RENCONTRER LE CHRIST

DANS L’EUCHARISTIE

 

 

«Ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui» (Mt 2, 11)

 

 

Chers jeunes,

 

Dans la Lettre apostolique dans laquelle le Pape donne les orientations pour vivre l’Année de l’Eucharistie, le Saint Père Jean Paul II écrit : «L’eucharistie est le centre vital autour duquel je désire que les jeunes se rassemblent pour nourrir leur foi et leur enthousiasme» (n.4). Et, en conclusion il ajoute : «J’attends beaucoup de vous, les jeunes, tandis que je vous rappelle le rendez-vous de la Journée Mondiale de la Jeunesse à Cologne. Le thème choisi – Nous sommes venus l’adorer (Mt 2, 2) – peut vous suggérer de manière particulière l’attitude juste pour vivre cette année eucharistique. Dans votre rencontre avec Jésus caché sous les espèces eucharistiques, apportez tout l’enthousiasme de votre âge, de votre espérance, de votre capacité à aimer» (n.30).

 

Pour Jean Paul II, le Père bien-aimé des JMJ, l’édition de Cologne 2005 était rêvée comme l’un des points culminants de l’Année eucharistique. Nous n’allons pas décevoir son rêve, n’est-ce pas ? En mémoire de lui et en reconnaissance pour son beau  témoignage, je vous invite à répondre encore plus généreusement à son appel et à rencontrer le Christ vivant dans l’Eucharistie. C’est surtout là que nous sommes venus l’adorer. Au début de cette catéchèse, je demande avec vous et pour vous la grâce que nous soyons touchés par la splendeur de ce mystère. Qu’il devienne pour nous, selon le désir du pape, notre «centre vital», la source de notre enthousiasme, de notre espérance et de notre capacité d’aimer. 

 

Je voudrais vous aider à mieux comprendre pourquoi l’eucharistie est le «centre vital» de l’Église et donc le «centre vital» de notre vie chrétienne. Cela n’est pas évident de nos jours car bien des gens semblent vivre bien en marge de ce sacrement. Beaucoup de jeunes n’y ont pas été initiés ou l’ont été de façon superficielle. Ce n’est pas leur faute s’ils ignorent l’importance vitale de ce sacrement. Et pourtant, le Concile Vatican II et le pape Jean Paul II ont rappelé à souhait que l’eucharistie est «le trésor spirituel de l’Église, parce qu’elle contient le Christ lui-même, notre Pâque» (PO 5).

 

Cherchons ensemble à pénétrer le profond mystère qui est exprimé par ces mots: «L’eucharistie est le Christ lui-même, notre pâque». Je vous propose une descente en ce mystère en trois paliers qui seront pour nous autant de pauses d’adoration. D’abord, un premier palier, celui du rite eucharistique institué par Jésus le soir du jeudi saint ; ensuite, le palier plus profond du sacrifice de la croix qui est le contenu de ce rite ; enfin, le palier le plus important de la résurrection qui fait du rite eucharistique, notre pâque. La matière est abondante et le temps est court ; attachez vos ceintures, car nous allons descendre en vitesse ; vous aurez peut-être l’impression d’expérimenter un manège de montagnes russes ! !

 

1) L’institution de l’eucharistie

 

Que s’est-il passé le soir du jeudi saint ? Jésus avait deux choses en tête, ce soir-là. D’abord, il savait que sa dernière heure était arrivée. Ses opposants avaient réussi à soudoyer un des douze pour qu’il soit livré aux mains des autorités. Sa mort était décidée. Jésus avait prêché de son mieux à son peuple, il avait guéri des malades, nourri des foules, pardonné des pécheurs, mais il n’avait pas réussi à convertir son peuple. Il avait échoué dans l’action, il lui fallait maintenant aller à la passion et passer par la souffrance et la mort. Son «Heure» était arrivée, l’heure qu’il attendait ardemment depuis longtemps, l’heure de témoigner du plus grand amour jamais vécu sur la terre, l’heure de sa pâque. Jésus savait que son Père l’envoyait à une grande épreuve d’amour, à une grande mission de réconciliation pour le salut de l’humanité. Il était prêt et il était d’accord, tout en sachant que ce passage par la mort, cette pâque, serait obscur et terrible à vivre. «Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que j’agis comme il me l’a ordonné» (Jn 14, 31-32). Voilà ce qu’il dit solennellement à ses disciples à la dernière Cène.

