Message des des évêques canadiens participant à la Xe
assemblée générale ordinaire du Synode des évêques portant sur « L’évêque,
serviteur de l’Évangile de Jésus Christ pour l’espérance du monde »
Comme
évêques canadiens délégués à la Xe assemblée générale ordinaire du
Synode des évêques, à Rome, nous voulons adresser ce message à l’Église
catholique au Canada. Nous avons vécu, personnellement et très profondément, la
communion réelle découlant de la vie de l’Évangile dans notre monde
d’aujourd’hui. Autour de nous dans la salle des assises, se trouvaient réunis
autour du pape, qui a assisté aux présentations et discussions avec intérêt,
des évêques venant de 125 pays et de diverses Églises orientales, en fait un
ensemble impressionnant d’apôtres travaillant à la vigne du Seigneur et ce,
dans toutes les parties du monde. Cette assemblée a fortifié la certitude que
peu importe les problèmes auxquels nous sommes confrontés, qu’ils soient
déchirants ou non, des frères et des sœurs marchent avec le Seigneur et aussi
avec nous.
Qu’avons-nous
accompli au cours de ce Synode? Ensemble avec d’autres évêques, des supérieurs
majeurs de communautés religieuses et des délégués fraternels, nous avons
partagé nos rêves, nos idées et nos points de vue afin de conseiller le
Saint-Père et ainsi guider l’Église afin qu’elle puisse mieux servir les
membres du peuple de Dieu dans leur vie quotidienne. Le Synode a sans aucun
doute constitué une expérience enrichissante de communion pour chacun des participants.
Nous aimerions vous partager quatre dimensions de cette expérience de communion
qu’a été pour nous ce synode.
Un synode
représente d’abord une véritable expérience de collégialité ou, si l’on veut
de travail en commun entre les évêques
qui, du fait de l’appartenance à un même collège, partagent une responsabilité
commune à l’égard de l’Église tout entière et de sa mission. Cette expérience
de collégialité, déjà à l’œuvre dans notre ministère comme évêques du Canada, s’est
poursuivie à Rome entre les membres de la délégation canadienne qui ont vécu,
prié et travaillé ensemble. Bien plus, dans ce contexte, cette expérience de
collégialité s’est élargie au monde entier à travers les échanges entre des
évêques venus des quatre coins de l’horizon et ceux de la curie romaine. Enfin,
la collégialité s’est exprimée dans tout le travail du synode, dont la fonction
propre est de conseiller le Saint-Père et chacun de nous sur des questions
importantes de la vie de l’Église. Pas surprenant, sur la base de cette
expérience, qu’il ait été beaucoup question de la collégialité et de ses modes
d’expression au cours de ce synode : synode des évêques, dont plusieurs évêques
ont souhaité une révision de son mode de fonctionnement ; expériences
synodales des patriarchats orientaux ; conférences épiscopales, lieu par
excellence de l’inculturation de l’expérience et du message chrétiens dans un
espace donné ; relations avec la curie romaine ; etc.
La
rencontre d’évêques en charge d’Églises dispersées aux quatre coins du monde a
aussi constitué une autre expérience de collégialité. À travers eux, ce sont
les cris des hommes, des femmes et des enfants du monde entier qui sont
parvenus jusqu’à nous. La situation de pauvreté dramatique dans laquelle vit un
si grand nombre d’entre eux les laisse parfois sans espérance et est souvent à
l’origine des violences actuelles. De plus, à travers les évêques des
États-Unis, du Pakistan, du Nigeria, d’Israël, de la Palestine et du Liban,
nous avons communié aux souffrances occasionnées par les événements du monde.
Plusieurs évêques ont eu des paroles fortes et émouvantes à ce sujet et, dans
la prière, nous avons supplié Dieu pour qu’il nous accorde la paix dans la
justice. Dans ces circonstances, il n’est pas étonnant que les titres les plus
nobles donnés à l’évêque au cours de ce synode aient été ceux de
« défenseur des pauvres », « voix des sans-voix », « promoteur de la justice » et
« artisan de paix et de réconciliation ». Cela nous a également
conduits à discuter abondamment du partage, de la collaboration et des échanges
entre les Églises. Comme Église d’Occident, nous avons une véritable
responsabilité à l’égard des déshérités. Toutefois, nous ne devons pas nous
comporter seulement comme des riches qui peuvent donner, mais nous devons aussi
reconnaître notre propre pauvreté et accueillir humblement l’exemple du
témoignage de ceux qui souffrent et luttent. Nos Églises d’Occident ont
également des besoins, le besoin d’ouvriers apostoliques notamment, et il nous
faudra examiner plus attentivement comment peut s’organiser l’échange des dons
entre les Églises de manière à ce que s’affermisse une véritable communion
entre elles.
