Lettre pastorale sur les migrants et les réfugiés

La Commission des affaires sociales

Conférence des évêques catholiques du Canada

 

Journée mondiale des migrants et des réfugiés

15 janvier 2006

"Car nous ne sommes devant toi que des étrangers et des hôtes"

 

 

1. Quand le roi David bénissait le Seigneur en présence de tout son peuple pour les bienfaits dont il avait été comblé, il rappelait du même souffle notre condition devant Dieu: « nous ne sommes devant toi que des étrangers et des hôtes comme tous nos pères … »[i]. Cette conscience de notre précarité commune invite les croyants à porter une attention particulière à la réalité des migrants et à se solidariser avec eux.

 

2. Être un migrant ou un hôte de passage, c’est la réalité que vivent 2,9% de l’ensemble de la population mondiale aujourd’hui. On évalue à au moins 175 millions le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants qui vivent à l’extérieur de leur pays d’origine, ce qui inclut les migrants économiques, les réfugiés et les demandeurs d’asile.[ii] Par ailleurs, on estime, qu’à l’échelle mondiale, la majorité des personnes en déplacement demeurent à l’intérieur de leur propre pays, quitte à se déplacer selon un rythme saisonnier.[iii] Plus que jamais, la migration est devenue un phénomène structurel de nos sociétés, une réalité importante de la condition humaine. 

 

3. Plusieurs causes peuvent contribuer à expliquer cette situation. « L’explosion récente des migrations internationales est une réaction à la perception de l’inégalité des chances entre pays d’origine et pays hôte »[iv], affirmait dernièrement un rapport des Nations Unies. Le même texte relevait que 80% du produit intérieur brut mondial appartient au milliard de personnes qui vivent dans le monde développé; l’autre 20% est partagé entre les 5 milliards de personnes vivant dans les pays en développement. Cette richesse des pays du Nord est trop souvent le résultat de l’exploitation des ressources naturelles et humaines des pays du Sud. La mondialisation économique accentue encore davantage les déséquilibres majeurs dans la  répartition de la richesse sur la planète. 

 

4. D’autres causes sont à l’origine des migrations forcées : les désastres écologiques, dont  plusieurs sont la conséquence de pratiques  inadéquates de développement; la prolifération  des conflits armés; la persécution sur la base  des convictions politiques et même religieuses  ou celle fondée sur le genre ou l’orientation  sexuelle. Les pays, notamment les nations industrialisées de l’hémisphère Nord, ont par contre réagi à cette augmentation des flux migratoires en érigeant une « forteresse » à leurs frontières. À cause de la crainte du terrorisme, elles ont accru les mesures de sécurité et de contrôle et rendu l’immigration beaucoup plus difficile.  

 

Perspective catholique sur les migrations  

 

5. Lorsqu’elle n’est pas forcée, la migration peut être une expression de la quête humaine de la liberté et de nouveaux horizons porteurs de vie. Cependant, bien que l’Église soutienne le droit d’émigrer, celui-ci n’est pas vu comme un droit absolu des individus.  Le droit de migrer est aussi soumis aux exigences du bien commun et, dans cette perspective, les États peuvent exercer un certain contrôle sur l’immigration. Néanmoins, celui-ci ne saurait être inspiré par des « attitudes égoïstes » ou des « politiques restrictives ».[v] 

 

6. Se basant sur le principe de la dignité fondamentale de chaque être humain et sur l’éthique de vie qui en découle, l’Église catholique ne fait aucun compromis concernant les droits des personnes réfugiées.[vi] Le Saint-Siège a exhorté tous les États à adhérer à la Convention relative au statut des réfugiés de 1951, ainsi qu’au Protocole afférent de 1967. De plus, il a souvent demandé aux États de reconnaître l’exercice du droit d’asile proclamé par la Déclaration universelle des droits de l’homme  (article 14.1) et de s’abstenir d’y faire obstacle.[vii]  En outre, l’Église enseigne que les pays doivent veiller à ce que les droits des réfugiés soient assurés et  respectés « autant que les droits de leurs propres  citoyens ».[viii]

