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Message des Églises du Canada

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Nous attendons impatiemment qu'advienne le Règne de Dieu, où nous pourrons alors voir « ...le droit jaillir comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable » (Amos 5, 24). Au Canada, nos communautés sont inquiètes et divisées. Pauvreté croissante, chômage élevé persistant , familles et communautés dans le besoin sont autant de symptômes de l'érosion du contrat social. Et pourtant, on voit poindre, çà et là, des signes d'espoir, des signes du Règne de Dieu parmi nous. Il est décevant de ne pas percevoir davantage ces signes au sein des parlements et des conseils d'administration des entreprises, là où se fait désespérément sentir le besoin d'un tel leadership.

Comme croyants, l'Évangile nous invite à exprimer notre préoccupation face au sérieux manque de responsabilité sociale dont nous sommes témoins. Nous croyons que tout choix économique est, en bout de compte, un choix éthique. Au cours des dernières années, les choix économiques des gouvernements fédéral et provinciaux semblent avoir privilégié les riches, les puissants et les mieux nantis, au détriment du renforcement de la communauté et de l'aide aux plus démunis. Ils n'ont pas su, dans la plupart des cas, respecter la dignité des citoyens, et en particulier celle des personnes appauvries.

Reconnaître nos manquements

Jusqu'à maintenant, le gouvernement fédéral n'a pas pris au sérieux sa responsabilité face à l'élimination de la pauvreté. Nous avons d'ailleurs pu constater l'inertie du gouvernement en 1996, alors que celui-ci est demeuré silencieux tout au long de l' Année internationale pour l'élimination de la pauvreté qui avait été décrétée par les Nations unies. On estime à 5 millions, dont 1,5 million d'enfants, le nombre de Canadiens vivant dans la pauvreté. Ces statistiques placent le Canada au deuxième rang des pays industrialisés, juste devant les États-Unis, au chapitre de la pauvreté infantile. En même temps, la contribution de notre pays à l'élimination de la pauvreté dans les pays en  voie de développement continue de s'éroder: l'aide extérieure chutant, de son niveau maximum de 0,49 % du produit national brut en 1991-1992, à moins de 0,3 %.

La réduction du déficit et les mises à pied dans le secteur public ont contribué à la détérioration de la situation de l'emploi et non pas à son amélioration. Entre 1994 et 1996, on estime que les diminutions des dépenses fédérales et provinciales ont entraîné la perte de quelque 470,000 emplois au Canada. Lorsque surviennent des mises à pied dans le secteur public, les femmes écopent davantage puisqu'il s'agit d'un milieu de travail où celles-ci touchent un salaire raisonnable.. À cela s'ajoute la précarité de l'emploi : près de la moitié des Canadiens qui ont actuellement un emploi craignent de le perdre d'ici quelques années. Il en résulte un climat d'insécurité collective défavorable au bien-être économique et social.

Le gouvernement fédéral est en passe de démanteler le système de sécurité sociale du pays, abandonnant de plus en plus les gens à l'incertitude des marchés. Les réductions imposées aux transferts aux provinces menacent l'accès à l'aide sociale, aux soins de santé ainsi qu'aux études postsecondaires. Pendant ce temps, la réforme du régime d'assurance-emploi rend de moins de moins de chômeurs admissibles à des prestations par ailleurs diminuées. En 1996, la transition au Transfert social canadien a entraîné l'abolition de droits essentiels reconnus jusque là aux personnes pauvres et protégés par le Régime d'assistance publique du Canada. Elle a aussi contribué, au niveau des provinces, à l'adoption de politiques d'aide sociale rigoureuses et punitives.

Dans leur lutte au déficit, les gouvernements n'ont pas su prévoir le partage équitable des fardeaux. On ne s'est guère préoccupé d'assurer l'équité fiscale ou d'opter résolument pour une politique monétaire qui maintienne de faibles taux d'intérêt à long terme. Ce sont les institutions financières telles que les banques, de même que les investisseurs, qui continuent d'accumuler les profits au détriment de services publics essentiels à tous les Canadiens et les Canadiennes.

La situation à laquelle sont confrontés beaucoup de Canadiens et Canadiennes va à l'encontre de ce que Dieu attend de nous. Ces manquements ont érodé le contrat social historique entre les citoyens et leur gouvernement. Ils sapent et surchargent le rôle authentique du bénévolat dans nos communautés et dans tout le pays. Là où les gouvernements ont failli à la tâche, de nombreux Canadiens et Canadiennes continuent de répondre aux besoins de leur prochain. Toutefois, les actions caritatives ne suffiront jamais à répondre à tous les besoins de nos communautés. Loin de dégager les gouvernements de leurs responsabilités, cette réalité fait ressortir la nécessité pour les gouvernements de jouer un rôle de premier plan dans la gestion équitable des besoins de tous les membres de notre société.

