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Allocution de Mgr Luigi Ventura, Nonce apostolique au Canada

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Allocution de S. Exc. Mgr Luigi Ventura
Nonce apostolique au Canada
Assemblée plénière de la CÉCC
28 octobre 2003


Je désire en premier lieu vous exprimer ma joie de me retrouver avec vous, frères évêques du Canada, réunis pour votre Assemblée plénière annuelle. Je désire aussi vous dire ma gratitude pour l’accueil que vous me réservez en ce début de vos assises et pour la rencontre fraternelle qui aura lieu sous peu. Je voudrais également me faire l’écho du salut cordial et fraternel que le Saint-Père a adressé aux Cardinaux, aux Archevêques et Évêques présents à Rome le seize octobre dernier, jour du vingt-cinquième anniversaire de son élection, à l’occasion de la signature et de la promulgation de l’Exhortation apostolique post-synodale Pastores Gregis, dont le texte vous est déjà connu. En cette circonstance, le Pape disait : « Qu'à travers vous, vénérés Frères, l'expression de mon affection parvienne au Collège épiscopal tout entier. En lui se reflètent l'universalité et l'unité du Peuple de Dieu pèlerin dans le monde (cf. Lumen Gentium, n. 22). J'étends ensuite mon salut à toutes les Eglises particulières dans chacune de leurs composantes: prêtres, diacres, personnes consacrées et fidèles laïcs ».

1- Je sais que cette Exhortation apostolique fera l’objet de lecture approfondie, d’étude et de réflexion, au cours de votre Assemblée. En présentant cet imposant document de deux cents pages, le cardinal Jorge Mario Bergoglio, Archevêque de Buenos Aires, l’a synthétisé en quatre mots-clés : « espérance, service, mission et communion ». Je me permets de m’y arrêter brièvement, en guise d’introduction, pour souligner ces quatre pistes thématiques.

Espérance

L’Évêque est appelé à être prophète, témoin et serviteur de l’espérance. L’espérance dont il doit rendre compte est centrée sur le Christ ; du Christ, il doit être serviteur fidèle, sentinelle vigilante, prophète courageux, témoin crédible, afin que se ravivent la foi et la charité, dans un contexte historique qui a vu s’écrouler bien des espérances humaines.

Service

En évoquant la triple tâche d’enseigner, sanctifier et gouverner, le Saint-Père souligne également l’œuvre d’évangélisation de l’Évêque et le service autorisé et authentique qu’il doit accomplir en tant que maître de la foi et héraut de la Parole.

Mission

Avec confiance et courage apostolique, l’Évêque est appelé à annoncer au monde Jésus-Christ, sauveur de l’homme. Comme missionnaire de l’Évangile, il doit démasquer les fausses anthropologies, récupérer les valeurs contaminées par les idéologies, discerner et proclamer la vérité. Dans ce contexte, il est ouvrier de justice et de paix et, dans le dialogue avec les religions, il promeut la mondialisation de la charité.

Communion

Est également soulignée la dimension collégiale de l’Épiscopat, un des points cardinaux de Vatican II, qui atteint en Pastores Gregis son fruit mûr. Ce caractère collégial trouve sa profondeur dans l’être de tout Évêque et appartient à la structure de l’Église telle que voulue par le Christ. Il fait éclater une conception individualiste du ministère épiscopal par l’affirmation que l’Évêque n’est jamais seul, aussi parce qu’il est toujours en communion hiérarchique avec ses frères dans l’épiscopat et le Successeur de Pierre.

La collégialité est décrite dans sa dimension affective [affirmée entre autres par le Synode des Évêques, les Conférences épiscopales, la Curie Romaine, la collaboration missionnaire] et effective, comme dans le Concile œcuménique et l’action conjointe des Évêques, en union avec le Pape.

Connexe à la collégialité épiscopale, il y a la communion des Églises (n. 55-65) ; par l’Évêque en relation hiérarchique avec le Pontife Romain et dans la fraternité épiscopale, elle s’exprime aussi au niveau local. À ce propos, l’importance et l’utilité de la Conférence épiscopale est mise en évidence ; la revitalisation des provinces ecclésiastiques et du rôle du Métropolitain est aussi souhaitée pour un travail pastoral commun entre les diocèses. On propose encore de favoriser les relations de solidarité entre les jeunes Églises et celles de tradition ancienne, par des jumelages, par la communication d’expériences, d’agents pastoraux et d’aide économique.