 

La deuxième chose qu’il avait en tête le soir du jeudi saint est qu’il voulait laisser aux siens un signe de son amour, un signe unique et permanent de son amour rédempteur. Les fiancés s’échangent des alliances en signe de leur amour. Beaucoup de jeunes portent des bracelets de couleur au poignet pour indiquer leur solidarité et leur engagement dans une cause quelconque. Le signe que Jésus avait en tête était un rite nouveau, un rite simple qui rassemblerait ses disciples et les identifierait comme ses amis, un signe qui les garderait unis à Lui et entre eux pour les siècles à venir.

 

Jésus avait préparé ses disciples à ce signe pendant sa vie publique en faisant le miracle de la multiplication des pains. Il avait annoncé aussi ce signe dans un discours sur le pain de vie où il parlait de donner sa propre chair à manger. Son langage les avait alors surpris, sinon scandalisés. Ils avaient murmuré : «Qui donc peut donner sa chair à manger ? Certains l’avaient abandonné, car c’était trop fort pour eux, ils préféraient chercher ailleurs une religion plus facile et sans sacrifice. Mais Pierre avait tenu le coup malgré tout : «Seigneur, à qui irions-nous, tu as les Paroles de la vie éternelle». Le soir de la dernière Cène, Pierre réagit fortement en voyant Jésus s’agenouiller devant lui pour lui laver les pieds, mais quand il entend son Maître le menacer de perdre son amitié, il laisse finalement Jésus se comporter comme l’esclave de tous. 

 

Le moment crucial de ce jeudi saint se passe pendant le repas pascal traditionnel, après qu’ils eurent chanté ensemble les psaumes et rappelé la fameuse nuit de l’Exode, quand Dieu avait accompagné son peuple hors d’Égypte en submergeant les chars du Pharaon dans la mer rouge. Lors de ce repas d’adieu, Jésus est conscient de mener à son point culminant l’intervention merveilleuse de Dieu dans l’histoire. Il prend du pain, il prononce la bénédiction habituelle du père de famille chez les Hébreux, rompt le pain et le distribue à ses Apôtres en disant : «Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous». Puis à la fin du repas, il prend une coupe de vin, prononce la bénédiction et la leur donne en disant : «Prenez et buvez-en tous, car ceci est la nouvelle alliance en mon sang qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés». Il ajoute : «Faites ceci en mémoire de moi». Voilà le nouveau rite qu’il institue ce soir-là et qu’il laisse à ses Apôtres pour qu’ils rassemblent l’Église en son Nom.

 

Depuis 2000 ans, l’Église refait fidèlement ses gestes et redit ses paroles, en Son Nom et en mémoire de Lui. Ce soir-là, les Apôtres ne saisissent pas toute la portée de ses paroles, ni du geste de lavement des pieds qu’il accomplit pour sceller son nouveau pacte d’amour avec les siens. Ils comprendront plus tard quand les événements suivants se seront produits. Et même après deux mille ans, nous n’avons pas fini de comprendre la profondeur et la beauté de ce rite institué lors de son souper d’adieu.