Une demande de parrainage d’une famille éthiopienne  de quatre enfants a été présentée en novembre 2001.  Les enfants étaient âgés de 8 à 19 ans. Vivant sans  statut légal à Nairobi, la famille craignait constamment  d’être arrêtée par la police, qui lui extorquerait de  l’argent ou la jetterait en prison. Vu l’absence d’un  adulte d’âge mûr pour s’occuper de la famille, le  répondant a demandé que celle-ci entre dans la catégorie de personnes  vulnérables et que le traitement de son dossier soit accéléré. Enfin, après de  nombreuses demandes de renseignements, dont la plupart sont restées sans  réponse, la famille est arrivée en Canada en septembre 2004, soit près de  trois ans après la présentation de la demande de son parrainage.  

 

Extrait de Y a-t-il un moyen plus rapide ? Parrainage privé de réfugiés  :  retard de traitement des demandes à l’étranger,  Conseil canadien pour les réfugiés, octobre 2004  

 

 
           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7. Les évêques catholiques du Canada défendent  depuis longtemps les droits des migrants et de nombreux efforts ont été faits pour répondre à leurs  besoins. Nous avons encouragé la diversité culturelle, fait la promotion de l’ouverture interculturelle,  et appelé les Canadiennes et les Canadiens à s’opposer au racisme et à l’éradiquer.[ix] Aujourd’hui, notre  société fait face à de nouveaux défis. L’Église doit  continuer à faire entendre sa voix pour défendre la  dignité humaine des migrants partout où ils se  trouvent et elle doit contribuer à faire changer les  politiques actuelles qui menacent leurs droits. 

 

La migration au Canada  

 

8. Selon le recensement de 2001, 18% des Canadiens sont nés à l’extérieur du pays, ce qui représente un sommet des 70 dernières années.[x] Cette  présence de l’immigration au sein de notre société  apporte une contribution de plus en plus significative  aux plans économique, culturel, social et politique.  En 2004, le Canada a accueilli 235 824 nouveaux  résidents permanents provenant de plusieurs pays,  14% d’entre eux étaient réfugiés. Même si les  Canadiennes et les Canadiens se considèrent généreux envers les réfugiés, ce taux d’acceptation ne fait  guère le poids en regard du nombre de personnes  dans le monde qui se déplacent et ont un besoin de  protection. 

 

9. Les politiques canadiennes de protection des réfugiés sont récemment devenues beaucoup plus  restrictives, dû à l’absence de volonté politique face  à cet enjeu, ainsi qu’à la priorité accordée aux préoccupations sécuritaires. En 2005, le Canada aura probablement reçu le plus petit nombre de demandes d’asile depuis le milieu des années 1980.[xi] On constate l’effet des mesures d’interception mises en place par le gouvernement canadien, dont l’Entente  sur les tiers pays sûrs conclue entre le Canada et les  États-Unis et entrée en vigueur en décembre 2004.  Cette mesure exige qu’un demandeur d’asile présente sa demande dans le premier des deux pays où il arrive. Combattu par les évêques canadiens et par de nombreux organismes de défense des réfugiés de l’un et l’autre pays[xii], cet accord est particulièrement préoccupant pour les demandeurs d’asile qui  auraient été acceptés comme réfugiés au Canada,  mais qui obtiennent difficilement la protection des  États-Unis. 

