image8.jpg

LES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES ET LA JUSTICE SOCIALE : Réflexions de Son Excellence Mgr Diarmuid MARTIN, Archevêque coadjuteur de Dublin

smaller text tool iconmedium text tool iconlarger text tool icon

La récente Exhortation apostolique Pastores Gregis (#67) reprend une expression qu’avait utilisée la Dixième Assemblée du Synode des Évêques pour décrire l’évêque comme un «prophète de justice». Il s’agit là d’une idée frappante et originale, qui pourrait servir de leitmotiv à notre réflexion d’aujourd’hui.

Le document pontifical continue en exposant plus précisément ce qu’implique le fait d’être «prophète de justice». L’évêque est présenté comme «le défenseur et le père des pauvres» et comme le «défenseur des droits de l’homme». Il est celui qui «prêche la doctrine morale de l’Église» et qui «enseigne la doctrine sociale de l’Église». Celui qui «proclame l’espérance», qui «proclame la paix». Celui qui «proscrit la vengeance» et qui «prône le pardon et l’amour».

Ces questions sont abordées dans le chapitre qui porte sur le rôle de l’évêque «face aux défis actuels» (Chapitre 7, titre). Le Pape y traite de la mondialisation et appelle à mettre en œuvre une mondialisation «greffée sur le dynamisme de la solidarité», après quoi il étudie les problèmes de l’environnement, de la santé et des migrations. Il n’est pas sans intérêt de noter que c’est dans cette même section que l’Exhortation apostolique aborde la question du dialogue interreligieux.

L’Exhortation apostolique ne devrait laisser aucun doute à ce sujet: le fait de relever «les défis actuels», de s’engager dans les réalités du monde, tient une place importante dans la mission de l’évêque. Cette attitude traduit la «passion du pasteur» qui est le «fruit de l’opération de l’Esprit» (cf. #66).

Le cadre que nous offre l’Exhortation apostolique nous aide aussi à comprendre la contribution spécifique de l’évêque au travail pour la justice. Je suis de plus en plus convaincu que l’évêque doit aborder le travail pour la justice sous un angle avant tout anthropologique. Il s’agit ici de la personne humaine, homme et femme, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu; il s’agit de l’humanité créée pour former une famille; il s’agit de l’intégrité de la création, confiée au genre humain pour qu’il en fasse sa demeure.

Le travail de l’évêque en faveur de la justice ne se limite pas à dresser un catalogue d’injustices à dénoncer. Il comporte plus qu’un calendrier d’interventions et une liste de programmes ciblés. Il ne se réduit pas à un simple rappel de principes théologiques. Sans doute comprend-il tout cela mais la clé, dans le monde d’aujourd’hui, consiste à jeter un pont entre la réflexion théologique, d’une part, et les fruits des sciences humaines et de la recherche sociale, d’autre part, afin de replacer la personne humaine, créée à l’image de Dieu, au cœur de la réflexion et de l’action sociale de l’Église.

L’Exhortation apostolique relève que le travail pour la justice sociale tire sa force du «radicalisme de l’Évangile». Il consistera à démasquer les conceptions tronquées de la personne humaine, à prôner les valeurs authentiques, à discerner la vérité et à défendre la vie humaine à chacune de ses étapes. Il faudra réfléchir à la façon la plus efficace pour nous de devenir les ministres de l’amour de Dieu, qui s’est incarné et s’est rendu visible dans la vie et la personne de Jésus. Le prophète de justice est un témoin de l’amour de Dieu, incarné en Jésus Christ. Être prophète de justice, c’est être un prophète de la charité.

Un amour gratuit

Le mot «charité» s’est malheureusement dégradé ou déprécié dans l’univers anglophone. Mais en tant que croyants, nous ne pouvons laisser tomber une composante aussi fondamentale de notre identité de disciples de Jésus Christ. Les gens sont censés reconnaître les disciples de Jésus à leur charité, à l’amour qu’ils ont les uns pour les autres. Ce qu’il nous faut redécouvrir, c’est la profondeur authentique de la charité, de l’amour chrétien, qui signifie bien autre chose qu’une charité dégradée qui ne serait plus qu’aumône. Il nous faut faire valoir l’apport irremplaçable de la charité chrétienne authentique à une réflexion sur la justice, c’est-à-dire sur les relations entre les personnes et entre les peuples.

L’égoïsme, le profit, les avantages comparatifs, la concurrence ou l’intérêt national à court terme sont trop souvent les facteurs qui régissent les rapports entre les gens et entre les nations. A l’encontre de ces perspectives utilitaristes, nous devons réhabiliter la notion de charité dans sa dimension fondamentale de gratuité pour nos relations avec autrui. C’est ce qu’il y a de remarquable dans l’amour : nous aimons gratuitement; nous ne demandons rien en retour, tout comme Jésus, qui «nous a aimés le premier».

