images37.jpg

Situation dramatique au Soudan : Allocution du secrétaire général de la CECC

smaller text tool iconmedium text tool iconlarger text tool icon

La déclaration qui suit a été faite par Mgr Peter Schonenbach, secrétaire général de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CÉCC), à l'occasion d'une conférence de presse tenue à Ottawa, le 24 février 1999, et organisée par la Coalition inter-églises sur l'Afrique. Mgr Schonenbach représentait alors le Conseil canadien des Églises, dont la CÉCC est membre. Participaient aussi à la conférence de presse la sénatrice Lois Wilson, M. Manock Lual, un Soudanais du Sud, et M. Gary Kenny, Directeur de la Coalition inter-églises sur l'Afrique.

Les expressions « génocide » et « purification ethnique » troublent profondément l'esprit, mais on les emploie de plus en plus pour parler de la guerre civile déchirant le Soudan. En 1998, les représentants de groupes de protection des droits de la personne et d'organismes d'aide humanitaire, les dirigeants des églises soudanaises, les universitaires, les militants et les journalistes étrangers les utilisaient pour évaluer le nombre stupéfiant de civils tués et de personnes déplacées, dans le contexte de la plus longue guerre civile en Afrique.

Depuis 1983, la guerre a fait au Soudan environ 1,9 million de victimes. Quatre millions d'autres personnes ont été déplacées. Aujourd'hui, plus de personnes ont été déplacées à l'intérieur du Soudan même que dans n'importe quel autre pays du monde, et de loin. Près d'un million de Soudanais sont maintenant forcés de vivre à titre de réfugiés dans les pays voisins.

Permettez-moi de donner un contexte canadien à ces chiffres astronomiques. Il y a plusieurs années, j'étais pasteur d'une église catholique romaine à Kanata. Pleinement remplie, l'immeuble contenait 1 000 personnes. Si nous remplissions l'église tous les jours pendant cinq ans, nous n'atteindrions toujours pas le nombre estimatif de 1,9 million de morts!

Où le peuple soudanais affligé voit-il le génocide? Il le voit dans la destruction systématique et injustifiée de ses collectivités. Quinze ans de guerre ont anéanti des éléments vitaux de l'infrastructure sociale et physique et laissé littéralement des millions de gens en proie à la famine et à la maladie, deux fléaux qui ne sont jamais bien loin derrière. Au milieu de 1998, par exemple, le Soudan du Sud a été dévasté par la pire famine jamais vue depuis celle qui avait ravagé l'Éthiopie en 1983 et 1984. Au Soudan, la famine n'était pas due à la nature : elle résultait directement de la guerre civile et, plus précisément, des politiques et méthodes appliquées par le gouvernement soudanais. C'était une famine provoquée et orchestrée par les stratèges et les généraux.

Mon collègue du Soudan du Sud, Mgr Paride Taban, évêque du diocèse de Torit, dit que les avions viennent presque tous les jours larguer des bombes qui écrasent les ambitions de ses fidèles. Qui sait quelles terribles cicatrices psychologiques et émotives les ont marqués?

Le spectre du génocide n'est pas étranger non plus aux habitants des monts Nuba, dans le centre du pays. Les forces gouvernementales y déclenchent régulièrement des raids dans les régions rurales. « Passant les secteurs au peigne fin », pour utiliser l'expression désignant leur tactique, elles brûlent les récoltes, rasent les bâtiments et dépeuplent de vastes régions. Les Nubas sont soit tués ou capturés et emmenés dans ce que le gouvernement appelle, par euphémisme, des « camps de paix », où les prisonniers sont dépouillés de leur culture et de leur religion et forcés de travailler, ni plus ni moins comme des esclaves, pour leurs ravisseurs.

Famine créée par le jeu des forces internationales, bombardements aériens exécutés à l'aveuglette, déplacement forcé des populations, acculturation obligée, aux termes même de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide rédigée par les Nations unies en 1948, voilà exactement à quoi ressemble le génocide!