 

10. Malheureusement, on constate aussi d’autres actions gouvernementales qui ne reflètent pas une  application adéquate des accords internationaux  ratifiés par le Canada. Les communautés arabes et musulmanes, notamment, semblent subir un profilage qui a pris diverses formes : délais plus longs  dans le traitement des dossiers d’immigration  provenant de régions comme l’Afrique  du Nord; détention pour une période  indéterminée de personnes appartenant à  ces groupes et frappées d’un certificat de  sécurité; voire possible complicité  canadienne ou, du moins, défaut de  diligence face à la pratique alarmante  de l’ « extradition extraordinaire » de    citoyens canadiens vers des pays qui  pratiquent la torture.[xiii] Aucune personne ne devrait être renvoyée là où sa vie serait en danger ni où elle  serait soumise à la torture. L’enseignement catholique voit, dans les lois et les politiques donnant la préséance à l’intérêt national sur la dignité humaine  des personnes, une inversion fondamentale des  valeurs.[xiv]  

Momena est née en Afghanistan où elle a fait ses études d’infirmière et de sage-femme. Son implication militante l’a obligée à fuir son pays. Réinstallée comme réfugiée au Canada, Momena a dû se redonner une formation professionnelle puisqu’on ne reconnaissait pas ici ses diplômes. Elle reprend ses études secondaires. Elle réussit toutes les matières sauf l’anglais qui est enseigné

comme langue maternelle, mettant fin à son désir de refaire ici son cours d’infirmière. Elle se résigne à suivre un cours de préposée.

 

« Je travaille comme préposée aux bénéficiaires. Je leur dis bonjour, bonsoir, repose-toi, à demain, bon appétit … Pendant que je change leurs draps de lit, que je fais le ménage ou leur apporte à manger, je vois une infirmière chercher sans succès la

veine d’une malade pour lui donner une piqûre. Une voix me souffle aussitôt : prends ta seringue et tu trouveras la veine. Je vois une jeune femme enceinte dans l’ascenseur de mon immeuble. Je la regarde à la dérobée et j’ai le goût de l’embrasser, je saurais te délivrer le moment tant attendu. Je rencontre un enfant malade dans la rue, je reconnais le mal dont il est

atteint et je saurais comment le soigner …Ces gestes me sont interdits. Je ne suis plus infirmière ni sage-femme. Mon nom est personne. »

 

* Les informations sont tirées du livre de Frans Van Dun, Tout quitter pour la liberté : cinq parcours d’immigrants, Editions Libre expression, 2005.

 
 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’asile religieux

 

11. À l’été 2004, Madame Judy Sgro, alors Ministre fédérale de la Citoyenneté et de l’Immigration, demandait publiquement aux Églises de renoncer à  la pratique traditionnelle consistant à offrir l’asile à  des demandeurs du statut de réfugié menacés de  déportation.[xv] Au cours des mois précédents, huit églises de différentes dénominations chrétiennes  avaient donné l’asile religieux à des personnes qui  n’arrivaient pas à faire reconnaître leurs besoins de  protection par le gouvernement du Canada. En mars de la même année, la police de la Ville de Québec  pénétrait dans une église de l’Église Unie pour  arrêter un réfugié algérien.[xvi] Cette violation d’un sanctuaire rompait une tradition jusqu’alors respectée au Canada. La réponse des chefs des Églises, qui  ont tenu une conférence de presse conjointe et qui  ont ensuite rencontré la Ministre, a été de rappeler  que le problème n’était pas le recours à l’asile  religieux, mais plutôt les lacunes du système canadien de reconnaissance du statut de réfugié, qui  laisse trop de réfugiés sans protection.[xvii] 

 

12. La détermination du statut de réfugié est une décision qui peut avoir pour conséquence la mort  d’êtres humains. Pourtant, c’est la seule et unique décision juridique pour laquelle il n’existe pas de  mécanisme d’appel. Un réfugié dont la demande est rejetée par un seul commissaire lors d’une audience de la Commission de l’immigration et du statut de  réfugié doit avoir le droit d’en appeler de la décision.  Le Parlement canadien a reconnu ce besoin et prévu  une instance d’appel dans la Loi sur l’immigration et  la protection des réfugiés  (adoptée en juin 2002),  mais le gouvernement a  refusé d’instituer le mécanisme d’appel. À deux  reprises, en 2005, des  députés des quatre partis  fédéraux ont présenté à la  Chambre des Communes une pétition oecuménique  de plus de 24 000 signatures (parrainée par KAIROS  et appuyée par la Commission épiscopale des  affaires sociales de la CECC) pour demander qu’on  instaure la section d’appel pour les réfugiés.[xviii]  