 

Un jour qu’un catéchète peinait à expliquer comment le pain et le vin étaient transsubstantiés, c'est-à-dire changés en le corps et le sang du Christ, un enfant de huit ans, mu par une inspiration soudaine leva la main et lui dit : « Cela n’est pas si difficile à comprendre : Jésus le dit, Il le fait !». Jésus le dit, il le fait. En effet, puisque Jésus est le Fils de Dieu, il a le pouvoir de réaliser ce que sa parole énonce : «Ceci est mon corps, ceci est mon sang» ; «Faites ceci en mémoire de moi». Il se donne ainsi lui-même à manger dans un geste étonnant et merveilleux ; et il institue le sacerdoce des évêques et des prêtres pour que ses paroles et ses gestes traversent les siècles. L’Église obéit à son commandement et répète ses paroles et ses gestes, dans un profond esprit de foi et d’adoration, en sachant que c’est toujours Lui qui se rend présent. L’eucharistie est le mystère de foi par excellence. Nous sommes venus l’adorer. Premier palier.

 

2) Le sacrifice de la Croix

 

L’institution de l’eucharistie que nous venons d’évoquer est un rite d’alliance scellé dans le sang. «Ceci est la nouvelle alliance dans mon sang», dit Jésus. Le soir du jeudi saint, il anticipait son sacrifice qui allait se réaliser le lendemain, il s’offrait déjà spirituellement à son Père en sacrifice d’expiation pour les fautes de l’humanité. Elle lui a coûté cher cette réconciliation du monde avec Dieu. Elle lui a coûté une passion affreuse et une mort épouvantable. Pourquoi ? Pourquoi le salut du monde dépend-t-il du destin tragique d’un seul homme ? Comment sa croix peut-elle libérer le monde du péché et de la mort ? Et quel rapport existe-t-il entre la Croix et le rite de la Sainte Eucharistie ? Graves questions qu’il faudrait approfondir lentement et en détails, mais allons à l’essentiel.  Je prie le Saint Esprit de vous garder du prochain vertige !

 

Rappelons tout d’abord que le dessein de Dieu sur l’humanité est un dessein d’Alliance. Une Alliance c’est un pacte d’amitié et de réciprocité. Dieu n’est pas un Absolu sans visage trônant très haut au-delà des nuages. Il est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de l’Alliance qui veut une relation vivante avec son peuple. Or, un rapport d’alliance signifie une grâce unilatérale de sa part mais aussi un engagement bilatéral qui implique par conséquent une certaine réciprocité dans la relation entre les partenaires. L’Alliance du Sinaï, par exemple, comporte l’engagement à obéir aux dix comman-dements. Malheureusement, l’histoire d’Israël révèle que l’homme a désobéi depuis les origines à la volonté de Dieu et il a rompu de maintes façons l’Alliance avec Dieu.

 

Coupable d’idolâtrie et d’adultère, l’homme a détruit par son péché l’amitié donnée gracieusement par Dieu. Il s’est éloigné de Dieu au point qu’il ne peut plus retrouver par lui-même le chemin du retour. C’est pourquoi Dieu envoie son Fils Jésus pour restaurer et même rehausser l’amitié avec Dieu d’une façon inespérée. Jésus porte à son terme cette mission le vendredi saint. Tel un nouveau Moïse sur la montagne, il intercède au Calvaire pour son peuple, les bras levés vers Dieu sur l’autel de la Croix. Son intercession possède une valeur infinie parce qu’il est le Fils éternel de Dieu, qui est venu réparer par l’Amour l’offense faite à Dieu par les pécheurs et leur montrer le chemin du retour à Dieu. Jésus est vraiment l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ; il est notre Sauveur.

 

Osons descendre encore plus bas et demandons-nous : Pourquoi toute cette souffrance ? Un geste d’amour du Christ n’aurait-il pas suffi ? Une goutte de sang symbolique ? Pourquoi toutes ces douleurs atroces que le film de Mel Gibson nous a remis brutalement devant les yeux ? Nous savons que les guerres causent des désastres et des destructions inimaginables, non seulement au plan matériel mais aussi au plan spirituel. Combien d’années et de décades faut-il pour reconstruire l’amitié entre des peuples ou des ethnies qui ont connu la guerre ! La passion de Jésus Christ révèle tout d’abord le désastre du péché, l’immensité du péché du monde et la miséricorde infinie de Dieu qui pardonne à cause de Jésus Christ. Elle montre que la  reconstruction de l’amitié avec Dieu requiert une lutte de titan contre le Prince des ténèbres et la victoire de l’Amour sur le péché et la mort.