Depuis trop longtemps et malgré de multiples rapports détaillés rédigés au cours des années par la Commission des droits de l'homme des Nations unies et par de nombreux organismes internationaux protégeant les droits de la personne, le génocide se poursuit au Soudan, sans que quiconque le dénonce et s'y oppose.

En janvier, le Canada a amorcé un mandat de deux ans au Conseil de sécurité des Nations unies. Nous tenons à féliciter M. Lloyd Axworthy, ministre des Affaires étrangères, de la persévérance dont son personnel et lui ont fait preuve pour obtenir ce privilège.

Occuper un siège au Conseil de sécurité s'accompagne de nombreuses responsabilités solennelles. Il incombe notamment au titulaire d'un tel siège de se porter à la défense des opprimés et des tyrannisés, en particulier de ceux dont les droits ont été foulés au pied, dont l'existence même est menacée et que le génocide guette.

Nous exhortons donc le ministre Axworthy à faire tout en son pouvoir et à profiter de la réputation dont le Canada jouit au Conseil de sécurité pour aider à mettre fin au génocide au Soudan. Dans son rapport intitulé Cries from the Heart: Who will Stop the Genocide in Sudan?, la Coalition inter-églises sur l'Afrique propose plusieurs mesures fondamentales que le Canada pourrait prendre à l'ONU afin de favoriser la réalisation de ce noble objectif. J'en mentionne ici trois.

Tout d'abord, le Canada doit réclamer la création immédiate de zones aériennes interdites dans les régions du Soudan qui subissent constamment des bombardements aériens déclenchés à l'aveuglette. Si la collectivité internationale peut le faire en Irak et au Kosovo, pourquoi pas au Soudan?

En deuxième lieu, le Canada doit réclamer la nomination d'un représentant spécial du secrétaire général de l'ONU qui exécuterait des missions de diplomatie vitales entre les factions belligérantes, dans les intermèdes entre les rondes de pourparlers de paix régionaux sur le Soudan. Il importe que l'ONU attire l'attention politique sur ce dossier pour revitaliser les négociations de paix menées sous la gouverne de l'Autorité intergouvernementale régionale de développement.

Troisièmement, le Canada doit exhorter l'ONU à prendre des mesures décisives pour empêcher le gouvernement du Soudan d'interdire l'accès des convois humanitaires aux populations dans le besoin, peu importe qu'elles se trouvent dans des territoires contrôlés par les forces de l'État ou par les rebelles.

Au nom du Conseil canadien des Églises, je tiens à dire que nous sommes prêts à faire tout en notre pouvoir pour aider le gouvernement du Canada à atteindre ces importants objectifs.


Source : Sylvain Salvas
Directeur du Service des communications
Conférence des évêques catholiques du Canada
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Tél. : (613) 241-9461
Téléc. : (613) 241-9048

 

Mise à jour le Jeudi, 17 Août 2006  
Le Saint-Siège
Centre canadien d’œcuménisme
Organisme catholique pour la vie et la famille
opm
Sel + Lumière
wydcentral
DP FR Quick 






FaitesUnDon
2018WeekofLifeandFamily FR
2017 Mass FR
Cover Page Unity of Life and Love FR
OCCDP Automne 2017
WMOF2018-Dublin-Ireland
184-940K FR

devp-logo-fr-50e

Logo 500e Reforme
Kit
Euthanasia FR
life-giving-fr
criteria
lespeuplesautochtones
vieetfamille
sexabuse2015fr

dyk5

Les couleurs du site web représentent les symboles héraldiques officiels des évêques. La couleur verte correspond au "chapeau de sinople" (chapeau ecclésiastique) et aux six glands (de chaque côté) qui forment les tenants et le cimier des armoiries de chaque évêque tandis que l'or représente la croix processionnelle. Plus d'info...