 

 La séparation des familles  

 

13. Une des souffrances les plus grandes que vivent  plusieurs migrants est la séparation d’avec leurs  enfants et leur conjoint. La séparation des familles,  lorsqu’elle perdure pendant plusieurs années, a un  effet destructeur pour tous ses membres, mais elle  est particulièrement ressentie par les enfants et les  jeunes. Les frais exigés pour obtenir la résidence  permanente[xix], les nombreuses démarches requises  3   (enquête de sécurité, test d’ADN, contrôle médical,  etc.) et la lenteur du processus administratif sont en  grande partie à l’origine des longs délais. L’unité de  la famille et son apport à notre vie sociale est une  préoccupation importante des chrétiens. Nous ne  devrions donc pas hésiter « à lutter pour les  politiques sociales et une législation qui favorisent et  protègent les droits de la famille, une juste  distribution des ressources et le soutien aux plus  vulnérables et délaissés. »[xx] 

 

Le trafic et la traite des personnes  

 

14. Les mesures restrictives mises en oeuvre par les pays industrialisés ont entraîné, en contrecoup, une recrudescence du trafic des êtres humains, en particulier des femmes et des  enfants. Ce fléau, que les Nations Unies ont décrit comme une forme de crime organisé qui connaît aujourd’hui une croissance rapide, affecte également les migrants et les migrantes au Canada.  Beaucoup de ces personnes pensent qu’en réussissant à pénétrer de cette manière dans  les pays développés, elles pourraient trouver un  travail leur permettant de sortir de la pauvreté et  d’aider leurs familles restées dans le pays d’origine.  Malheureusement, ceux en qui elles mettent leur confiance, pour les aider à transiter, les maintiennent parfois captives à leur arrivée et les exploitent dans  l’industrie du sexe. Bien que pour la première fois, la Loi d’immigration reconnaisse que la traite des personnes est une infraction, la protection des  victimes n’a connu aucun progrès.   

 

 

 

Les travailleurs agricoles saisonniers  

 

15. Une autre réalité préoccupante est celle de plus  de 18 000 travailleurs agricoles saisonniers, originaires surtout du Mexique et des Antilles, et qui  viennent chaque année faire un travail que les  Canadiens et les Canadiennes sont moins intéressés  à exécuter. Les conditions proposées à ces travailleurs et travailleuses migrants ne respectent pas  toujours leur dignité en tant que personnes humaines.  Il est aussi fait état de périodes de travail prolongées  sans pause, de mauvaises conditions de logement et  du manque de soins médicaux auxquels ils ont droit.  Avec les groupes de défense des travailleurs, nous  posons la question : est-il équitable que les travailleurs migrants soient obligés de cotiser à la caisse  d’assurance-emploi, alors que leur droit à recevoir  des prestations reste pour eux un droit purement  théorique et inaccessible?

 

Pauvreté parmi les nouveaux arrivants  

 

16. Mais le drame humain le plus répandu chez les  migrants au Canada, c’est la pauvreté croissante que  connaissent les nouveaux arrivants. Le niveau de  revenu chez les immigrants d’arrivée récente était,  en 2000, presque deux fois moins élevé que celui  des autres résidents des zones métropolitaines. La  pauvreté et les difficultés liées à l’intégration au  milieu du travail touchent les femmes  plus que les hommes. Cette situation  est due en grande partie aux dysfonctions du marché du travail, surtout dans  les grands centres urbains où les immigrants ont tendance à s’établir, et au  manque de soutien gouvernemental  adéquat. Le problème se pose même si  les immigrants sont de plus en plus scolarisés, et  qu’ils le sont davantage que la population d’accueil.  Cette situation est inquiétante pour la santé des  collectivités canadiennes et nous interpelle. 