J’ai pensé opportun de m’arrêter sur l’Exhortation apostolique pour souligner par ma présence, au début de votre Assemblée plénière, cette dimension de communion affective avec le Saint-Père, illustrée davantage encore à l’occasion de son Jubilé. Après deux années de présence parmi vous, je connais, et je pourrais dire je sens, ce lien profond qui unit les Évêques canadiens entre eux et avec le Saint-Père.

2- Je profite de cette circonstance pour vous remercier en son nom des nombreuses expressions d’affection et de loyauté qui lui ont été envoyées pour le vingt-cinquième anniversaire de son Pontificat. Vous avez eu aussi la délicatesse de changer les dates de votre Assemblée afin de favoriser la participation aux festivités qui se sont déroulées à Rome, festivités prolongées dans le Consistoire au cours duquel Monseigneur Marc Ouellet est devenu membre du Collège des Cardinaux, ce dont je le félicite chaleureusement.

3- Dans ce même contexte, le dimanche 19 octobre dernier, j’ai célébré une messe solennelle dans la Cathédrale d’Ottawa, portant dans ma prière tous les diocèses du Canada, me rappelant les nombreuses manifestations de sympathie exprimées à l’endroit du Saint-Père à l’occasion des visites et des rencontres que j’ai eues en différentes communautés ecclésiales depuis mon arrivée en ce pays.

4- Je voudrais aujourd’hui exprimer ma vive gratitude au Président de votre Conférence, Son Excellence Monseigneur Jacques Berthelet, pour les bonnes paroles qu’il m’a adressées. Je le remercie de tout cœur pour le service intelligent et lumineux, sage et dynamique, qu’en tant que Président, il a rendu aux Évêques et à l’Église du Canada. Je considère comme une bénédiction d’avoir eu à mes côtés, en ces deux premières années de ma mission, un frère aîné avec lequel j’ai pu en toute franchise, liberté et confiance, communier au même désir de servir le mieux possible cette Église locale, en union avec le Siège Apostolique. Je lui renouvelle ma reconnaissance pour le travail accompli au cours de son mandat, dans la certitude que le même esprit de collaboration anime aussi son successeur, Son Excellence Monseigneur Brendan O’Brien, auquel je présente mes plus sincères félicitations et mes vœux les meilleurs, pour sa nouvelle charge de Président de votre Conférence.

5- Je suis, dans la mesure du possible, la vie de vos Églises par les échos qu’en fournissent les publications diocésaines. Je constate le travail considérable et l’engagement généreux des différentes composantes de la vie ecclésiale, dans des contextes pas toujours faciles, avec un personnel pastoral en diminution. Je trouve admirable le zèle des pasteurs et des fidèles qui entendent témoigner de l’Évangile.

6- Je voudrais maintenant m’arrêter sur certains points de la vie ecclésiale canadienne qui, sans être exhaustifs de l’activité et de l’engagement apostoliques, méritent toutefois une attention particulière. Il est réconfortant de noter comment, en grande partie, l’esprit de Pastores Gregis que j’ai essayé d’esquisser il y a quelques instants, est déjà présent chez les Évêques de cette Église locale.

7- Je désire tout d’abord revenir sur la Journée mondiale de la Jeunesse et les bienfaits qu’elle a suscités dans la vie des jeunes et de l'Église. Je connais la charge pesant sur les diocèses et je veux vous féliciter pour le travail magnifique qui a permis d’éliminer si rapidement la dette substantielle de cette Journée Mondiale. Vous avez affronté des difficultés sans précédent pour organiser cette Journée et vous avez trouvé la force pour résoudre un problème hors de l’ordinaire. Ces dépenses monétaires ne sont pas un échec ; elles sont l’inves-tissement d’un témoignage et d’une espérance pour l'avenir des jeunes de ce pays.

8- Dans un autre domaine de grande préoccupation, à savoir la décision de Gouvernement d’envisager de changer la définition du mariage pour l’étendre aux unions de personnes de même sexe, vous avez exercé un puissant leadership sur vos fidèles. Les documents que vous avez produits, spécialement celui du Conseil permanent, étaient forts et pénétrants, et ils ont fait beaucoup pour éclairer l'opinion publique. Le Saint-Siège, que j'ai informé à ce sujet, a grandement apprécié la nature de vos interventions qui mettaient toujours en lumière la doctrine de l’Église et montraient la pertinence de l’enseignement du Magistère et du Saint-Père.

