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Un grand anniversaire : les martyrs canadiens - 350 ans après

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UNE ÉQUIPE DE FONDATEURS ET DE FONDATRICES

L'Église célèbre cette année le 350e anniversaire (1649-1999) de la mort de ceux que nous appelons les Martyrs canadiens ou les Martyrs de l'Amérique du Nord: Jean de Brébeuf, Antoine Daniel, Gabriel Lalemant, Charles Garnier et Noël Chabanel, morts en territoire canadien, dans la région de Midland, Ontario; Isaac Jogues et deux Donnés ou serviteurs bénévoles, René Goupil et Jean de La Lande, morts sur le territoire actuel des États-Unis, dans la région de Auriesville, New York. Tous appartiennent à cette équipe de «grands et de grandes» qui ont fondé l'Église canadienne: Marguerite Bourgeoys, Marguerite d'Youville, Marie de l'Incarnation, Catherine de Saint-Augustin, Mgr de Laval et Kateri Tekakwitha, ascète mohawke.

L'occasion nous paraît opportune de souligner un événement de nature à raviver notre ferveur de chrétiens et de chrétiennes autour de modèles qui ont vécu en plénitude l'idéal évangélique et qui nous ont légué un héritage de valeurs toujours actuelles.

Les  Martyrs ont été béatifiés en 1925 par Pie XI, canonisés en 1930, et proclamés patrons secondaires du Canada, après saint Joseph, le 16 octobre 1940, par le pape Pie XII. Leur fête liturgique est fixée au 26 septembre pour le Canada; au 19 octobre pour l'Église universelle.

Fidèles à la consigne du Seigneur: «De toutes les nations faites des disciples» (Mt 28, 19), ils se sont exilés pour gagner à l'Évangile la famille des Amérindiens de la baie Georgienne et les conduire aux sommets de la sainteté. L'Évangile, en effet, «s'adresse à l'homme de tout âge, de toute condition, de toute culture» (Jean-Paul II). En quinze ans (1634-1649), ils ont réussi à transformer les bourgs de la Huronie, puis, à Québec, ceux de Notre-Dame-de-Foy et Notre-Dame-de-Lorette en des foyers de ferveur comparables  à ceux de l'Église primitive.

RENCONTRE DES CULTURES

Le XVIIe siècle coïncide, pour la France, avec ses grands projets d'exploration, concrétisés par la fondation de Québec, en 1608, et par la création de la Compagnie des Cent-Associés, en 1627, sous Richelieu. La Compagnie des Cent-Associés avait un triple mandat de peuplement, d'exploitation commerciale et d'évangélisation. Ce statut n'était pas sans ambiguïté, car il risquait de présenter les missionnaires comme avant-coureurs, voire comme agents d'implantation politique. En s'alliant aux projets de la France, les missionnaires se trouvaient impliqués dans un jeu de compétition commerciale entre Anglais, Hollandais et Français, et de haines séculaires entre Hurons et Iroquois. Malgré eux, ils allaient vivre sur  un terrain miné, à haut potentiel explosif. Dans un tel contexte, ils ne pouvaient échapper  au risque d'être un jour victimes de ce triste jeu de rivalités.

Une seule attitude leur était possible: déclarer ouvertement leur dessein d'évangélisation et se dissocier des visées commerciales des nations européennes. Ce que fit Brébeuf dès son arrivée en Huronie, en 1634: «Les voyant réunis [les Hurons], nous résolûmes de prêcher publiquement et de leur faire connaître le sujet de notre venue dans leur pays, qui n'est pas pour leurs pelleteries, mais pour leur annoncer le vrai Dieu et son Fils Jésus-Christ,  sauveur universel des âmes» (Relations des Jésuites, JR 8: 142). En outre, les missionnaires ont toujours refusé jusqu'en 1650 d'accueillir parmi eux des commerçants, des traiteurs et des coureurs de bois.

