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Exposé de Mme Alia Hogben, directrice générale du Conseil canadien des femmes musulmanes

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(Traduction de la CECC)

Exposé de Mme Alia Hogben, directrice générale,
Conseil canadien des femmes musulmanes
lors de l’Assemblée plénière 2010 de la
Conférence des évêques catholiques du Canada
Le 25 octobre 2010


C’est en vous adressant la salutation musulmane – As salaamu alaikum – que la paix soit avec vous !, et l’invocation – Bismillah ur Rahman ur Raheem – au nom de Dieu, le Miséricordieux, le Compatissant, que je vous salue.

Vous m’avez aimablement invitée à vous parler – non pas de l’Islam – mais, plus concrètement, à partir de ma perspective de femme musulmane et, en même temps, de vous parler des défis auxquels les musulmans sont confrontés. Vous m’avez également demandé d’aborder les questions de justice sociale qui intéressent catholiques et musulmans, ainsi que la manière dont nous pouvons travailler ensemble en tant que communautés de foi.

Certains diraient qu’il a toujours été difficile de vivre en Occident en tant que musulman mais je pense que, pour nous musulmans, la situation actuelle présente plus de défis.

L’un de ces défis est la relation historique entre chrétiens [l’Occident] et musulmans, dans le domaine des différences religieuses et politiques.

Comme vous le savez, outre les Croisades, la plupart des pays à majorité musulmane ont été colonisés et ont stagné pendant des siècles. Cette situation fut encore exacerbée par l’obstination des puissances coloniales à les découper en zones géographiques, sans tenir compte des peuples vivant dans ces régions. C’est un élément qui affecte encore le Moyen-Orient.

Un autre défi provient du fait que, lorsque ces pays ont acquis leur liberté, les grandes espérances des peuples ont été anéanties par leurs propres gouvernements corrompus et totalitaires, ce qui a causé de l’amertume et du ressentiment. Beaucoup ont cru que la seule alternative était l’Islam et un État islamique. Ce n’est toutefois pas une solution, comme le démontrent les exemples de l’Iran, de l’Arabie saoudite et de l’Afghanistan, car cela n’a apporté aux peuples ni la liberté, ni la démocratie, ni la prospérité. Néanmoins, le recours à la religion à des fins politiques continue à prospérer.

Les machinations du néocolonialisme occidental ont alimenté le feu de la colère et de la rancœur qui ont conduit aux horreurs du 11 septembre.

Même au Canada, nous sommes profondément affectés par cette partie du message de « l’Islam politique » qui interprète l’Islam comme rigide, conservateur, littéraliste et intolérant. Ce message est transmis, avec le soutien d’importants financements, par des pays conservateurs tels que l’Arabie saoudite, et il fait partie de la réalité que nous vivons au Canada.

Je sais que cette forme d’interprétation conservatrice ne se limite pas aux musulmans et qu’elle existe, par exemple, chez les hindous et les chrétiens, mais pour une femme croyante qui attache de la valeur à l’égalité et à l’égalitarisme, il est très difficile d’aller à l’encontre d’un message qui donne un enseignement différent.

Le Coran, révélé au VIIème siècle, était révolutionnaire et a fondamentalement modifié la vision du monde qu’avaient les Arabes – par la foi en un Dieu unique et indivisible, en la fraternité humaine, et par ses enseignements au sujet des femmes. Les femmes sont égales au regard de Dieu, tenues pour responsables de leurs propres actes et ont reçu des droits qui étaient remarquables au VIIème siècle. J’aime rappeler que, dans l’Islam, une femme est une personne de plein droit alors qu’au Canada, la femme n’est devenue une « Personne » qu’en 1928.

Cependant, aussi révolutionnaire qu’il fût, le Coran a intégré la structure patriarcale de la société et de la famille – ce qui demeure un point controversé et difficile à contester. Sans entrer dans les considérations théologiques sur le point de savoir comment on peut mettre en cause la Parole de Dieu, telle qu’elle est révélée dans le Coran, beaucoup d’entre nous ont de la difficulté à accepter cette structure de la société, particulièrement dans la famille.

Quant à moi, en tant que croyante, je dois savoir que Dieu me considère comme pleinement humaine, égale aux autres, avec dignité et respect.

Le problème du patriarcat est qu’il définit un système hiérarchisé de rôles, dans lequel les pères dominent. Il place les hommes au-dessus des femmes, les maris au-dessus des épouses et des enfants. Ce caractère centré sur la masculinité considère que l’homme est détenteur de l’autorité, de la puissance et des valeurs. Il est la norme de la plénitude humaine et dès lors, les femmes ne peuvent jamais atteindre ce niveau, simplement parce qu’elles sont femmes. Le patriarcat ne favorise pas l’égalité entre hommes et femmes, et cela se reflète dans le mode de vie de nos sociétés et de nos familles.

Bien sûr, je m’exprime de façon générale : je suis consciente du fait que tous les hommes ne sont pas égaux et qu’il existe encore d’autres hiérarchies fondées sur la race ou la classe sociale.

C’est en raison de ce principe patriarcal que l’homme a le pouvoir de divorcer unilatéralement de sa femme ; les enfants appartiennent à la famille du père. Les hommes peuvent être polygames, le rôle dirigeant dans les lieux de cultes appartient aux hommes et les femmes sont souvent mises dans une situation de dépendance.