Paradoxalement, la peur, peut être un motif puissant et très efficace pour susciter des programmes de développement. Nous n’avons souvent guère de succès lorsque nous faisons appel au noble sentiment de la solidarité et au sens de la responsabilité. Mais laisser entendre que «si nous ne faisons rien pour changer la situation de ces gens, ils seront bientôt à nos portes», ou faire valoir qu’«ils menaceront notre sécurité», voilà qui saura convaincre les politiciens, la presse à grand tirage, les défenseurs de l’intérêt bien compris et, bien sûr, les citoyens ordinaires, de passer à l’action.

Il n’est pourtant pas acceptable de se laisser guider par la peur pour élaborer un modèle de coopération internationale. L’autre – la personne qui vit dans la pauvreté, l’immigrant, le demandeur d’asile – n’est pas un ennemi mais un être humain comme nous, notre frère ou notre sœur. La création a été un geste d’amour posé par Dieu. L’amour seul peut guérir les conséquences du péché dans notre monde, puisque Jésus a vaincu le monde (Jn 16,33). En travaillant pour la justice, l’évêque doit être le témoin de cet amour qui guérit, qui réconcilie et qui transforme.

Par ailleurs, même une conception de la sécurité humaine qui pourrait être intéressante et féconde risque d’être manipulée pour justifier une approche stratégique où les besoins humains sont pris en compte en fonction d’intérêts stratégiques plutôt que pour les exigences intrinsèques qu’ils comportent.

Pastores Gregis souligne abondamment la détresse des pauvres. Le texte attire l’attention d’une manière spéciale sur le paradoxe que représente le drame incessant de la faim et de l’extrême pauvreté voisinant l’opulence et la grande richesse, à une époque où l’humanité a les moyens de partager ses ressources d’une manière équitable. Or même dans les pays ou les régions où le combat contre la pauvreté a marqué des points, il s’est souvent accompagné d’un accroissement des inégalités. Notre génération a été témoin de progrès scientifiques spectaculaires, mais elle n’a pas encore appris la science du partage.

La science du partage pose aux économistes le défi de concevoir des modèles de croissance dans l’équité et la stabilité. Elle suppose une nouvelle façon de percevoir l’unité de la famille humaine et de comprendre que lorsque Dieu a créé les biens de la création, Il les a faits pour que tous et toutes puissent en bénéficier.

L’unité de la famille humaine

Lorsque Dieu a créé l’humanité, il a créé une famille. De cet énoncé découlent les principes de la responsabilité commune, de la solidarité et du lien d’amour familial qui devraient caractériser les relations entre les peuples. Tel est le principe fondamental qui devrait guider le processus de mondialisation. La mondialisation ne sera digne de ce nom que si elle renforce l’unité de la famille humaine. Une forme de mondialisation qui engendre l'exclusion, la marginalisation et une inégalité flagrante n’a pas le droit de se dire globale. La mondialisation doit devenir synonyme d’inclusion. La mondialisation de la solidarité, fait remarquer le Pape dans Pastores Gregis, est «la conséquence directe de la charité universelle, qui est l’âme de l’Évangile» (#69).

Les changements qui surviennent en cette ère de mondialisation économique, inspirés par une vision économique libérale, font qu’il est de plus en plus difficile d’identifier les modèles de responsabilité qui devraient guider le processus. Le glissement du public au privé, la domination des valeurs économiques sur toutes les autres, le caractère inadéquat de nos structures internationales rendent difficile la gouvernance de la mondialisation. Dans le domaine des relations internationales, et notamment en matière d’échanges commerciaux, la réglementation est importante. Mais ne perdons pas de vue ici le principe fondamental : les règlements sont là pour protéger les plus vulnérables et pour contenir les accès d’arrogance des plus forts. Il n’en va guère ainsi dans plusieurs institutions internationales même si, en principe, les règles sont les mêmes pour tout le monde. Dans la mêlée des relations internationales bilatérales, le déséquilibre peut devenir encore plus marqué. Nous observons aujourd’hui une nouvelle tendance à l’isolationnisme et au protectionnisme, qui pourrait biaiser la réglementation en faveur de ceux qui sont relativement plus puissants.

L’Église n’est ni «anti-» ni «pro-mondialiste». Les évêques devraient éviter de juger de la mondialisation en termes idéologiques et regarder plutôt les faits. Nous devons reconnaître à la fois les effets positifs et les retombées négatives de la mondialisation, et prôner un processus de discernement. Ce discernement comportera une réflexion sur l’unité de la famille humaine, ce qui pourrait vouloir dire qu’en donnant l’avantage aux pays plus pauvres on porte atteinte à des intérêts locaux que le système a protégés jusqu’à maintenant.

Il importe également de veiller à ce que les aspects positifs de la mondialisation soient exploités au bénéfice des plus pauvres; il s’agira notamment de cultiver le potentiel humain en élargissant l’accès au savoir, clé de la participation au monde dans lequel nous vivons. Je pense à des façons de mettre la technologie des communications et de l’information au service de l’éducation. Les universités catholiques de nos pays riches pourraient faire beaucoup pour assurer un transfert de savoir vers leurs homologues des pays en développement. Les possibilités qu’offre l’accès à l’Internet sont énormes.

