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Lettre pastorale du Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada à l’occasion du 35e anniversaire de l’Organisation catholique canadienne pour le développement et la paix

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 Il y a dans la vie des individus comme dans celle des sociétés, des événements qui les marquent plus profondément, qui les font grandir et donnent de plus en plus de sens à leur existence. On aime à se les rappeler, on profite de leur anniversaire pour en renouveler le souvenir, et surtout pour en saisir toute la portée et se laisser inspirer par l’esprit et les réalisations qu’ils ont engendrés.

L’Église catholique du Canada fête cette année le 35e anniversaire de
Développement et Paix, cet organisme de l’Épiscopat qui a pour but de venir en aide aux peuples opprimés et pauvres de l’univers, les soutenir dans leur lutte pour la justice et de concourir à l’éducation de notre population face aux problèmes de sous-développement et aux obstacles à la paix dans le monde.

La Conférence des évêques catholiques du Canada ne veut pas manquer cette occasion pour apporter quelques réflexions sur l’œuvre admirable accomplie au cours des années par l’Organisation catholique canadienne pour le développement et la paix (OCCDP) et sur la cruciale question de la justice dans le monde.

Le monde a beaucoup changé au cours des 35 dernières années. La technique a fait des bonds prodigieux, la sensibilité au respect et à la promotion des droits humains a marqué des points, des barrières géographiques et sociales se sont abaissées, mais des conflits majeurs continuent, un peu partout, à soulever nations contre nations. Et la multitude des pauvres dans notre monde, interpelle toujours de façon dramatique le groupe des mieux nantis dont trop souvent le développement s'alimente au sous-développement des autres.

1. Développement et Paix et la mission de l’Église

Le souci de la dignité de la personne humaine est au centre même de l’enseignement de Jésus. Tout au long de son passage sur la terre, il a eu une attention spéciale pour les petits, les démunis, les pauvres. Le message d’amour qu’il a laissé à ses disciples est le filon qui nous fait comprendre la mission confiée à son Église. Jésus a même voulu s’identifier à ceux et à celles qui sont souvent considérés comme marginaux dans la société. Qu’on se rappelle ses paroles : « Chaque fois que vous avez donné à manger à celui qui avait faim, à boire à celui qui avait soif, que vous avez vêtu celui qui était sans vêtement, visité le malade oublié, c’est à moi-même que vous l’avez fait. » (Mt 25, 35-36).

Développement et Paix a toujours poursuivi sa visée d’introduire dans l’Église une pratique prophétique et même provocante en faveur des pauvres. Il a voulu, parmi les fidèles et toute la population, se situer aux premières lignes de l’information et de la réflexion dans le domaine du développement, montrer que la pratique du partage, de la solidarité avec les pauvres n’est jamais un élément périphérique de l’imitation du Christ mais qu’elle se situe plutôt au cœur de l’engagement chrétien et, par conséquent, qu’elle exprime une authentique caractéristique de la mission de l’Église dans le monde.

Ce faisant, l’organisme s’est révélé l’une des richesses de notre Église pour sensibiliser ses membres à leurs devoirs ; il les a aidés à vivre les dimensions universelles du commandement du Seigneur «aimez-vous les uns les autres ».

2. Solidarité et partenariat

Au fil des ans, les problèmes créés en grande partie par les «structures de péché » sur lesquelles Jean-Paul II a alerté le monde dans un de ses messages les plus percutants, «Sollicitudo rei socialis
» (no 36), sont devenus tellement profonds et étendus que seule une action collective concertée et résolue peut permettre de les affronter avec l’espoir de certains résultats. Ceci confère une importance accrue à la solidarité, nouveau nom de la charité en notre temps. Une solidarité vécue qui débouche sur le partenariat avec les moins nantis et les plus dépourvus et dont l’instrument est le dialogue. Ce dialogue permet d’apprendre les uns des autres et produit comme fruit de grandir ensemble, en donnant et en recevant mutuellement.

Nous le savons, Développement et Paix a emprunté cette voie dans son action, dans son travail d’aide au développement des peuples et nous l’en félicitons. Cette solidarité exige évidemment une très grande disponibilité et une créativité sans cesse renouvelée. Respect et valorisation de ce qui est propre à chacun sont les points de départ d’un travail progressif et constructif; chacun peut alors, sans égard à sa richesse ou à sa pauvreté, sans égard à sa couleur ou à sa religion, sans égard à sa situation politique, compter sur la fidélité et la solidarité de l’autre, dans un climat de confiance mutuelle.

Cet état d’esprit a baigné les relations de l’organisme avec les groupes qu’il a aidés et appuyés et je souhaite qu’il continue de le faire.

