pouvons l’exprimer de façon tout à fait chrétienne en ces termes : Laisse notre désir commencer en te cherchant, Toi, Jésus, et laisse-le finir en te trouvant, toi, Jésus. À la toute fin de la Bible,  dans le livre de l’Apocalypse, Jésus lui-même prend la parole en disant : «Je suis, moi Jésus, l’étoile radieuse du matin» (Ap 22, 16). Il est l’étoile. Il est le Chemin. Il est Celui que nous cherchons. Nous sommes venus l’adorer.

 

Au terme de cette réflexion je laisse quelques questions au cas où elles pourraient aider votre propre recherche :

Tout commence avec le désir… Quel est mon désir profond ? Comment s’exprime-t-il ?

Qui sont les étoiles de ma vie ? Quels sont les stars, les modèles ou les saints, connus ou inconnus, qui m’inspirent et me guident ?

Y–a-t-il des fausses lumières ou des mirages qui me mettent sur des mauvaises pistes ?  

Qu’en est-il de Jésus, comme Vérité de ma vie ?!

 

 

PRIÈRE  (Maurice Zundel)

 

Seigneur, tu es le seul chemin vers nous-mêmes.

C’est toi qui murmures, au cœur de notre cœur,

Ce secret merveilleux qui est en nous

Une source qui jaillit en Vie éternelle.

 

Nous voulons te rencontrer justement

Comme le souffle même de notre liberté,

Comme une personne, comme une vie,

Comme un cœur qui bat dans le nôtre.

Nous voulons écouter ta voix amie

Qui nous appelle au plus profond de nous-mêmes,

Qui veut nous rendre libres, nous identifier avec toi,

Pour faire de nous une source et une origine.

 

Donne-nous, Seigneur, de ne pas hésiter à sceller,

Dans le «Oui» de notre enthousiasme et de notre liberté,

Ce «Oui» éternel qui se prononce,

Au plus intime de nous-mêmes.

 

Amen !

 

 

Marc Cardinal Ouellet

Archevêque de Québec,

Cologne, 17 août 2005