      

La passion du Christ est un sacrifice d’Alliance qui doit assumer notre manque de réponse à l’amour de Dieu. Nous avons désobéi, il doit obéir à notre place. Nous sommes égarés, il doit nous ramener de notre perdition. Nous avons péché, il doit se charger de notre péché et réparer l’offense et la peine qui est infligée à Dieu. Sa douloureuse obéissance d’amour compense toutes les désobéissances humaines, les nôtres et celles du monde entier, devant le Père. Jésus offre au Père, à notre place et en notre nom, un acte d’amour infini qui rachète et justifie le monde entier. Telle est la foi de l’Église catholique.

 

Dans son infinie miséricorde, Dieu a voulu que le sacrifice sanglant de Jésus Christ opère la réconciliation du monde avec lui et fonde la Nouvelle Alliance dans son sang pour toute l’humanité. Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, prends pitié de nous. Venez, adorons-le ! Deuxième palier !

 

         Le 30 juillet 1941 dans la cour du camp de la mort d' Auchwitz près de Cracovie, des centaines de prisonniers se tiennent au garde à vous depuis des heures. La veille un prison­nier s'est évadé. En guise de représailles, le commandant Fritz doit désigner dix prison­niers qui paieront de leur vie cette évasion en étant condamnés à mourir de faim. Ces pauvres prison­niers ne craignent pas telle­ment la mort qui leur est un specta­cle quoti­dien, mais ils redoutent par-dessus tout le supplice atroce d'une mort au compte goutte, les entrailles dévorées par la faim et la soif. L'un des dix malheureux s'écrie en gémissant: “ Je ne reverrai plus ma femme et mes enfants! ”.            

 

                   Soudain quelque chose d'inouï, de totalement inattendu se produit. Un des détenus non désignés ose sortir de la file et vient se placer devant le commandant. Il aurait pu être abattu sur le champ pour ce simple geste. Le commandant Fritz, complète­ment éberlué de cette audace, lui hurle: “ Que veux-tu sale polo­nais? ” “ Je voudrais mourir à la place d'un de ces condamnés ” répond le Père Maximilien Kolbe. “ A la place de celui qui a une femme et des enfants ”. Le bourreau n'en croit pas ses oreilles. Il en est tellement renversé qu'à la stupéfaction générale, il s'abaisse pour la première fois à parler avec un prisonnier: “ Qui es-tu? ” demande-t-il à Kolbe. “ Je suis prêtre catholi­que ” répond simplement le franciscain.

 

                   Prêtre catholique!  Ministre du corps et du sang du Seigneur, dispensateur de sa miséricorde, héraut de son commande­ment d'amour. Kolbe a vu la détresse du père de famille et le désespoir de ceux qui vont à la mort la plus cruelle. Ils ont besoin de l'assis­tance d'un prêtre pour leur ultime combat. Inexplicablement, Fritz le sanguinaire concède la permission, sans insulte et sans blas­phème, comme subjugué un instant par la puis­sance de l'Amour qui éclate à ses yeux.

 

                   L'enfer dura 15 jours. Les témoins racontent qu'à la différence des autres fois, on entendait autour du bunker des condamnés, au lieu de hurlements et de cris de désespoirs,  des prières et des cantiques. Le bon pasteur, descendu librement dans l'abîme par amour, veillait sur ses brebis malheureuses. Kolbe priait sans arrêt. Ses bourreaux ne pouvaient supporter son regard intense et miséricordieux. Ils se disaient entre eux: “ Nous n'avons jamais vu un homme comme celui-ci! ”. Il est mort le dernier, le 14 août, veille de l'As­somption, en conservant sa lucidité et sa sérénité jus­qu'au bout. Une injection mortelle l'acheva. Le gardien Borgowiec, habitué à ramasser des cadavres sales, s'éton­na de constater que “ son corps était propre et on aurait dit qu'il rayonnait une lumière ”[1].