9- Sur la question des Diocèses du Nord, je suis heureux de noter qu’une planification pastorale spécifique à cette région entière est entreprise. Ces vastes territoires de votre pays doivent être vus comme un défi particulier pour tous les diocèses plus au sud. Le soutien financier et en effectifs pastoraux doit être organisé, non comme réponse à une urgence, mais plutôt comme une politique permanente de la vie ecclésiale. À mon point de vue, cette question doit être envisagée comme une priorité, si nous ne voulons pas être pris par l’urgence. La Nonciature Apostolique et le Saint-Siège, conjointement avec les évêques concernés, sont heureux de collaborer à la recherche de nouvelles réponses aux situations nouvelles.

10- Le Congrès de Vocations, tenu dans l'année dernière à Montréal, touche un autre secteur de défi et peut servir à pourvoir à une partie essentielle de la vie ecclésiale. La nouvelle évangélisation, si chère au coeur du Saint-Père, risque de demeurer une réalité statique si les ressources humaines nécessaires pour apporter les sacrements au peuple de Dieu sont insuffisantes. La générosité de jeunes gens était évidente pendant la Journée mondiale de la Jeunesse à Toronto et on la constate aussi chez les jeunes gens de vos diocèses. Ils ont besoin d'être fortifiés avec un courage conforme à leur idéal.

11- Vous avez établi un Comité épiscopal national chargé de formuler des projets à long terme pour les jeunes et les Vocations. Cela est très important. J’espère que les les mécanismes nécessairess seront éabliss, de sorte que votre leadership en ces domaines soit toujours plus efficace. Il existe sans doute au niveau diocésain des projets de base touchant le ministère auprès des jeunes et l’interpellation vocationnelle. Cependant l’expérience démontre que de telles initiatives requièrent des ressources spécialisées et des aptitudes particulières. Un leadership permanent au niveau de la Conférence et au niveau régional peut être très approprié. Je souhaite que les projets de votre Comité trouvent ainsi un soutien adéquat.

12- Dans le domaine des politiques pour traiter l'abus de mineurs par les ministres ordonnés, votre Conférence a été aux premiers rangs. En effet dans le début des années quatre-vingt-dix, vous avez été l’une des premières Conférences Épiscopales à publier des lignes direc-trices qui valent encore aujourd’hui. Dans une étape significative, vous avez décidé de vous pencher à nouveau sur le sujet et vous avez établi un groupe de travail ayant comme mandat de fournir à tous les Évêques les ressources nécessaires pour établir des milieux diocésains où la sécurité des individus vulnérables est assurée. Dans cette matière, nous bénéficions tous sans aucun doute de la transparence et de la responsabilité saine ; la façon dont vous gérez la question mérite une sincère reconnaissance.

13- Votre Président, Monseigneur Jacques Berthelet, C.S.V., a été particulièrement énergique pour porter à l'attention du Gouvernement fédéral plusieurs sujets qui préoccupent grandement le Saint-Siège, en particulier dans le domaine de la vie et de la paix. Je pense à la Terre Sainte, au conflit en Irak et aux nombreux problèmes liés à la mondialisation et au clonage humain. Le soutien et l'action de la Conférence ont été grandement appréciés. J'ai noté aussi l'expertise que vous portez aux questions internationales, lorsque j'ai participé à la Réunion des Évêques de l'Amérique que votre Conférence a accueillie à Québec au début de cette année. Vos présentations sur les thèmes de la culture et de la mondialisation étaient fondamentales et elles ont contribué à une compréhension significative du sujet.

14- Une autre question où vous avez effectué un travail important par vos Commissions épiscopales et votre Comité exécutif touche le renouvellement des deux Commissions internationales mixtes, ICEL et CIFTL, qui servent votre Conférence ; la collaboration canadienne a été très valable dans les deux. De façon similaire, vous continuez votre travail pour la reconnaissance de documents liturgiques ; votre expertise est précieuse, dans le dialogue requis entre l'Église locale et les dicastères romains.