 

L’accueil des migrants par les  communautés chrétiennes  

 

17. Toutes nos formes d’engagement devraient  cependant se fonder sur une connaissance croissante  et une compréhension plus profonde de l’appel  biblique à la conversion provoquée par le souci du  migrant, ainsi que des différentes façons dont cet  appel s’est traduit dans l’enseignement social de  l’Église. D’ailleurs, nous voulons souligner combien  le témoignage de la foi des personnes d’origines ethniques si variées est devenu une extraordinaire  grâce dans le renouvellement de la vie de l’Église  au Canada.  

 

Mindondo est venue au Canada en  août 2000, laissant ses deux enfants  chez une amie en République  démocratique du Congo. Son mari a  pris la fuite séparément, et il a pu la  rejoindre, plus tard, au Canada. En  janvier 2002, Mindondo a été acceptée  comme réfugiée. En décembre 2002, son fils âgé de 13 ans a  été assassiné, car il avait été identifié comme membre d’une  famille persécutée, c’est-à-dire la même raison qui a permis à  Mindondo d’obtenir le statut de réfugiée. Malgré ce décès dans  la famille, le traitement de la demande de la fille ne semble pas  avoir été accéléré. Elle est toujours en République démocratique du Congo, courant d’un village à un autre village pour  se cacher des rebelles, et elle est parfois incapable de  communiquer avec sa mère.  

 

Extrait du document Plus qu’un cauchemar  : Les retards dans la réunification des familles et des réfugiés,  Conseil canadien pour les réfugiés, novembre 2004.  

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


18. Nous voulons exprimer notre vive gratitude  aux membres des communautés chrétiennes qui  ont répondu à l’appel lancé par le gouvernement  canadien, il y a tout  juste un peu plus de 25  ans, pour le parrainage  de réfugiés dans le  secteur privé. Aujourd’hui, quelque 24 diocèses catholiques au  Canada anglais ont une  entente de parrainage  avec le gouvernement  fédéral. Au Québec, plusieurs diocèses et communautés religieuses travaillent en étroite collaboration avec le gouvernement québécois dans le  cadre d’un programme analogue. Plus de 180 000  personnes ont été admises et accompagnées dans  leur établissement au Canada grâce à de telles  ententes. Par contre, ces gestes de solidarité sont  actuellement fragilisés à cause des délais inacceptables, alors que ce processus a pour objectif  de venir en aide à des personnes dont la vie est  en danger.  

 

19. En outre, l’Église au Canada se doit d’exprimer sa plus profonde reconnaissance à tous les  membres d’instituts religieux qui, au nom de leur  foi, ont répondu et continuent de répondre aux  besoins des nouveaux arrivants. Nous ne pouvons  que nous féliciter du travail prophétique accompli  par la Conférence  religieuse canadienne  (CRC) afin d’obtenir  que soit améliorée la  protection offerte aux  personnes victimes de  la traite d’humains. Ces  victimes comptent en  effet, comme le dit la  CRC, « parmi celles qui  souffrent le plus de la  mondialisation de l’économie, des attitudes  discriminatoires entre les sexes et de la  marchandisation de la vie ».[xxi] 

 

Responsabilités chrétiennes et solidarité  

 

20. Les chrétiennes et les chrétiens devraient être à  l’avant-garde des campagnes internationales visant  à promouvoir un développement international  juste, à radier les dettes accablantes, à instituer des  accords de libre-échange équitables et à éliminer la  pauvreté infantile – telle la campagne Abolissons  la pauvreté.[xxii] À moins de s’attaquer aux causes  profondes des migrations que sont la violence, la  dégradation de l’environnement et l’inégalité  sociale, de plus en plus de gens se verront contraints de se déplacer. 