 

Le glorieux sacrifice de Saint Maximilien Kolbe est un exemple extraordinaire de la puissance rayonnante du sacrifice de Jésus Christ qui nous touche par l’eucharistie. Grâce à la célébration de l’eucharistie, ce sacrifice unique est rendu présent sur l’autel d’une façon non sanglante par les mêmes paroles que le Christ a prononcées à la dernière Cène : «Ceci est mon corps livré pour vous, ceci est mon sang versé pour vous ; Faites ceci en mémoire de moi». Conformément à cette ultime disposition du Seigneur, l’acte d’amour de sa passion, qu’il avait anticipé spirituellement et rituellement le jeudi saint, est rendu présent à chaque messe pour que nous puissions en vivre personnellement et en Église. Comme Marie et Jean au pied de la Croix, nous participons donc par l’eucharistie à l’offrande d’amour que le Christ fait de lui-même pour notre salut. «Le Rédempteur lui-même est présent dans le sacrement de l’eucharistie», nous écrit Jean Paul II, « Dans l’étable de Bethléem il se laissa adorer, sous les pauvres traits d’un nouveau-né, par Marie, Joseph et par les bergers ; dans l’hostie consacrée, nous l’adorons sacramentellement présent dans son corps et dans son sang, dans son âme et sa divinité ; il s’offre à nous comme nourriture de vie éternelle» (Message, n.3).

 

En célébrant l’eucharistie ou en adorant le Saint Sacrement, nous nous unissons à l’offrande d’amour du Seigneur et nous sommes vivifiés par elle. Nous trouvons enfin notre «centre vital», notre source d’énergie et de renouvellement permanent : «La Sainte Messe, nous écrit Jean Paul II, devient alors le véritable rendez-vous d’amour avec Celui qui s’est entièrement donné pour nous. N’hésitez pas, chers jeunes, à lui répondre quant il vous invite «au banquet des noces de l’Agneau» ( cf. Ap 19, 9). Ce rendez-vous ravive notre espérance, décuple notre capacité d’aimer et met un comble à notre enthousiasme. Car la grâce de son amitié recherchée et ressentie devient notre trésor spirituel.

 

L’adoration du Seigneur présent sous les espèces eucharistiques du pain et du vin se prolonge même en dehors de la messe, devant le Saint Sacrement exposé ou devant le tabernacle où est il est déposé pour la communion aux malades ou la prière personnelle. L’Église entoure de respect et de vénération tout ce qui touche les rites eucharistiques. «Elle vit de l’Eucharistie», comme l’a rappelé le Saint Père Jean Paul II dans son encyclique Ecclesia de Eucharistia. Ce mystère contient un condensé de sa foi, son trésor spirituel, «la pâque du Seigneur et la nôtre», comme nous le verrons à l’instant.

 

 

 

3) La pâque du Seigneur et la nôtre

 

           «Rencontrer le Christ dans l’eucharistie», l’adorer sous les espèces du pain et du vin, communier par la foi à son sacrifice d’amour, voilà deux paliers que nous avons descendu dans la profondeur de ce mystère. Il manque encore le troisième, le plus important, qui nous plonge au cœur du mystère trinitaire. Tenez-vous bien car en Dieu il y a de la Vie et du mouvement.

 

L’offrande de Jésus pour nous, son acte d’amour rédempteur en obéissance au Père, n’est pas resté sans réponse. Jésus a réussi, en mourant sur la croix et en descendant parmi les morts, à réconcilier le monde avec Dieu. La nouvelle alliance dans son sang n’est pas une tentative ratée, elle est une réussite ! La preuve en est sa résurrection d’entre les morts.