15- Au moment où le nombre de ministres ordonnés diminue, on risque d’oublier l’impératif de la formation permanente. Il est essentiel d’encourager les prêtres à continuer leurs études et, dans la mesure du possible, de leur offrir une période sabbatique d’études et de renouvellement. La vie moderne exige des ministres ordonnés capables d’enseigner la doctrine de l’Église d’une manière qui réponde véritablement aux besoins de l'évangélisation des gens. Dans cette question également, une vision claire de l'avenir est nécessaire pour justifier actuellement un sacrifice momentané.

16- On peut relier à cette dernière considération la présence souhaitable de Canadiens dans les bureaux de la Curie romaine. Vos aptitudes particulières peuvent très utiles à l'Église universelle ; une telle contribution aiderait aussi à faire percevoir davantage l’Église locale dans son lien avec le corps entier de l’Église. Comme vous le savez, je n'ai pas de pouvoir de décision à ce sujet, mais soyez assuré que je suis un promoteur convaincu.

17- Puis-je aussi vous partager une inquiétude personnelle ? Parmi les nombreuses tâches qu’un Nonce Apostolique doit accomplir, une des plus importantes touche la nomination des Évêques. Les bons candidats à l’épiscopat sont certes un don de Dieu ; mais le Seigneur demande notre collaboration humaine dans leur préparation, comme vous vous en rendez compte par votre propre expérience personnelle. L’Évêque, en pensant au leadership futur de l'Église, doit – par des nominations réfléchies et différentes responsabilités – fournir aux prêtres doués l'expérience qui aidera à préparer de bons candidats dans la Succession Apostolique.

18- Dans un autre ordre d’idées, je note avec plaisir que l’appel du Saint-Père, dans son Exhortation post-synodale, pour « la Mondialisation de la Charité », a déjà été entendu par votre Conférence. Je me réfère ici en particulier à la relation et à la solidarité fraternelles avec les Évêques et l'Église de la République Démocratique du Congo, illustrées récemment par la visite d'une délégation congolaise à votre Conférence. Ces prélats demandent le soutien du Canada pour guérir les blessures d’une longue et éprouvante guerre civile et pour construire les chemins conduisant à une paix finale. Comme ils l’ont dit dans leur présentation, “l'Église catholique a opté pour mobiliser les gens à soutenir les élections libres et démocratiques, … convaincue que la racine fondamentale de la crise se trouve dans l'absence d’un État de droit.. L'Église prévoit aussi s’impliquer dans la réconciliation et dans la lutte contre l'impunité … de ceux qui ont pillé les ressources du Congo.”

19- Je crois que l'Église au Canada a sa contribution particulière à offrir à l’Église universelle. Dans un monde où la divergence et les conflits sont presque normaux, vous avez contribué à faire de votre multiculturalisme, de votre bilinguisme, la source d'un enrichissement réciproque, à savoir l’unité dans la liberté, la charité dans la diversité, la pluralité dans la fidélité.

20- J’ai commencé mon intervention en rappelant la définition que le Saint-Père a donnée d’un évêque : “Prophète, témoin, serviteur de l’espérance.” Dans cet esprit, j'aimerais terminer mes remarques avec quelques mots prononcés en juin dernier lors de la prise de possession d’un diocèse. “Nous devons ‘rendre raison de notre espérance» (1 Pi 3, 15). Nous devons être des témoins d'espérance. L'Évangile nous rappelle et nous confirme cette espérance: dans le champ qui est le monde, croissent la bonté et le mal ; à la fin seulement, les mauvaises herbes seront jetées au feu.”

21- « Le Royaume de Dieu, disait Jésus à ses disciples, est au milieu de vous » (Lc 17, 21). Le Royaume est la semence cachée dans l'histoire, le levain, le ferment qui la mène à son accomplissement. Nous sommes invités à attendre avec vigilance, à peiner dans les champs, comme l’écrit saint Jacques dans sa lettre: « Soyez patients, frères, jusqu’à ce que le Seigneur revienne. Regardez le laboureur : il attend que la terre produise sa récolte ; il attend les pluies d'automne et de printemps. Vous aussi, soyez patients et tenez bon parce que le Seigneur est proche” (Jc 5, 7-8).



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Source : Sylvain Salvas
Directeur du Service des communications
Conférence des évêques catholiques du Canada
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Mise à jour le Mardi, 08 Août 2006  
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Le diocèse le plus ancien au Canada est l’archidiocèse de Québec, établi en 1674. Monseigneur François de  Laval fut le premier évêque.