 

21. Les attitudes sociales et politiques des chrétiennes et des chrétiens devraient refléter notre  profonde préoccupation pour le sort des populations migrantes. Il importe grandement que la  communauté chrétienne soit un exemple d’acceptation et d’appréciation des migrants dans la  société canadienne. Cette ouverture aux migrants  devrait se manifester à l’endroit des personnes de  toutes cultures et de toutes origines, indépendamment de leur statut  d’immigrant. Les chrétiens et les chrétiennes  doivent exprimer leur  refus de voir perdurer,  et même s’accroître, les  injustices à l’égard de  ces populations. 

 

Conclusion  

22. La présence des migrants et des réfugiés nous  rappelle que nous sommes tous devant Dieu  « comme des étrangers et des hôtes ». Elle est une  source d’enrichissement mutuel pour l’humanité et  elle est un encouragement au dialogue et à l’unité  de tous les peuples.[xxiii] Mais plus encore, cette  présence est un signe du Christ ressuscité. Car  c’est au coeur même de l’accueil des personnes de  différentes origines que Dieu a choisi de se  révéler : « j’étais un étranger et vous m’avez accueilli».[xxiv] 


Les membres de la Commission épiscopale des affaires sociales:  

 

Mgr Roger Ébacher, archevêque de Gatineau, président de la Commission 

Mgr Bertrand Blanchet, archevêque de Rimouski 

Mgr Daniel J. Bohan, archevêque de Regina  

Mgr Brendan M. O’Brien, archevêque de St. John’s  

 

Consultantes:  

 

Mme Élisabeth Garant, Saint-Jean-Longueuil 

Mme Pauline Leduc, Gatineau  

 

 

Les recommendations

Les évêques catholiques du Canada sont préoccupés de  la vulnérabilité croissante des personnes réfugiées et  immigrantes. Ils sont convaincus que tout doit être  mis en oeuvre pour assurer le respect de leur dignité  humaine. Ils demandent au gouvernement fédéral de  corriger certaines failles importantes de notre système  d’immigration : 

 

• l’abrogation de l’Entente sur les tiers pays sûrs  entre le Canada et les États-Unis; 

 

• l’introduction d’un droit d’appel pour les  demandeurs du statut de réfugié déjà prévu  par la Loi d’immigration; 

 

• l’élimination des obstacles inutiles à une réunification  rapide des familles; 

 

• la réduction des délais dans le processus  de parrainage collectif; 

 

• le renforcement des lois concernant la traite des  êtres humains, particulièrement les mesures  concernant la protection des victimes. 

 

Les Évêques du Canada demandent aussi aux différents  paliers de gouvernement de concrétiser leur ouverture à  l’immigration dans des mesures permettant : 

 

• un meilleur accueil des nouveaux arrivants de même  qu’un accès pour tous à l’ensemble des services  publics et à des conditions de vie décentes;

 

• une reconnaissance des compétences des  personnes immigrantes, une plus grande ouverture  du marché du travail à leur égard et l’amélioration  de la protection offerte aux travailleurs migrants. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques  suggestions pour  la réflexion  et l’action  

 

▪ Le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement a demandé de célébrer une Journée mondiale  du migrant et du réfugié, le dimanche après l’Épiphanie. Les prières et  les célébrations à l’intention des migrants dans tous les diocèses et  toutes les paroisses du Canada peuvent sensibiliser davantage à la  situation des migrants dans le monde, à la bénédiction qu’ils apportent  à notre pays et aux occasions que nous avons tous d’exercer une  meilleure solidarité. 