Mais l'évangélisation elle-même posait des problèmes plus ardus que ceux du contexte politique. Les missionnaires, en effet, Européens et Français, se trouvaient face à une culture absolument inédite. Ils n'ont eu que quinze ans pour découvrir le secret de la langue huronne et pour déchiffrer le mystère encore plus impénétrable des coutumes du pays. Délibérément, pour se faire Hurons avec les Hurons, ils ont adopté leur mode de logement et de nourriture. En outre, pas un instant ils n'ont songé à franciser les Hurons.  Les missionnaires les ont plutôt dotés d'une langue écrite qu'ils ne possédaient pas: une langue sans affinités avec les langues européennes et qu'ils mettaient, pour la maîtriser, non moins de six à huit ans. Bien avant la lettre, ils se sont inculturés.

Le défi le plus difficile à relever a été celui de la compréhension des coutumes amérindiennes.  Sur ce point, les missionnaires ont tâtonné, confessé leurs limites et leurs erreurs, mais aussi corrigé leurs jugements pour s'ajuster à la réalité de jour en jour mieux comprise. Il convient de citer ici le Père Paul Ragueneau, troisième supérieur de la mission: «Il faut être fort réservé à condamner mille choses qui sont dans leurs coutumes et qui heurtent puissamment des esprits élevés et nourris en un autre monde...Je ne crains pas de dire que nous avons été un  peu sévères sur ce point...Nous voyons cette sévérité n'être plus nécessaire, et qu'en plusieurs choses nous pouvons être moins rigoureux que par le passé»(Relations des Jésuites, JR 33: 146).

Que des missionnaires européens soient  arrivés en si peu de temps  (quinze ans) à un tel degré de discernement, leur donne une solide avance sur maintes expériences  contemporaines.  Ce qui étonne, c'est moins ce qu'ils n'ont pas compris que tout ce qu'ils ont compris, et en si peu de temps.

LA MISSION HURONNE

La Compagnie de Jésus, au début du XVIIe siècle, passait par une phase de vaste expansion par toute la France. La canonisation, en 1622, de François Xavier, l'apôtre des Indes, frappait l'imagination des jeunes Jésuites et de leurs étudiants. Un grand souffle missionnaire soulevait la France, envahissait les collèges, gonflait les coeurs et les voiles, tendait les regards vers les terres lointaines et les nouveaux peuples à évangéliser, notamment dans cette Nouvelle-France récemment ouverte à la colonisation. Comme un feu qu'arrache le vent et qui saute par-dessus les mers, on ne pouvait refréner le zèle des jeunes religieux.

C'est ainsi que, de 1634 à 1649, environ trente Jésuites, dont une vingtaine de prêtres, se sont exilés pour aller porter l'Évangile sur les bords du lac Huron. Cette mission, la plus importante de toutes les missions de la Compagnie de Jésus en Amérique du Nord,  était aussi l'une des plus difficiles de l'histoire des missions.  Ces hommes ont connu d'effroyables conditions de climat, de nourriture et de logement. À travers un pays aux proportions extravagantes, ils ont franchi des distances  de plusieurs centaines de kilomètres dans de fragiles canots d'écorce, à travers sauts et  rapides, affligés par le fléau des moustiques, les difficultés du ravitaillement, l'épuisement des marches en forêt.

Après une phase de réconfortante amitié, les missionnaires ont rencontré, chez ceux qu'ils venaient évangéliser, une résistance croissante et obstinée, attribuable, semble-t-il, aux épidémies successives dont les missionnaires étaient rendus responsables, et aux écarts entre l'Évangile et certaines coutumes du pays. De 1636 à 1641, la mission a vécu dans un climat de méfiance, de persécutions, voire de menaces de mort. En 1641, elle ne comptait encore que soixante chrétiens. Brébeuf dut attendre six ans avant de pouvoir baptiser un adulte en santé. Mais, peu à peu, l'adhésion à l'Évangile de plusieurs capitaines influents favorisa l'action des missionnaires, si bien qu'en 1649, lors de l'offensive finale des Iroquois contre les Hurons, la plus grande partie de la nation huronne était devenue chrétienne. Et quand nous parlons de conversion, il s'agit bien du passage à une  vie chrétienne héroïque.  Les missionnaires en étaient convaincus, les Hurons, comme tout autre peuple, étaient capables d'atteindre ces sommets d'humanité que sont les saints et les saintes.