En discernant sur le phénomène de la mondialisation, nous devrions surtout garder à l’esprit le principe très important que souligne le Pape Jean-Paul II dans Centesimus Annus (#39), à savoir que «l’économie n’est qu’un aspect et une dimension dans la complexité de l’activité humaine» et que «la liberté économique n’est qu’un élément de la liberté humaine. Quand elle se rend autonome, quand la production et la consommation de biens deviennent le centre de la vie sociale et la seule valeur d’une société, par-dessus toute autre valeur, la liberté économique perd sa relation nécessaire à la personne humaine et finit par l’aliéner et par l’opprimer».

Pour être au service de la personne humaine, l’activité économique exige un cadre éthique et juridique. Ce cadre doit faire en sorte que la liberté économique trouve sa place à l’intérieur d’un système plus vaste de valeurs humaines fondamentales et que soient protégés certains «biens collectifs» (CA, #40) – notamment les droits des travailleurs et des travailleuses - et assurés certains besoins humains fondamentaux qui «ne peuvent être satisfaits par le marché» (#34).

Les biens de la création sont là pour tous

Le principe de l’unité de la famille humaine se rattache, comme nous l’avons signalé, à un autre principe important, celui de la destination universelle des biens de la création. Le principe en lui-même est très simple, même si la doctrine sociale catholique lui a donné un titre plutôt compliqué.

Cela revient à dire que lorsque Dieu a créé les biens de ce monde, Il les a créés pour qu’ils servent à tout le monde. Traditionnellement, ce principe a été appliqué à la terre et aux ressources naturelles. Dans l’économie actuelle axée sur le savoir, ce principe doit aussi s’appliquer aux fruits du génie humain et à la propriété intellectuelle. Le Pape a rappelé que la propriété intellectuelle est soumise à la même «hypothèque sociale» que toute autre propriété privée. L’Église a toujours enseigné le respect de la propriété privée, mais elle n’en a jamais fait un principe absolu.

Les systèmes de propriété intellectuelle peuvent constituer une mesure d’incitation importante pour stimuler la créativité individuelle, mais ils ne sauraient être invoqués pour justifier une thésaurisation du savoir -- en particulier dans le domaine médical, essentiel aujourd’hui à la survie des personnes -- dans le but de multiplier les revenus à venir.

Plusieurs sociétés pharmaceutiques ont hésité à appuyer des dispositions visant à fournir à prix abordable des médicaments d’importance vitale dans la lutte contre des pandémies comme le VIH/SIDA, la tuberculose et la malaria. Elles estimaient que de telles mesures viendraient miner l’incitation à la créativité qu’offre le système des droits de propriété intellectuelle. Elles semblaient négliger le fait que le premier objectif de la créativité en recherche médicale est le bien de la communauté humaine. Nous sommes confrontés dans notre monde à un énorme «fossé de la santé», aussi important que celui qui divise l’humanité en matière d’informatique ou de connaissances. Nous pouvons même voir se creuser un nouveau «fossé de la santé» au sein de nos propres collectivités du fait de la privatisation et du coût des soins de santé. Les pauvres doivent souvent attendre plus longtemps pour recevoir des soins médicaux de base. Les personnes âgées sont les premières victimes des coupures pratiquées dans les services de santé, au moment même où elles subissent les coupures des régimes de pension et d’aide sociale.

Le défi du VIH/SIDA, nous ne pouvons pas l’ignorer. Les statistiques sur l’Afrique dessinent un véritable désastre, qui finira pratiquement par éliminer une génération entière. Le VIH/SIDA n’est pas simplement un problème médical; il s’attaque à tout l’édifice de la société. Il entraînera un recul de l’investissement en éducation, il décimera la main-d’œuvre et créera une masse d’orphelins. Il va miner la situation sanitaire dans son ensemble et provoquer le retour d’autres maladies par suite de l’affaiblissement des ressources immunitaires normales.

Il faut lutter contre le SIDA sur tous les fronts. L’Église joue un rôle de premier plan à cet égard. Plus de 20 pour cent de tous les soins prodigués à des patients atteints de SIDA le sont par des organismes de l’Église. L’Église participe à des programmes d’éducation et de changement des comportements; elle participe à des programmes pour vaincre l’ignorance, les tabous et la stigmatisation; elle réclame une intensification des recherches médicales et la distribution rapide de ses fruits, qu’il s’agisse de réduire la transmission de la mère à l’enfant ou d’appliquer d’autres formes de traitements efficaces et accessibles, voire éventuellement de vaccin. L’Église est un important fournisseur de soins aux personnes infectées, aux mourants et aux orphelins.

La lutte contre le VIH/SIDA nous montre, comme d’ailleurs tant d’autres maladies contemporaines, qu’il ne suffit pas de fournir des produits médicaux mais qu’il faut aussi changer de comportement, adopter des styles de vie plus sains et plus responsables. Il faut en outre que l’ensemble de la collectivité reconnaisse dans la personne atteinte du VIH/SIDA un être humain qui a le droit de participer pleinement à la vie en société et d’exploiter les dons et les talents que Dieu lui a donnés.