À notre avis, la situation à laquelle sont confrontés de nombreux Canadiens et Canadiennes va à l'encontre de notre vision du Règne de Dieu et de ce que Dieu attend de nous.

Les signes du Règne de Dieu

En tant que chrétiens, l'Évangile nous invite à faire preuve de vision. Nous devons forger un avenir meilleur, identifier les signes du Règne de Dieu parmi nous, oeuvrer et prier pour qu'advienne un monde meilleur. Autour de nous émergent peu à peu des solutions de rechange. Elles nous donnent un aperçu de cette vision élargie à laquelle nous aspirons.

« Nous voyons des signes du Règne de Dieu dans les actes de compassion »

Malgré les divisions et l'insécurité, on tend la main à son prochain. La distribution de repas à domicile, les cuisines collectives, le parrainage des réfugiés et la création de logements alternatifs sont des gestes concrets. Sans toujours entraîner un changement fondamental, ces actions, qui sont des étapes nécessaires vers la transformation sociale, sont, dans le climat actuel de « la loi du plus fort », des moments de véritable espoir.

« Nous voyons des signes du Règne de Dieu dans des actes de témoignage public »

Des croyants, en nombre grandissant, organisent ou participent à des rassemblements devant des édifices parlementaires et des monuments, dans des églises et des temples. Ils ne cessent de clamer leur solidarité avec les personnes appauvries et dénoncent les gouvernements qui se départissent de leurs responsabilités..

« Nous voyons des signes du Règne de Dieu dans l'élaboration de solutions de rechange créatrices d'emplois »

Dans plusieurs communautés, des gens s'engagent dans des initiatives coopératives et sans but lucratif afin de créer des emplois et de produire, dans leur région, les biens et services dont ils ont besoin. Parmi ces exemples, notons: les coopératives de production agricoles, les coopératives ouvrières, les systèmes d'échanges locaux et les fonds de prêts communautaires.

« Nous voyons des signes du Règne de Dieu dans l'action des mouvements populaires »

La Marche des femmes contre la pauvreté sous le thème « Du pain et des roses, emploi et justice », les « Jours d'action » dans communautés ontariennes et les activités de la Coalition Solidarité populaire Québec témoignent du travail de ces groupes. Notons aussi l'appui spontané exprimé aux victimes lors de célébrations religieuses multiconfessionnelles, le nombre toujours croissant de ceux et de celles qui expriment collectivement leurs inquiétudes à l'égard des politiques gouvernementales influencées par les milieux d'affaires et qui expriment leur ardent espoir en un avenir meilleur.

« Nous voyons des signes du Règne de Dieu dans un nouveau dialogue social »

Dans les communautés, des églises participent et invitent leurs concitoyens à échanger sur la situation socio-économique du pays. À Waterloo, en Ontario, les églises ont invité des représentants de divers secteurs, dont ceux des milieux syndicaux, des affaires, ainsi que de l'administration et des services sociaux municipaux, à des tables rondes. À Edmonton, en Alberta, des églises se préparent à dialoguer avec des gouvernements peu enthousiastes afin d'identifier de nouveaux moyens de mesurer les coûts sociaux de l'échec des politiques publiques. En réponse au récent rapport de la Commission royale d'enquête sur les peuples autochtones, les instances des Églises discutent du droit à l'autodétermination avec les peuples autochtones.

« Nous voyons des signes du Règne de Dieu dans des gestes de conviction individuels »

Des Canadiens et des Canadiennes constatent la corrélation entre la situation avantageuse qui est la leur et les conditions de vie plus difficiles de leur prochain. Agissant par conviction personnelle, des hommes et des femmes ont décidé de ne pas toucher aux réductions de taxes provinciales et de verser cet argent dans des projets favorisant la justice économique. D'autres retirent leurs avoirs des grandes banques et s'efforcent de réinvestir leur argent dans des fonds d'investissements à vocation sociale ou dans des institutions financières de type communautaire, telles que les coopératives de crédit. Ces actes de conscience individuels sont des signes de leadership.