 

Car la résurrection est la réponse du Père à l’obéissance du Fils. Elle certifie que le sacrifice de son Fils pour nous a été accepté et glorifié. Saint Paul l’affirme solennellement en disant que si le Christ n’est pas ressuscité d’entre les morts, nous sommes encore dans nos péchés, nous sommes les plus malheureux des hommes. «Mais non, s’exclame t-il, le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis» (I Cor 15, 20). La résurrection du Christ, prélude de la nôtre, est le mystère le plus fondamental de notre foi. C’est à cause de ce mystère, dont les Apôtres ont fait l’expérience et dont ils ont témoigné, que les évangiles ont été écrits. Sans le grand événement de la résurrection, la saga de Jésus de Nazareth se serait perdue comme un fait divers dans la nuit des temps. À cause de sa résurrection, l’histoire de Jésus devient le centre de l’histoire et du cosmos, nous dit la Constitution Gaudium et Spes du Concile Vatican II.

 

         Voici comment commence l’épître de Saint Paul aux Romains : «Paul, serviteur du Christ Jésus, apôtre par vocation, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu, que d’avance il avait promis par ses prophètes dans les Saintes Écritures, concernant son Fils, issue de la lignée de David selon la chair, établi Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit de Sainteté, par sa résurrection d’entre les morts, Jésus Christ notre Seigneur» (Rom. 1, 1-4). Jésus est établi Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d’entre les morts. Avant sa résurrection, il vivait parmi les siens dépouillé de sa gloire, au point qu’il était perçu comme un homme ordinaire, pareil à ses semblables en tout, sauf le péché, dit l’Écriture.

 

Quand le Père le ressuscite d’entre les morts en le comblant de toute la puissance de l’Esprit Saint, Jésus reçoit «le nom qui est au-dessus de tout Nom, afin que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame de JÉSUS CHRIST, qu’il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père» (Phil. 2, 9-11). Jésus est «Seigneur» c'est-à-dire Maître de toutes choses, et il est «Christ» c'est-à-dire «oint» du Saint Esprit. Ces deux noms, Christ et Seigneur, couronnent sa mission qui est de réconcilier le monde avec Dieu en répandant sur toute chair et dans les cœurs l’Esprit de Dieu, l’Esprit de paix et d’amour que sa passion et sa mort ont mérité pour toute l’humanité. La résurrection du Christ confirme ainsi, par le Don du Saint Esprit, que Dieu est Un et Trine et qu’en exaltant son Fils, prémices de tous les ressuscités, il sauve le monde.

 

         La pâque du Christ devient nôtre par l’eucharistie. Les Apôtres ont été des témoins privilégiés du Ressuscité. Ils l’ont vu et ils ont mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Mais Dieu a voulu que nous aussi soyons, à notre manière, témoins de la résurrection en rencontrant Jésus vivant dans l’eucharistie. Jésus est le Vivant ! Il est tellement vivant d’une vie nouvelle et définitive, qu’on ne peut pas le saisir avec nos facultés naturelles. Un peu comme les rayons infrarouges sont invisibles à nos yeux, il faut un appareil spécial pour les percevoir. De même la présence du Seigneur dans l’eucharistie est perçue par la foi. Le Saint Esprit nous en rend capables en accompagnant de sa puissance les Paroles du Christ. Celui qui, au début de la création, a dit : «Que la lumière soit» ! donne maintenant à son Fils de dire, au sommet de la création : «Ceci est mon corps» ! Et le Saint Esprit du Père et du Fils illumine les yeux de notre foi pour confesser la présence du Ressuscité sous les espèces du pain et du vin et pour l’adorer humblement. Venez adorons-le ! Troisième palier !