J’ai été frappé de trouver dans le dernier rapport de l’ONUSIDA une allusion au fait que le plus important facteur de réussite dans les projets de l’ONU en Ouganda a été de faire passer de 15 à 17 ans l’âge des premières relations sexuelles. Tout le monde n’est pas d’accord pour qu’on enseigne la fidélité et l’abstinence, mais ça marche. L’Église, étant donné sa mission, se doit de prêcher la fidélité à l’intérieur du mariage et les relations sexuelles responsables. Ce faisant, elle contribue à la prévention du VIH/SIDA. Ce qui ne veut pas dire que l’Église n’offre pas en même temps la miséricorde du Christ à ceux et celles qui n’arrivent pas à vivre pleinement cet idéal difficile.

L’option fondamentale pour les pauvres

L’option fondamentale est un principe qui vise, à l’origine, à orienter le comportement du croyant. C’est une forme d’amour spécial envers le frère ou la sœur qui se trouve marginalisé et qui a besoin d’être rétabli dans un état où il puisse exploiter pleinement son potentiel humain inné.

Il nous faudrait aussi une version politique ou économique de ce principe, qui veillerait à ce qu’on réponde directement et rapidement aux besoins des pauvres, au lieu d’attendre de les voir un jour comblés par le «ruissellement» (trickle-down) de la prospérité collective. C’est un fait qu’aujourd’hui, tout comme dans la parabole de Lazare et de l’homme riche, les pauvres se contenteraient souvent des miettes qui tombent de la table du riche. Mais ce n’est pas assez.

Trop de campagnes, même inspirées par les meilleures intentions, échouent parce que nous ne veillons pas à ce qu’elles portent sur la condition et les besoins spécifiques des plus pauvres ou parce que nous n’assurons pas le type d’investissement qui permettrait aux pauvres d’accéder au cercle vertueux où sont concentrés les avantages. L’allégement de la dette ou de meilleurs termes commerciaux peuvent apporter d’énormes avantages aux pays les plus pauvres, mais seulement à condition d’être accompagnés d’une série d’investissements en faveur des pauvres dans les domaines de la formation, du renforcement des capacités et des infrastructures. Ce qui suppose qu’on ne se contente pas d’élaborer des politiques en faveur des pauvres mais qu’on élimine aussi la distorsion qui les exclut. Et chez nous, nos politiques de lutte à la pauvreté doivent clairement passer de l’assistancialisme à l’habilitation. Les personnes âgées doivent être habilitées à demeurer actives, socialement et économiquement, le plus longtemps possible et elles doivent être traitées comme des sujets de droit au sein de la société et pour les décisions qui affectent leur propre vie.

Un mot sur la question des migrations. Les migrations vont inévitablement devenir l’une des dimensions caractéristiques de l’économie mondialisée. Le genre humain forme une seule famille. Dans ce contexte, il nous faut aborder avec lucidité la question des politiques d’immigration. Une politique d’immigration intelligente bénéficiera au pays d’origine et au pays d’accueil, ainsi qu’aux personnes en cause et à leur famille. Les migrants sont des personnes et ils ont des droits. Ils ont des familles et nous accordons une telle importance à la famille que nous ne pouvons rester indifférents aux dimensions familiales d’une politique d’immigration.

Le Canada a une tradition positive d’accueil des immigrants. Mais il serait bien présomptueux de penser que l’hostilité à l’égard des immigrants, qui se manifeste dans différentes régions du monde, ne puisse pas apparaître ici aussi. L’Église doit toujours se tenir aux avant-postes pour rejeter les tendances racistes ou xénophobes. La reconnaissance institutionnelle de l’asile à accorder aux réfugiés représente l’un des progrès les plus importants de ces dernières décennies en droit international. La Convention sur les réfugiés, de 1951, inspirée d’une grande clairvoyance, a été adoptée à une époque où nos pays occidentaux étaient pauvres. Il serait tragique que notre nouvelle prospérité nous amène à faire un pas en arrière et à nous montrer moins sensibles à la question des réfugiés.

Les migrants sont des gens pour qui leur pays d’origine a souvent investi des ressources pourtant limitées. Est-il juste, de notre part, de nous contenter de profiter de cet investissement en provoquant un exode des cerveaux? Il nous faut reprendre cette question dans une perspective de partage équitable des coûts.

L’option fondamentale pour les pauvres doit, enfin, nous amener à identifier, dans notre monde et dans nos sociétés, ceux et celles qui sont les nouveaux pauvres et les nouveaux marginalisés. Sans oublier que ceux qui étaient pauvres et marginalisés dans le passé sont peut-être toujours là. Je pense notamment aux prisonniers. Je crains que plusieurs de nos électeurs chrétiens ne soient décontenancés, au jugement dernier, de ne pas se faire demander : «as-tu voté pour envoyer plus de détenus dans les prisons?» mais bien plutôt : «es-tu venu me visiter?»

Infrastructures et bonne gouvernance

Pour mettre concrètement en pratique le principe de l’unité de la famille humaine, il nous faut des structures et une architecture qui assurent des relations harmonieuses entre les différents acteurs. Cette architecture doit se fonder sur la primauté du droit et de la bonne gouvernance.