« Nous voyons des signes du Règne de Dieu dans l'émergence de la démocratie participative »

Conscients de l'insuffisance des politiques économiques de libre marché actuelles à assurer notre bien-être, de nombreux Canadiens et Canadiennes cherchent, de diverses façons, à exercer leurs responsabilités dans le processus décisionnel de la société. Des programmes de formation et d'action des Églises, tels que « Dix jours pour la justice mondiale », l'Organisation catholique canadienne pour le développement et la paix et « Bâtir une économie morale », offrent des occasions d'apprentissage pour les chrétiens et les chrétiennes qui, en lien avec leur foi, veulent exercer leurs droits démocratiques de façon responsable.

Parmi ces initiatives, les plus remarquables affirment la dignité des personnes et offrent une lueur d'espoir pour la justice économique et sociale. Elles sont une démonstration du pouvoir des personnes agissant ensemble en quête du bien commun. Elles contestent également la décision des gouvernements de se départir de leurs responsabilités tout en soulignant les limites d'une action individuelle et locale isolée.

L'Alternative budgétaire pour le gouvernement fédéral en 1997

Nous recherchons une vision renouvelée du Canada. S'inspirant de ces gestes individuels et locaux qui sont des lueurs d'espoir, cette vision entrevoit un projet de communauté canadienne animé de ce même souci de justice. C'est cette recherche d'une vision renouvelée qui incite les Églises à participer à l'élaboration de l'Alternative budgétaire pour le gouvernement fédéral en 1997, de concert avec des économistes et des universitaires de tout le pays, ainsi qu'avec des représentants d'organismes populaires, syndicaux et communautaires.

L'Alternative budgétaire plaide en faveur d'un interventionnisme accru. Elle fixe non seulement des cibles pour la réduction de la dette fédérale, mais aussi pour la diminution de la pauvreté et du chômage. Elle propose de créer des emplois et d'investir dans les gens et dans les communautés, grâce à un éventail d'initiatives, dont un plan d'urgence de création d'emplois, le partage du travail, la mise sur pied d'une Banque nationale d'investissements et la création d'une série de Fonds d'investissements sociaux destinés à financer les programmes sociaux. Elle rétablit en outre notre capacité de payer pour les services publics grâce à un régime fiscal juste et responsable doublé d'une réforme en profondeur de la politique monétaire.

L'Alternative budgétaire repose sur les valeurs et les objectifs suivants: le plein emploi, la réduction des injustices, l'élimination de la pauvreté, l'égalité économique entre hommes et femmes, le développement durable ainsi que la protection des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels. Elle met de l'avant des politiques concrètes et responsables qui témoignent de ces valeurs et de ces objectifs. Nous appuyons l'Alternative budgétaire et nous invitons les chrétiens et les chrétiennes à l'étudier et à en débattre au cours de cette année électorale. Nous invitons également le gouvernement fédéral à mettre en oeuvre les propositions innovatrices et responsables contenues dans ce document.

Le Canada est à un carrefour. Pourrons-nous réaliser cette vision d'une société plus humaine à laquelle notre pays aspire depuis si longtemps, ou allons-nous laisser tomber notre contrat social, au profit d'intérêts financiers? La vision du Règne de Dieu nous invite, comme chrétiens, à poursuivre notre oeuvre et à prier pour une société juste et compatissante.  Une société où nous serons responsables les uns des autres et où nous pourrons construire une communauté plus saine et plus accueillante.

Document signé par:

Mme Tamiko Corbett, Modératrice, L'Église presbytérienne au Canada

La Révérende Margaret Marquardt, Présidente, Comité éco-justice, L'Église anglicane du Canada

M. Jim Marshall et Soeur Doryne Kirby IBVM, Co-présidents, Coalition oecuménique pour la justice économique

Le Révérend Robert Oliphant, Président, Bureau pour la justice économique et bien-être social, Division of Missions, L'Église unie du Canada

M. Roger Petry, Président, Groupe de travail sur les politiques publiques, L'Église évangélique luthérienne du Canada

Le Révérend Robert Syme, Président, Comité national, Ten Days for Global Justice

Mgr François Thibodeau, CJM, Évêque d'Edmundston, Président de la Commission épiscopale des affaires sociales, Conférence des évêques catholiques du Canada

Jean-Claude Trottier, SM, Président, Conseil éxécutif, Conférence Religieuse Canadienne

* En complément à ce message, on peut lire « Qu'est-ce que le Seigneur exige de nous aujourd'hui? », message des Églises, publié en février 1996, sous la direction de la Coalition oecuménique pour la justice économique et signé par des comités et commissions des Églises presbytérienne, luthérienne, unie, anglicane et catholique.


Source : Sylvain Salvas
Directeur du Service des communications
Conférence des évêques catholiques du Canada
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Tél. : (613) 241-9461
Téléc. : (613) 241-9048

 

Mise à jour le Vendredi, 05 Mars 2010  
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