Je sais bien que le patriarcat est gravé dans toutes les grandes religions, je sais aussi que la Bible reconnaît le modèle patriarcal, et que bien des enseignements de la Bible sont semblables à ceux du Coran. Ainsi, l’autorité ultime appartient au chef masculin de la famille, les hommes ont le droit de divorcer, un homme doit épouser la veuve de son frère, etc. Je ne suis cependant pas ici pour parler des autres religions, ayant assez à faire à m’occuper de ma propre foi !

Il existe des différences importantes entre la Bible et le Coran, et l’une d’entre elles est le récit de la création. Selon le Coran, la femme et l’homme sont créés à partir de la même âme – nafs – et il y a même une controverse entre les spécialistes sur le point de savoir qui fut créé en premier lieu. Dieu place le couple dans le jardin d’Eden avec une mise en garde concernant l’arbre. Dans le Coran, ce sont les DEUX qui sont tentés et qui sont renvoyés du jardin d’Eden. De plus, le concept de péché originel n’existe pas, de sorte que la femme n’est pas chargée d’une faute supplémentaire.

Les spécialistes féministes ont utilisé le récit de la création pour démontrer que les femmes sont égales aux hommes et que le Coran doit être pris comme un texte vivant, fondamental et qui évolue. Ce qui signifie qu’il y a de la place pour une certaine flexibilité dans notre interprétation de ses enseignements.

Je veux être claire sur le fait qu’être égal ne signifie pas être identique. Il existe évidemment des caractéristiques physiques différentes entre homme et femme, mais la signification de l’égalité, c’est qu’ils doivent être traités de la même manière, avoir les mêmes opportunités, avoir la même liberté de choix, sans limitations en raison seulement du sexe.

En évoquant la possibilité d’un changement dans notre interprétation du Coran, je voudrais vous citer l’exemple de l’esclavage que le Coran n’élimine pas. Le Coran insiste sur le fait que les esclaves doivent être bien traités et être libérés, ce qui implique évidemment que, pour être libérés, ils doivent d’abord être esclaves. Mais, de nos jours, nul ne défendrait l’esclavage sous le simple prétexte qu’il est admis par le Coran ou par la Bible.

Si nous pouvons abolir l’esclavage en raison de son caractère avilissant pour la personne humaine, ne pouvons-nous aussi comprendre que refuser l’égalité affecte autant les femmes que les esclaves ? Nul ne devient plus humain en privant les autres de la plénitude de leur humanité.

Les autres problèmes qui se posent à nous, en tant que nouveaux Canadiens, portent sur l’adaptation et les compromis. Nous devons faire face à des questions cruciales, par exemple :

- Comment nous adapter et quels genres de compromis devons-nous accepter entre le pays hôte et nous-mêmes à titre de nouveaux citoyens ?

- Quelles sont les limites des compromis ? Quelles valeurs et quels usages devons-nous conserver et à quoi devons-nous renoncer en entrant dans le pays ?

- Quelle est la place de la religion, quelle qu’elle soit, dans la sphère publique ? Existe-t-il un conflit entre les attentes, comme ce qui se passe au Québec ?

- La politique du multiculturalisme a-t-elle mal tourné ? Les nouveaux arrivants ont-ils abusé des objectifs de cette politique et une réaction violente est-elle en train de se produire ? Voyez les exemples de l’Europe.

- Quelle contribution pouvons-nous apporter à la société afin que nos voix soient entendues pour le plus grand bénéfice de tous ?

- Quels sont les domaines dans lesquels catholiques et musulmans peuvent collaborer?

Il existe des problèmes fondamentaux tels que la pauvreté, la faim, les guerres et le bien-être des enfants : catholiques et musulmans peuvent certainement œuvrer ensemble dans ces domaines, au Canada comme dans le monde entier.
 
Même en admettant nos différences théologiques, il nous reste beaucoup en commun. De part et d’autre, nous avons foi en la compassion et dans cette valeur fondamentale qui consiste à traiter l’autre comme nous voudrions qu’il nous traite. Nous pouvons nous donner la main pour combattre les guerres et leurs répercussions ; nous pouvons lutter contre la pauvreté, le racisme et la discrimination. Nous pouvons faire en sorte que toutes les personnes soient traitées sur base du principe d’égalité.
Je sais bien qu’au-delà des limites de nos communautés de foi, il est difficile d’atteindre ces objectifs et de lutter en faveur de notre commune humanité, mais nous devons nous efforcer d’accepter notre diversité et de trouver les valeurs qui nous sont communes.

Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de vous parler ouvertement à partir de mon point de vue de femme croyante qui se trouve être musulmane. Vous et moi partageons la foi en une Présence divine qui est compatissante et miséricordieuse.

Je termine avec la salutation que m’adresse l’une de mes chères amies catholiques – « pax et caritas ». Merci.

Alia Hogben.


Citations bibliques : autorité ultime, Exode 21, 3 et 22.   Décision du père pour le mariage de la fille,  Exode 22, 17.
Obligation pour un homme d’épouser la veuve de son frère, Deutéronome 25, 5-6. Droit du mari de divorcer, Deutéronome 24, 1-4.
Fonction de grand prêtre réservée aux hommes, Exode 28, 29.
Nouveau Testament : Galates 3, 26-29. Matthieu 19, 7-8. Genèse 2, 24. Matthieu 19, 3-9. Corinthiens 6, 16. Éphésiens 5, 31.

Église unie : “So that we may know each other.” [« Afin que nous nous connaissions mutuellement »]

Jonas Abromaitis.  Josephine Lombardi.
Père Damian  MacPherson, Père Joseph Horrigan.  www.cccb.ca   www.vatican.ca

 


Octobre 2010

 
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