Plusieurs pays défavorisés regardent l’expression «bonne gouvernance» comme une nouvelle restriction, une de plus, que les pays développés cherchent à leur imposer. Nous devons cependant tous nous rappeler que là où la règle de droit n’est pas respectée, ce sont presque toujours les pauvres qui écopent. Les pauvres paient le prix de la corruption. Les pauvres sont les premières victimes de la violence. Les pauvres subissent l’inefficacité des services publics, notamment en éducation et en santé. Les riches trouveront toujours le moyen de se doter d’écoles et de cliniques privées. Dans un système corrompu, les pauvres ne pourront jamais payer pour faire valoir leurs droits tandis que les riches pourront facilement tirer parti de leur position pour s’octroyer ce à quoi ils n’ont pas droit.

Nos projets de développement, sans dériver vers ce qui est strictement politique, devraient accorder une importance nouvelle au renforcement des institutions et des infrastructures sociales, et contribuer ainsi à promouvoir le dynamisme de la société civile.

Dans plusieurs pays, l’intégrité du système politique a été minée par la corruption et par ce que j’appellerais «les coûts de la politique». Je ne sais pas combien il en coûte au Canada pour se faire élire, mais nous devons tous être vigilants face à tout ce qui pourrait contribuer à accroître le désenchantement et la déception. Un peu partout à travers le monde, nombreux sont les jeunes qui ne vont pas voter. Je ne vais pas suggérer aux évêques de s’engager dans l’arène politique. Mais il y a un rôle que les évêques peuvent jouer, par leur enseignement, en incitant les jeunes à regarder la politique comme une vocation au service de la communauté et à redonner à la politique une dose d’idéalisme dans le sens de la vocation et du service. De même, la communauté internationale a besoin de fonctionnaires internationaux de qualité.

La destination universelle des biens de la création doit aussi s’appliquer à l’accès équitable aux processus de prise de décision lorsque son avenir est en cause. Tant de normes internationales sont sens dessus dessous, si bien que la famille humaine est une famille dysfonctionnelle. La crédibilité du système international dépendra de sa capacité de mener à bien la réforme de ses propres institutions et de promouvoir le sens des responsabilités dont doivent faire preuve toutes les parties au sein de ces institutions. Le Secrétaire général des Nations Unies a lancé un vibrant appel en ce sens lors de l’ouverture de la présente Session de l’Assemblée générale.

Il importe que, dans leur travail pour la justice, les évêques attirent l’attention sur l’existence d’un bien commun de la famille humaine. Ce bien commun dépendra dans une large mesure de la capacité et de la volonté de nos pays de favoriser des structures internationales plus justes et plus équitables. Le Canada s’est mérité une réputation enviable pour son engagement international. Il est important que cet engagement s’appuie sur un large débat public qui aide ses citoyens à dépasser l’horizon de leurs intérêts locaux et nationaux. Il est également important que la réflexion et l’action internationales s’inspirent de principes moraux, en particulier pour ce qui concerne le mariage et la famille. Il faut ici que les évêques jouent leur rôle pour éviter que de puissants groupes d’intérêt n’aient le sentiment de jouir d’un monopole en ce domaine.

La lutte contre la pauvreté aujourd’hui

La pauvreté est l’incapacité pour les gens d’exploiter le potentiel que Dieu leur a donné. Combattre la pauvreté, c’est donc investir dans cette capacité humaine, permettre aux gens de devenir ce que Dieu souhaite qu’ils soient. Nous nous réjouissons de ce qu’ils puissent être tels, égaux à nous en dignité. C’est dire que nous nous sentons personnellement blessés de ce qu’il y ait dans le monde des personnes qui n’ont pas comme nous la possibilité de s’épanouir. Nos rapports avec elles se fondent sur l’amour et le respect de l’autre comme personne.

Le principe fondamental de toute politique de lutte à la pauvreté aujourd’hui consiste à renforcer les capacités humaines. Les gens ne devraient jamais devenir les objets de nos politiques de développement. Ce sont des sujets. Les êtres humains partout dans le monde sont des sujets doués de potentiel. Plus il y aura de personnes individuelles en mesure d’exploiter leur potentiel, mieux ce sera pour tout le monde. Les droits de la personne doivent donc être un thème qui traverse toute notre réflexion sociale et tous nos programmes de développement international. Les droits humains sont les mêmes pour tous et toutes : tous et toutes aspirent à jouir des droits de la personne.

A moins d’investissements ciblés pour faire des personnes des sujets de droit, la loi aura beau être égale, tous ne bénéficieront pas de la justice d’une manière égale. A moins d’investir et de miser sur les capacités humaines des gens, ceux-ci pourraient bien ne pas pouvoir jouir de leurs droits humains. A défaut d’infrastructures sociales qui fonctionnent (une magistrature, des forces de police et une fonction publique honnêtes et compétentes), les droits de la personne ne seront ni protégés ni promus. La réforme des structures est peut-être une dimension nécessaire du travail pour la justice. Mais le renforcement des capacités et la formation des gens viennent mettre de la chair sur le squelette des structures.