LE TÉMOIGNAGE SUPRÊME DE L'AMOUR

Les missionnaires de la Huronie ne pouvaient être médiocres. Ils devaient opter pour l'héroïsme, ou quitter: ce qui se produisit  dans quelques cas. Mais la plupart étaient animés d'un zèle incandescent. Jérôme Lalemant, deuxième supérieur de la Huronie, tout frais débarqué de France, estimait que s'il y avait encore peu de chrétiens en Huronie, c'est qu'il n'y avait pas eu de martyrs.  Il fut contraint de renverser ce jugement. La vérité est que les missionnaires étaient des martyrs à plein temps. Bien des personnes, dit Lalemant,  aimeraient mieux «tout d'un coup recevoir un coup de hache sur la tête que de mener des années durant la vie qu'il faut mener ici tous les jours» (Relations des Jésuites,  JR 17: 12). Ces hommes ne vivent que pour le Christ et, à force de le contempler, ils finissent tous par lui ressembler.

Le martyre qui consomme leur vie n'en est que la récapitulation et l'ultime offrande. Trop longtemps on a parlé du martyre en termes de tortures, de bourreaux et de haine de la foi, travestissant ainsi ce qu'il y a de plus profond dans le martyre chrétien. Sur ce point, il faut adopter le langage de Vatican II.

Le martyr est d'abord un témoin qui s'est mis  à la suite du Christ jusqu'au don de sa vie pour attester la vérité du salut qui vient par lui et par son Évangile.  Dans la Constitution sur l'Église, il est dit: «Jésus, le Fils de Dieu, ayant manifesté sa charité en donnant sa vie pour nous, personne ne peut aimer davantage qu'en donnant sa vie pour lui et pour ses frères ( 1 Jn 3,16; Jn 15, 13)... C'est pourquoi le martyre, dans lequel le disciple est assimilé à son Maître, acceptant la mort pour le salut du monde,  et dans lequel il devient semblable à lui dans l'effusion de son sang,  est considéré par l'Église comme une grâce éminente et la preuve suprême de la charité»  (Lumen Gentium 42). Le concile Vatican II n'utilise plus l'expression  en haine de la foi. Le critère déterminant du martyre est positif: donner sa vie pour le Christ et ses frères, comme signe du plus grand amour. Il n'appartient ni au bourreau, ni au persécuteur, ni à l'historien de déclarer quelqu'un martyr: il s'agit d'un jugement d'Église. Et, dans ce jugement, l'accent doit être mis sur les motivations de celui qui subit le martyre.  On ne saurait séparer la mort des missionnaires de la Huronie du sens qu'elle revêt pour eux. Ainsi, Jésus  qui donne sa vie se livre bien plus qu'il n'est livré.

À la lumière de Vatican II, il faut conclure que les missionnaires de la Huronie sont doublement martyrs: à cause de leur foi, mais avant tout comme témoins du plus grand amour pour leurs brebis, jusqu'au don de la vie, à la suite du Christ. Quand ils proclamaient le Christ et son Évangile,  dans le contexte de la mission, ils étaient pleinement conscients du risque de mort qu'ils couraient, et à maintes reprises ils l'ont clairement signifié.

UN HÉRITAGE DE VALEURS

Impossible de nier qu'un bon nombre de valeurs chrétiennes sont présentement contredites dans notre société.  Dans ce contexte,  il nous apparaît que l'héritage légué par les Martyrs canadiens vient à la rencontre de nos indigences. Ils nous transmettent des valeurs capables de reconstituer le tissu spirituel  de notre société et de notre Église.  Leur ouverture aux autres et leur don de soi nous interpellent jusqu'au défi. Retenons quelques-uns des traits que nous pouvons extraire de leur vie.

Avant toute chose, il faut parler de l'intensité de leur attachement au Christ, principe de toute leur existence. Le Christ est pour eux une présence vivante: compagnon de route, d'apostolat, de souffrance, de martyre. Comme saint Paul, ils ont été saisis, empoignés par le Christ (Ph 3, 12). Ils ont été, parmi les Hurons, le Christ visible, les aimant jusqu'à en mourir.

Cet attachement au Christ explique leur zèle, plus incandescent que le feu qui les consume. Un zèle qui inspire à Brébeuf ces paroles stupéfiantes: «Ô mon Dieu, que n'êtes-vous connu! Que ce pays...  n'est-il tout converti à vous! Que n'êtes-vous aimé! Oui, mon Dieu,  si tous les tourments que les captifs peuvent endurer en ces pays... devaient tomber sur moi, je m'y offre de tout mon coeur et moi seul je les souffrirai». Il a suffi de vingt de ces missionnaires pour gagner à l'Évangile une nation entière et la conduire aux sommets de la sainteté. Que n'avons-nous  un peu de ce zèle à déployer dans les projets de nouvelle évangélisation?