3. Un contexte de mondialisation

L’action de Développement et Paix prend un singulier relief dans le contexte de la mondialisation qui marque notre époque. On a souligné, non sans raison, les risques de l’évolution de l’économie sous le signe d’un néolibéralisme triomphant. Si l’on n’y prend garde et si des correctifs ne sont pas apportés par les pouvoirs publics, si l’aide des pays plus puissants et mieux organisés n’est pas mobilisée, les retombées du système économique actuel ne peuvent qu’être aux pays pauvres. Voilà pourquoi j’invite les membres de Développement et Paix à poursuivre leur tâche d’éduquer les Canadiens et les Canadiennes à la solidarité internationale et de faire pression sur nos dirigeants politiques pour qu’ils mettent en œuvre des politiques plus généreuses à l’égard des pays en développement. Et que, de son côté, Développement et Paix poursuive son appui aux groupes locaux du Sud luttant pour un monde plus juste, plus équitable et plus respectueux des droits de la personne.

Au cours des dernières décennies, l’action de Développement et Paix a atteint tous les coins du monde. Partout où se faisaient entendre des appels plus pressants, l’OCCDP a su entendre ces cris de souffrance. Qu’on pense aux secours d’urgence en cas de catastrophes. Encore dernièrement, une mission conjointe de la Conférence des évêques et de Développement et Paix allait porter au Congo un message de solidarité et une assurance de collaboration fraternelle à un peuple trop longtemps oublié par l’opinion publique internationale. J’en profite pour saluer avec joie et espérance, le leadership dont ont fait preuve les autorités canadiennes à l’occasion de la tenue du Sommet du G8 de Kananaskis.

Le travail de développement et son concept même changent considérablement quand on les situe dans un contexte d’interdépendance mondiale. Tous doivent alors considérer, dans leurs décisions personnelles, ce rapport d’universalité, cette interdépendance entre leur comportement et le sous-développement de tant d’hommes et de femmes.

4. Paix et Développement

Nous souffrons tous et toutes de voir notre planète affligée par de nombreux conflits, par des guerres incessantes qui, marquées par l’appétit de pouvoir ou la volonté de vengeance, plongent dans une misère effroyable des millions de personnes, victimes impuissantes de machinations politiques souvent obscures.

Le nom même de notre organisation de solidarité internationale reflète son souci de lier la paix au développement. N’est-ce pas Paul VI lui-même, qui affirmait, dans « Populorum Progressio » (no 76) que le développement est le nouveau nom de la paix. Comment veut-on que des peuples affamés et opprimés n’aient pas la tentation de prendre les armes pour se libérer ou pour arracher par la violence ce qu’on refuse de leur donner par des voies pacifiques? La misère et l’impuissance sont génératrices des pires maux et elles poussent facilement à des gestes désespérés. On voit par cela que lorsqu’on aide des gens à prendre en mains leur propre destin et à exploiter leurs propres ressources, l’espoir renaît et la dignité humaine reprend ses droits. Des ferments de paix sont ainsi semés.

C’est ce que recherche Développement et Paix en s’alliant à des partenaires d’autres pays dans leurs efforts de développement, en offrant son support fraternel aux organismes qui militent pour la paix, en faisant pression sur nos chefs politiques pour qu’ils posent des gestes concrets dans la ligne du développement et de la paix, en poursuivant un travail d’éducation auprès de nos concitoyens et de nos concitoyennes. Ces efforts méritent d’être poursuivis.

Le mandat de l’Épiscopat canadien est clair. Il s’agit d’œuvrer à la construction d’un Royaume de justice et de paix avec toutes les personnes que le Seigneur inspire à se mobiliser pour participer à son œuvre de Rédemption et qui, ce faisant, veulent lutter contre la misère, la marginalisation, la pauvreté. Il s’agit de travailler pour les pauvres et avec les pauvres parce qu’ils sont pauvres et non parce qu’ils sont de telle ou telle nation, de telle ou telle confession religieuse. D’ailleurs, n’est-ce pas à ceux-là, à celles-là, que Jésus s’est identifié en parlant de l’accueil qu’il réservait aux bénis de son Père (Mt 25)?

Je me réjouis du fait que Développement et Paix puisse partager sa vision et ses projets avec des partenaires d’ici ou de l’étranger qui confessent d’autres credo religieux ou n’ont pas nécessairement de lien avec notre Église.