Les êtres humains ont besoin d’être éduqués pour pouvoir former des communautés de sujets participants, qui deviennent les artisans de leur propre avenir. La première de ces communautés, c’est la famille. Les familles solides sont un atout pour la société. Les familles solides sont indispensables au travail que nous faisons pour permettre aux gens de prendre en main leur avenir.

Parfois, les militants chrétiens prétendent être la voix des sans-voix. Je préférerais leur entendre dire qu’ils travaillent à donner une voix aux pauvres. Les pauvres sont encore les meilleurs porte-parole des pauvres. Ils connaissent leurs propres besoins. Ils savent souvent mieux qu’un intervenant de l’extérieur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans leur milieu. Ils font preuve d’une ingéniosité remarquable pour assurer leur survie. Quand leur voix n’est pas entendue, nous devrions leur offrir une tribune, et non parler à leur place.

Voilà qui est bien différent de l’ancien modèle assistancialiste qui ne pensait qu’à offrir des services et des programmes. C’est aussi très différent de cet autre modèle, plus moderne, qui tend à regarder les professions d’assistance à autrui et l’aide au développement comme une entreprise commerciale. Beaucoup d’ONG finissent par n’être pratiquement que le bras privatisé des gouvernements. On les juge mieux en mesure de fournir certains services et – ne l’oublions pas – elles coûtent moins cher. Entendez-moi bien. Je ne m’oppose pas à ce que les organismes bénévoles chrétiens collaborent avec les agences gouvernementales ou internationales. Nos organismes ont d’ailleurs droit à leur juste part des fonds publics pour le développement et peuvent ainsi souvent influencer et améliorer les politiques gouvernementales.

Mais en même temps, il est important de préserver son identité qualitative. Nous devons prendre garde de céder à la tentation, en travaillant avec d’autres institutions, de diluer cette notion de gratuité qui devrait inspirer notre travail : nous finissons par nous trouver compromis par des politiques qui servent des intérêts nationaux étroits, par des contraintes budgétaires ou par des stratégies où l’économie libérale devient le thème dominant.

Les programmes d’éducation de l’Église – tout comme ses programmes de santé – doivent toujours se démarquer par leur excellence. Le manque de ressources ne saurait excuser la mauvaise qualité des services. Les pauvres ont droit à ce qu’il y a de mieux, tout comme nous. Nos services ne doivent jamais humilier les gens par la manière dont ils leur sont offerts, et ils devraient toujours, au contraire, cultiver leur dignité et leur estime de soi. De toute façon, nous ne sommes jamais là pour nous-mêmes mais pour aider les gens que nous servons à prendre en main leur avenir. Dans cette perspective, nous devons avoir le courage de changer nos institutions, de les renouveler, de les améliorer le plus possible.

Le travail pour la justice ne devrait jamais consister à décider pour les autres, mais plutôt leur fournir les moyens de prendre des décisions responsables dans les domaines qui sont de leur compétence. La doctrine sociale de l’Église n’est ni un manifeste ni une plate-forme idéologique. Elle est un corps de principes dérivés de l’Évangile, qui fournissent aux chrétiennes et aux chrétiens des critères pour assumer leurs responsabilités dans l’action sociale. Le travail pour la justice est une dimension importante de la mission de l’évêque. Mais le rôle de ce dernier consiste avant tout à former les autres, à éveiller et à éduquer l’ensemble de la communauté chrétienne à sa responsabilité sociale au quotidien.

Nous devons tenir compte du fait que les laïcs chrétiens, en particulier, sont appelés à prendre des décisions à propos du monde dans lequel ils travaillent, et veiller à respecter leur autonomie. Notre autorité d’enseignement ne s’étend pas aux domaines qui ne relèvent pas du mandat de prêcher l’Évangile. C’est d’abord aux laïcs qu’il revient de mettre les principes en application. Notre dialogue, notre interaction et notre critique doivent avoir pour but de les guider vers une plus grande maturité dans l’exercice des responsabilités qui leur sont propres et qui découlent, elles aussi, du radicalisme de l’Évangile.

Les laïcs, à leur tour, doivent être fiers de ce que notre Église leur fournit un enseignement qui les aide à reconnaître ces critères et à les appliquer. Je dis cela parce que nous avons de nombreux «Nicodèmes catholiques» qui nous disent, à la nuit tombée, combien ils apprécient notre enseignement mais qui, en plein jour, relèguent cet enseignement dans un recoin privatisé de leur existence, comme s’il n’avait ni pertinence pour la société ni aucun droit de cité sur la place publique ou pour la mise sur pied des institutions. Il nous faut trouver de nouveaux modèles pour que la doctrine sociale de l’Église soit mieux connue et mieux comprise.