 

▪ L’accueil que reçoivent les personnes immigrantes et réfugiés est un  élément fondamental de leur parcours migratoire. Il est possible pour  les chrétiens et les chrétiennes de trouver un lieu d’implication en  prenant contact avec leur diocèse dans le cadre d’une démarche de  parrainage ou avec des organismes oeuvrant en immigration dans  leur milieu. 

 

▪ Plusieurs sites internet offrent des ressources pour poursuivre la  réflexion sur les enjeux soulevés dans cette lettre pastorale. Certains  sites proposent aussi des actions dans le cadre de campagnes visant  à influencer les politiques gouvernementales : 

 

- La pastorale des migrants et des personnes en déplacement  www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/index_fr.htm   On y retrouve plusieurs documents du Saint-Siège sur les  migrations.  

 

- L’association française de soutien au Haut-commissariat pour les  réfugiés des Nations Unies. www.action-refugies.org et l’Organisation internationale des migrations www.iom.int offrent un  point de vue international sur le déplacement des personnes et  la protection des réfugiés à travers le monde. 

 

- Le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR) www.web.net/~ccr  Le CCR propose des campagnes et des rapports sur différentes  questions dont : la régularisation des personnes sous moratoire,  l’Entente sur les tiers pays sûrs, la séparation des familles,  le parrainage privé des réfugiés, la traite des femmes et des  enfants. 

 

- La Conférence religieuse canadienne (CRC) www.crc-canada.org  Dans le cadre de sa campagne contre la traite des femmes et  des enfants, la CRC offre trois outils pour mieux comprendre  cette réalité dans sa section sur les enjeux nationaux de  Justice-Paix-Création. 

 

- KAÏROS : Initiatives canadiennes oecuméniques pour la justice  www.kairoscanada.org   Le programme Réfugiés et Immigration de KAÏROS offre des  outils de sensibilisation pour les chrétiens qui désirent s’engager  avec les personnes immigrantes et réfugiés.  

 

- Le Centre justice et foi www.cjf.qc.ca/ve  Le Secteur Vivre ensemble propose différents textes sur  l’immigration, la protection des réfugiés ainsi que sur la diversité  culturelle et religieuse.

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Copies of this pamphlet are also available in English from the Office of Justice, Peace and Missions, Canadian Conference of Catholic  Bishops, 2500 Don Reid Drive, Ottawa, ON K1H 2J2. Telephone: (613) 241-9461, extension 133; fax: (613) 241-9048   

 

 « Car nous ne sommes devant toi que des étrangers et des hôtes » © Concacan Inc., 2006. Tous droits réservés.    

      



[i] 1Chroniques 29, 15 (BJ)  

[ii] Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en  déplacement et Congrégation pour l’évangélisation des peuples, Lettre conjointe aux ordinaires diocésains sur la pastorale de la mobilité humaine, sans date, transmise au Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada par la Nonciature apostolique au

Canada, 28 juillet 2005, p. 1.

[iii] Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, Erga migrantes caritas Christi (La charité du Christ envers les migrants), Vatican, 1er mai 2004, Nº 10.

[iv] Département des affaires économiques et sociales de l’Organisation des Nations Unies, Rapport sur la situation sociale dans le monde en 2005: la crise de l’inégalité, 25 août 2005, p. 3.

[v] Erga migrantes caritas Christi (La charité du Christ envers les migrants), Nº 7.

[vi] Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles, The Office for Refugee Policy (Bureau pour les politiques touchant les réfugiés), “The Dispossessed: A brief guide to the Catholic Church’s concern for refugees and migrants”, Londres, 2004, p. 14.

[vii] Conseil pontifical Cor Unum et Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, Réfugiés : un défi à la solidarité, 1992, Nº 13.

[viii] Conseil pontifical Cor Unum et Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, Réfugiés : un défi à la solidarité, 1992, Nº 11.