 

         La pâque du Christ est son passage dans l’éternité par la glorification de sa passion et de sa mort. Son unique sacrifice, accompli une fois pour toutes sur la Croix et glorifié par sa résurrection, demeure disponible et efficace pour tous les temps et tous les lieux. C’est pourquoi il est rendu présent, selon la volonté de Dieu, partout où l’eucharistie est célébrée, afin de permettre aux croyants de rencontrer personnellement le Christ vivant et d’être vivifiés par Lui. C’est ainsi que le Christ nous offre de participer à sa pâque, de passer avec Lui de la mort à la vie. Nous avons un signe de ce passage quand nous aimons nos frères et sœurs en esprit et en vérité. En nous donnant à manger son corps et son sang, Jésus nourrit notre capacité d’aimer. En répandant dans nos cœurs son Esprit de Vérité et d’Amour, il nous distribue le fruit de son sacrifice rédempteur. Que ce même Esprit Saint vienne en aide à notre faiblesse et nous aide à découvrir le trésor spirituel de la Sainte Eucharistie !

 

Chers jeunes, nous avons complété notre descente au cœur du mystère de l’eucharistie, centre vital de l’Église. Nous avons commencé avec l’institution du rite qui perpétue le don du Christ ; nous avons approfondi le contenu sacrificiel de ce rite en mettant en valeur l’offrande d’amour de Jésus à son Père pour nous; et nous avons vu que l’Eglise vit de l’eucharistie parce que c’est le centre vital de sa participation à la pâque du Seigneur. Nous avons touché l’essentiel du mystère. Puissiez-vous avoir saisi quelques éléments qui vous aident à reconnaître en ce mystère votre «centre vital».

 

Chers jeunes des JMJ 2005, la grâce de ce pèlerinage doit être pour vous et pour ceux qui attendent votre témoignage, une grâce eucharistique. L’heure est venue pour nous de renouveler notre engagement d’amour envers Jésus présent dans l’eucharistie. L’amitié qu’il nous offre ne peut pas rester sans réponse de notre part. Si Dieu s’est donné tant de peine pour nous rejoindre jusqu’au fond de notre misère, ne faut-il pas nous donner un peu plus de peine pour manifester notre gratitude et notre volonté d’être un vrai partenaire d’alliance.

 

À la fin du 3ième siècle, un groupe de 49 Chrétiens du nord de l’Afrique défièrent la prohibition de l’empereur et se réunirent pour célébrer l’eucharistie du dimanche. Ils furent arrêtés, traduits en justice et condamnés à mort. Dans leur ultime témoignage ils déclarèrent : «Sine dominico non possumus—Nous ne pouvons pas vivre sans le dimanche». On les appelle les martyrs du dimanche. Ils avaient compris que l’Eucharistie du dimanche étaient leur «centre vital», leur source de vie que rien ne pouvait remplacer. C’était pour eux une question de vie ou de mort, et ils ont choisi de mourir à la vie des hommes pour vivre de la vie éternelle du Ressuscité !

 

«Nous ne pouvons pas vivre sans le dimanche !» Voilà mon souhait pour vous en cette JMJ! Que vous ne puissiez pas vivre sans le dimanche ! Permettez-moi de vous le dire sans détours et en toute simplicité. L’enjeu est tellement important. Il y va de votre vie et du témoignage que l’Église doit rendre au Christ ressuscité, toujours vivant au milieu de nous.

 

Chers jeunes, qu’allons-nous faire dorénavant pour marquer notre appartenance au grand mystère de la Sainte Eucharistie ? Comment allons-nous exprimer notre engagement renouvelé ? Et si vous me permettez une annonce gratuite, je vous invite au prochain Congrès eucharistique international qui se tiendra à Québec en 2008. Nous devrions y rencontrer à nouveau le Saint Père Benoît XVI !

 

En mémoire de Jean Paul II qui nous a guidés jusqu’ici au nom de Jésus, demandons au Saint Esprit de toucher notre cœur et de nous inspirer la manière juste et féconde de rencontrer le Christ présent dans la sainte eucharistie. Lui seul peut nous remplir de foi pour l’adorer, d’amour pour partager, et d’enthousiasme pour témoigner ! Qu’il confirme en nous la joie et la certitude de la Foi ! Amen !

 

 

Marc Cardinal Ouellet

Catéchèse, 18 août 2005

Cologne                  

          

 

 



    [1] Winowska, Maria  Massimiliano Kolbe, Ed. Paoline, Roma, 1981