Le fléau de la guerre

Les guerres et les conflits comptent parmi les grandes causes de la pauvreté et entraînent l’effondrement de ces structures dont les pauvres ont besoin afin de pouvoir modifier leur avenir. Quand les guerres et les conflits éclatent chez les pauvres, ils ont tôt fait de devenir des «conflits oubliés». Tout le cœur de l’Afrique vit dans la précarité; on se contente souvent de l’ignorer. Le conflit ne pose pas seulement un problème politique et un problème de désarmement : il constitue une tragédie humaine et sociale, sur le plan du développement et pour l’environnement. Je suis sûr que si les parents des pays d’Afrique centrale avaient la possibilité de nous demander, à nous des pays développés, de faire une seule chose en faveur de leur développement, ils nous répondraient : arrêtez le conflit, cessez de soutenir et d’encourager le conflit, stoppez les envois d’armes dans la région.

L’enseignement catholique a joué un rôle très important dans l’élaboration de la «théorie de la guerre juste», ou dans la formulation des principes qui restreignent le recours à la guerre et qui tentent de faire en sorte que les retombées du conflit soient le «moins inhumaines possible». Le Concile Vatican II a rappelé cette théorie et le Catéchisme de l’Église catholique mentionne explicitement la «doctrine de la guerre juste» aux NN. 2307 à 2309 (sur les strictes conditions d’une légitime défense par la force militaire) et aux NN. 2312 à 2314 (sur la validité permanente de la loi morale durant les conflits armés).

L’Église reconnaît qu’une nation n’a pas seulement le droit, mais aussi l’obligation d’assurer la sécurité de ses citoyens et de répondre à une agression en recourant même à la force militaire – quoique selon des conditions strictes. En outre, le Pape a souligné en d’autres circonstances que la communauté des nations a le devoir de retenir le bras de l’agresseur, quand celui-ci s’en prend à des gens qui ne peuvent se défendre.

Mais la section du Catéchisme qui porte sur les conditions strictes qui s’appliquent à la légitime défense par la force des armes est placée sous le titre d’«Éviter la guerre». La question de la doctrine de la guerre juste est introduite par la phrase suivante (§ 2308): «Chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d’œuvrer pour éviter la guerre». Le texte (§ 2307) parle des «maux et des injustices qu’entraîne toute guerre».

Dans le monde d’aujourd’hui, il nous faut souligner que le recours à la violence n’est plus acceptable pour résoudre les conflits entre États. L’opposition ferme du Pape Jean-Paul II à la guerre lui a gagné beaucoup d’estime et de respect. L’expérience vécue par le jeune homme qu’il a été lui a laissé une profonde horreur de la guerre et du mal que peuvent causer les systèmes totalitaires.

Nous devons faire pression sur les leaders internationaux pour qu’ils fassent un usage plus responsable des instruments dont nous disposons pour éviter les conflits. Nous devons renouveler notre engagement – et ici encore le Canada a fait preuve de leadership – à l’égard des programmes de désarmement et de contrôle des armements, en particulier de ces armes qui ont d’énormes répercussions sur le plan humanitaire. Le droit humanitaire lui-même est remis en question lorsque, comme c’est trop souvent le cas, ce sont les populations civiles qui sont les premières victimes des conflits armés.

La violence ne se limite pas à la guerre, cependant. Nos sociétés sont imprégnées de violence. Il y a la violence au foyer. La violence sexuelle est beaucoup plus répandue que nous ne sommes prêts à l’admettre. Nos routes sont des lieux de violence. Plusieurs quartiers de nos villes sont isolés à cause de la violence. Les sociétés sont facilement dépassées par la violence; lorsque des groupes de type mafieux recourent à la violence par appât du gain, ils affectent la vie des pauvres. Si on ne fait pas échec à cette violence, les pauvres en quête de protection – fait paradoxal – iront parfois vers ceux qui les oppriment. Ils se tourneront vers ceux qui protègent leurs intérêts à court terme – les bandes criminelles – plutôt que vers ceux qui devraient protéger leurs droits. J’ai été choqué, de retour à Dublin, par le nombre de meurtres qui y sont commis : ils sont le fait d’une culture éhontée des armes à feu, souvent gérée par de puissants criminels qui font déjà commerce de ruiner tant de vies humaines d’une autre façon, par le trafic des stupéfiants. C’est là une situation que nous ne pouvons ignorer qu’à nos risques.

Pastores Gregis observe que «la paix est une responsabilité universelle, qui passe à travers les mille petites actions de la vie de chaque jour. Elle attend ses prophètes et ses artisans, qui ne peuvent pas manquer surtout dans les communautés ecclésiales, dont l’évêque est le pasteur.» Il revient à l’évêque d’encourager les croyants en leur rappelant que leurs petits gestes de paix et de solidarité peuvent réellement changer quelque chose. Il s’agit de faire voir que l’apathie et l’indifférence ne peuvent mener qu’à la démission, et non à l’espoir dont notre monde a besoin.

L’intégrité de la création

On a souvent le sentiment que l’environnement est le parent pauvre parmi les grands thèmes de la doctrine sociale de l’Église. Il existe pourtant, en réalité, une grande richesse doctrinale que nous n’avons probablement pas appréciée à sa juste valeur. La famille humaine, comme nous la connaissons, a reçu pour demeure la terre et la création. Le genre humain a reçu la mission de préserver l’harmonie originelle donnée par Dieu à la création, dont chacun des éléments a été créé individuellement et estimé bon.