[ix] Cf. Commission de théologie de la CECC, Une mission prophétique pour l’Église. Message pastoral sur l’accueil et l’intégration des personnes immigrantes et réfugiées pour un vivre-ensemble harmonieux, 16 mars 1993, et le Message pastoral sur le racisme, publié par la Commission épiscopale des affaires sociales et la Commission épiscopale du dialogue interreligieux, Éliminer la discrimination raciale et religieuse : considérer l’autre comme ma soeur ou mon frère, 21 mars 2004.

[x] Statistique Canada, Les immigrants dans les régions métropolitaines de recensement au Canada, ministère fédéral de l’industrie, 2004, p. 9.

[xi] Conseil canadien pour les réfugiés, Les portes se ferment pour les réfugiés : les premiers six mois de l’Entente sur les tiers pays sûrs, 4 août 2005.

[xii] Lettre du président de la Commission épiscopale des affaires sociales, Mgr Jean Gagnon, au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, l’Hon. Denis Coderre, 7 mars 2003.

[xiii] Jeff Sallot, “Road to Damascus began with CSIS”, The Globe and Mail, 29 août 2005, p. A1, décrit les cas d’Ahmed El Maati, d’Abdullah Almaki et de Maher Arar, trois citoyens canadiens qui ont été torturés en Syrie et en Égypte. Le 17 décembre 2003, le président de la Commission épiscopale des affaires sociales, Mgr Blaise Morand, a écrit à l’Hon. Bill Graham, ministre des Affaires étrangères, pour demander « une enquête publique et indépendante » sur le cas de M. Arar.

[xiv] Réfugiés : un défi à la solidarité, Nº 9; et Sandie Cornish, The Call to Hospitality: Catholic Teaching on Refugees, « Catholic Social Justice Series » Nº 44, Conseil catholique australien de la justice sociale, Conférence des évêques catholiques d’Australie, 2002, p. 8.

[xv] Presse canadienne, 26 juillet 2004. Depuis 1993, environ 250 personnes, impliquées dans 35 causes d’immigration et de demandes de refuge, ont demandé asile dans des églises et y ont été hébergées, d’après un éditorial du Globe and Mail du 27 juillet 2004.

[xvi] Mohamed Cherfi a été immédiatement expulsé aux États-Unis où il a été emprisonné pendant 15 mois. Il a été reconnu réfugié politique en juin 2005 après une mobilisation importante pour sa cause.

[xvii] Le débat sur le droit d’asile est résumé à l’adresse http://www. cccb.ca/Files/Note_Refugees.html, Le Bureau « Justice, paix et missions », Note d’information à l’intention des évêques du Canada relativement au droit d’asile dans les églises catholiques, 4 janvier 2005. À l’heure de rédiger le présent texte, une femme de la Côte d’Ivoire a trouvé refuge à la paroisse du Sacré-Coeur, à Ottawa.

[xviii] http://www.kairoscanada.org/f/refugies/index.asp

[xix] Les frais de traitement demandés pour la résidence permanente au Canada sont de 550 $ par adulte et 150 $ par enfant.

[xx] Le Conseil pontifical pour la famille, 2003, cité dans l’Organisme catholique pour la vie et la famille « La famille chrétienne : bonne nouvelle pour le monde », 15 juin 2004, voir http://www. cecc.ca/ Files/OCVF_Message2004.pdf

[xxi] Communiqué de presse de la Conférence religieuse canadienne, “Where is the Protection for Trafficked Persons in Bill C-49?” (Quelle protection offre aux victimes de trafic le projet de loi C-49?), 25 mai 2005. Voir: www.crc-canada.org

[xxii] La Commission épiscopale des affaires sociales appuie cette campagne et encourage tout le monde à y participer. Voir: www.make

povertyhistory.ca

[xxiii] L’instruction Erga migrantes caritas Christi, no 2; Jean-Paul II,

Message pour la Journée mondiale de la Paix en 2001, Dialogue entre

les cultures pour une civilisation de l’amour et de la paix, Nº 12.

[xxiv] Matthieu 25, 35 (BJ)