À ce synode,
nous avons fait une véritable expérience de dialogue interculturel. Dans les
carrefours de travail, nous nous retrouvions non seulement avec des évêques
d’Europe et d’Amérique mais également avec d’autres en provenance de l’Inde, du
Vietnam, du Pakistan, du Cambodge, de la Namibie et de la Sierra Leone, pour
n’en nommer que quelques-uns. Comme Occidentaux, nous nous retrouvions
soudainement minoritaires. C’est dans ce contexte qu’a émergé une préoccupation
forte en faveur du dialogue entre les cultures et entre les religions, gage de
la paix si ardemment désirée, et en faveur d’une véritable inculturation de
l’Évangile. Si l’Évangile ne devient pas culture, avons-nous répété, il n’est
pas encore parfaitement reçu, pensé et accueilli. Cette attention aux cultures
et aux différents contextes nous a rappelé que l’évêque est d’abord pasteur
d’un peuple particulier, lié à une Église locale, et que son rôle est de
signifier, dans ce contexte, la visite miséricordieuse de Dieu qui entre dans
notre histoire et qui se lie à nos cultures propres.
Toute ces
expériences, nous les avons faites en étroite communion avec les délégués
fraternels d’autres Églises chrétiennes représentées au synode et avec les
Églises catholiques au Canada. En matière d’œcuménisme dans ce processus
synodal, nous avons été touchés par la présence de frères et sœurs des autres
Églises, celle-ci démontrant ainsi un réel engagement en faveur de l’unité des
chrétiens. Quant à la contribution de
nos confrères évêques et des catholiques au Canada, elle a constitué le
fondement de notre apport à ce synode. En effet, depuis le début de notre
préparation, il y a deux ans, nous avons été à l’écoute des fidèles du pays,
essayant de discerner avec eux comment l’évêque pouvait être témoin de
l’espérance du Christ dans notre monde. Nous avons aussi travaillé avec des
théologiens, persuadés de l’importance de leur contribution propre à la vie de
l’Église. Notre participation au synode a également été rendue possible grâce au
soutien de plusieurs de personnes qui, au pays, ont prié pour nous ou n’ont pas
ménagé leurs efforts pour assurer l’animation de nos diocèses au cours de notre
absence. Il nous plaît de l’affirmer, notre ministère s’exerce toujours et
seulement en communion avec les prêtres et les diacres de nos diocèses, les
religieux et les religieuses, dont les charismes et les compétences
enrichissent la vie de nos Églises, et en communion aussi avec les fidèles qui
communiquent la Bonne Nouvelle dans toutes les régions du monde et nous aident
dans notre ministère pastoral.
« Avancer
au large »
Notre cœur
plein de reconnaissance, nous voulons renouveler notre engagement à être
messagers de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. À l’invitation du Successeur de
Pierre, dont nous avons souligné le 23e aniversaire comme évêque de
Rome, nous nous engageons de nouveau, ainsi que le thème du Synode le suggère,
à être serviteurs de l’Évangile de Jésus Christ pour l’espérance du monde.
Nous sommes désireux d’avancer au large et de faire preuve d’audace et de
créativité pour que nos Églises connaissent un nouvel élan. Nous invitons donc
tous les chrétiens au Canada à se reconnaître comme des partenaires à part
entière dans ce renouvellement de notre engagement. Par un heureux hasard, le 7
octobre dernier, durant le Synode, la fondatrice des Sœurs de la Providence,
une communauté religieuse canadienne, Mère Émilie Tavernier-Gamelin, a été
béatifiée. Quel plus bel hommage pouvons-nous faire à toutes ces personnes qui
ont bâti l’Église au Canada et quel plus bel héritage pouvons-nous offrir à
ceux et celles qui viendront après nous, que de renouveler notre engagement à
continuer à servir nos frères et sœurs.
Rome, le 26
octobre 2001
† Gilles Cazabon, O.M.I., évêque de
Saint-Jérôme
† Mgr
Joseph Khoury, éparques des Maronites au Canada
† Raymond Lahey, évêque de St. George’s
† Pierre Morissette, évêque de Baie-Comeau
† James Weisgerber, archevêque de Winnipeg