5. L’Éducation à la solidarité

Il y a deux volets dans le mandat qui a été confié à Développement et Paix. L’un est aussi important que l’autre, l’un doit s’imbriquer dans l’autre, l’un ne peut aller sans l’autre. S’il est vital d’apporter de l’aide concrète aux pays en voie de développement, il n’est pas moins urgent de faire évoluer les chrétiens, les chrétiennes, la population en général de notre pays vers une connaissance plus profonde du développement et de provoquer ainsi une solidarité effective avec ceux et celles qui veulent prendre en mains leur propre développement.

L’éducation à la réalité de la pauvreté et à la découverte de ses causes est nécessaire si on veut s’attaquer effectivement à ce problème.

Dans ce travail d’éducation, le point de départ sera toujours ce que nous disent les pauvres eux-mêmes. Les pauvres constituent dans une société, une université de haut savoir. Ils n’ont pas appris dans les livres, ils ont appris de la vie. Y a-t-il des personnes plus qualifiées qu’eux pour apprendre aux autres les problèmes cruciaux de l’existence? La pauvreté est, pour ceux et celles qui la subissent, une tragédie quotidienne dont ils vivent tous les détails, qui les affectent dans les moindres fibres de leur être. Ils ne lancent pas des paroles en l’air lorsqu’ils parlent. Leurs leçons ne valent-elles pas autant que celles doctement proclamées dans des chaires d’enseignement économique? La société découvrirait dans les appauvris – ne vaut-il pas mieux les appeler ainsi car ils sont la plupart du temps des victimes du système – une véritable université de haut savoir, si elle voulait les écouter.

C’est à cette source, par le truchement de ses partenaires sur les lieux, que s’inspirent les programmes d’éducation de Développement et Paix. Par ses projets internationaux, Développement et Paix est constamment mis en contact avec la réalité de la pauvreté, des violations des droits de la personne et du déni de la liberté d’expression. Cette expérience lui fournit un solide terrain pour alimenter son travail d’éducation. Cela lui permet de se demander continuellement, et de nous demander, dans quel monde nous voulons vivre et quelles sont les valeurs nous devons défendre et promouvoir. À l’égard du matérialisme omniprésent, se laisser évangéliser par les pauvres, tel est le défi que Développement et Paix doit continuer à relever malgré toutes les embûches qui ne manquent pas de se présenter.

L'enseignement de l'Église sur le caractère sacré de la création englobe tous les organismes vivants. Au cours de sa campagne d'automne 2001, Développement et Paix a commencé à défendre les droit des fermiers des pays du Sud de posséder les semences dont ils ont besoin pour nourrir leurs familles et leurs communautés.

J’en profite pour féliciter Développement et Paix pour le travail qu’il a accompli dans le cadre des activités du Jubilé de l’an 2000, pour toutes les autres campagnes qu’il a menées à l’occasion des « Carêmes de partage » annuels, pour son souci particulier d’appuyer le mouvement d’émancipation et de participation des femmes, et pour tant d’autres initiatives qui reflètent ses valeurs.

Conclusion

Je désire, en terminant, à l’occasion de ce 35e anniversaire, renouveler à Développement et Paix l’appui de tous les évêques du Canada. Le mandat que lui ont donné nos prédécesseurs garde toujours sa pertinence et son actualité malgré les changements survenus dans le monde.

Je tiens à remercier d’une façon particulière ses dirigeants et ses dirigeantes, les centaines de personnes qui, dans chacun de nos diocèses, font en sorte que les objectifs poursuivis par Développement et Paix sont atteints.

Je m’en voudrais de ne pas exprimer ma gratitude aux dirigeants politiques qui prêtent une oreille favorable aux projets de Développement et Paix et lui assurent une plus grande portée en fournissant une contribution financière substantielle pour leur réalisation. La vraie qualité d’un peuple, dans le grand concert des nations, réside à n’en pas douter dans sa préoccupation effective de partager avec les peuples plus démunis.

Enfin, je ne veux pas oublier tous ceux et toutes celles qui, par leur contributions financières aussi modestes soient-elles, font en sorte qu’il ait plus de justice, de paix et de bien-être dans le monde.

Nous vivons dans un contexte de mondialisation où le domaine social et économique vit sous le signe de relations qui débordent le cadre des nations. Dans ce contexte, nous souhaitons, en ce 35e anniversaire, que Développement et Paix soit une véritable «multinationale de l’espérance ».

+Jacques Berthelet, C.S.V.
Évêque de Saint-Jean-Longueuil
Président
Conférence des évêques catholiques du Canada


Source : Sylvain Salvas
Directeur du Service des communications
Conférence des évêques catholiques du Canada
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Téléc. : (613) 241-9048

 

Mise à jour le Lundi, 14 Août 2006  
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