Le progrès n’entraîne pas inévitablement la dégradation de l’environnement. Plusieurs des politiques de protection et de réhabilitation environnementale qui ont le mieux réussi ont été appliquées dans des pays hautement développés. Il y faut une vision, des politiques judicieuses et la volonté d’interpeller de puissants intérêts, qui ne se pressent pas de changer leurs façons de faire mais qui finiront par s’y résoudre dès qu’ils verront que l’opinion publique et la pression des consommateurs ne sont plus de leur côté. Mais les politiques respectueuses de l’environnement ne sont pas toujours bon marché, et il faudra veiller à ce que les coûts qu’elles entraînent soient répartis équitablement, afin que toute la société puissent bénéficier de leurs effets.

Certains s’inquiètent de ce que la réponse de l’Église au défi environnemental reste trop anthropocentrique et place la personne humaine en position de domination, au lieu de prôner une véritable attitude de service et d’intendance. L’Encyclique Centesimus Annus (#37) est cependant très critique du comportement humain et de ses conséquences pour l’environnement. Elle démasque, à la racine de la destruction insensée de l’environnement naturel, une erreur anthropologique qui amène les humains à croire qu’ils peuvent user de la terre d’une manière arbitraire, comme si la terre elle-même n’avait pas une forme et une destination antérieures que Dieu lui a données.

Bien comprise, l’intégrité de la création nous amènera à corriger de manière substantielle notre idée de la personne humaine, en nous rappelant que nous autres humains n’avons pas créé le monde de nos propres mains et que nous ne devons jamais tenter de prendre la place de Dieu.

Dans la situation concrète qui est la nôtre aujourd’hui, une réflexion sur les enjeux écologiques devrait aborder la question de l’eau. L’eau est un don de Dieu, qui a une grande importance dans la Bible. Notre monde lourdement urbanisé doit vivre une conversion écologique quant à sa façon d’user et d’abuser de l’eau.

La question de l’eau nous obligera à examiner la prédominance des valeurs économiques dans l’examen des questions écologiques. Les mécanismes du marché peuvent certainement nous aider à en arriver à un usage et à un partage équitables des ressources. Mais il y a certaines réalités qui ont une telle importance pour l’humanité et pour l’intégrité de la création qu’elles exigent qu’on prenne en compte et qu’on considère en priorité d’autres valeurs que les valeurs économiques.

Conclusion

J’ai commencé par affirmer ma conviction que l’évêque doit aborder les questions sociales sous un angle avant tout anthropologique. Son approche doit partir de la dignité de la personne humaine, de l’unité de la famille humaine et de l’intégrité de la création. Je parle ici d’une perspective anthropologique qui souligne la dignité, les droits et le potentiel de toute personne humaine, mais qui n’est pas une perspective individualiste. Notre réflexion sur les droits de la personne devrait donc nous détourner des tendances souvent étroitement individualistes de la réflexion actuelle sur les droits humains.

J’ai mis l’accent sur les capacités humaines. Si nous croyons que chacun, chacune est créé à l’image de Dieu, nous devons miser sur les gens. Nous devrions investir dans leur potentiel, dans les dons qu’ils ont reçus de Dieu. Lorsque ce potentiel n’arrive pas à s’exprimer, la création de Dieu n’a pas la possibilité d’arriver à son plein achèvement.

La doctrine sociale de l’Église est affaire d’espérance. Elle fait confiance aux personnes mais elle doit aussi devenir un message d’espérance pour les personnes. Elle pourra le devenir si nous arrivons, dans un monde dominé par l’intérêt et la convoitise, à permettre aux gens de se laisser toucher par quelque chose de très différent : la manifestation de l’amour de Dieu, qui a assumé notre humanité en Jésus Christ. Cet amour, cette charité les traite généreusement en frères et sœurs, sans rien demander en retour. Être prophète de justice, c’est être un prophète de la charité, passionné par les questions les plus profondes qui touchent l’humanité d’aujourd’hui.






- 30 -



Source : Sylvain Salvas
Directeur du Service des communications
Conférence des évêques catholiques du Canada
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Tél. : (613) 241-9461
Téléc. : (613) 241-9048
Mise à jour le Mardi, 08 Août 2006  
Le Saint-Siège
Centre canadien d’œcuménisme
Organisme catholique pour la vie et la famille
opm
Sel + Lumière
wydcentral
DP FR Quick 






FaitesUnDon
2018WeekofLifeandFamily FR
2017 Mass FR
Cover Page Unity of Life and Love FR
OCCDP Automne 2017
WMOF2018-Dublin-Ireland
184-940K FR

devp-logo-fr-50e

Logo 500e Reforme
Kit
Euthanasia FR
life-giving-fr
criteria
lespeuplesautochtones
vieetfamille
sexabuse2015fr

dyk3

Le diocèse le plus ancien au Canada est l’archidiocèse de Québec, établi en 1674. Monseigneur François de  Laval fut le premier évêque.