C'est ce zèle qui a rendu les missionnaires de la Huronie si attentifs à percevoir les exigences de l'inculturation, au point d'adopter le mode d'alimentation, de logement des Amérindiens, comme aussi leur propre langue et leur imaginaire dans l'usage des tableaux et des images servant aux instructions et aux catéchismes.

Dans leurs relations quotidiennes, ils ont fait preuve entre eux d'une merveilleuse magnanimité. Ces hommes s'appliquent à exalter leurs compagnons d'apostolat, tandis qu'ils mettent un délicieux acharnement à se faire oublier et à travailler dans le rang.

Enfin, ils ont un esprit de prière qui nous stupéfie. Nous nous trouvons face à un mystère de vie intérieure, toute imprégnée de puissance et de grâce divines. Brébeuf disait: «Dieu nous a donné le jour pour être au service du prochain et la nuit pour converser avec lui». Contemplatifs dans l'action, ils voient Dieu en toutes choses.

La mission huronne est disparue avec le martyre de ceux qui l'ont fondée. Mais la dispersion des Hurons, après 1650, a eu pour effet de répandre l'Évangile parmi les nations des Grands Lacs et sur les bords de la rivière Hudson. Ces convertis formèrent le noyau des chrétientés que les Jésuites iront fonder chez les Iroquois et chez les nations de l'Ouest. Par eux et par le sang des Martyrs, le salut s'est propagé, comme un vaste incendie, dans toute l'Amérique du Nord.

Nous remercions Dieu d'avoir donné à l'Église qui est au Canada de si grands modèles.  À l'aube d'un millénaire placé sous le signe d'une nouvelle évangélisation, nous sommes invités à prolonger dans nos vies le témoignage de leur attachement au Christ, de l'intrépidité de leur zèle et leur esprit de prière.  Nous sommes heureux que leur mémoire soit gardée, particulièrement vivante, au sanctuaire de Midland, en Ontario, lieu même de leur apostolat et de leur martyre, où un pèlerinage au cours de l'année de ce grand anniversaire nous permettrait de redécouvrir l'héritage légué par les Martyrs canadiens.

En la fête de la «Croix glorieuse»,
le 14 septembre 1999 

Le Conseil permanent de
la Conférence des évêques catholiques du Canada

Membres du Conseil permanent

+M. le cardinal Jean-Claude Turcotte, président
+Mgr Gerald Wiesner, o.m.i., évêque de Prince George, vice-président
+Mgr Jacques Berthelet, c.s.v., évêque de Saint-Jean-Longueuil, co-trésorier
+Mgr Anthony Tonnos, évêque de Hamilton, co-trésorier
+M. le cardinal Aloysius Ambrozic, archevêque de Toronto
+Mgr Maurice Couture, s.v., archevêque de Québec et Primat du Canada
+Mgr Michael Bzdel, c.ss.r., archéparque de Winnipeg et métropolite des ukrainiens catholiques du Canada
+Mgr André Gaumond, archevêque de Sherbrooke
+Mgr James H. MacDonald, c.s.c, archevêque de St. John's
+Mgr Blaise Morand, évêque de Prince Albert
+Mgr Brendan O'Brien, évêque de Pembroke
+Mgr André Richard, c.s.c., évêque de Bathurst
+Mgr Raymond Roussin, s.m., évêque de Victoria
+Mgr André Vallée, p.m.é., évêque de Hearst
+Mgr Martin Veillette, évêque de Trois-Rivières
+Mgr James Weisgerber, évêque de Saskatoon

Note

Voici la liste et la date de décès des Martyrs canadiens : René Goupil (le 29 septembre 1642); Isaac Jogues (le 18 octobre 1646) ; Jean de La Lande (le 19 octobre 1646) ; Antoine Daniel (le 4 juillet 1648) ; Jean de Brébeuf (le 16 mars 1649) ; Gabriel Lalemant (le 17 mars 1649) ; Charles Garnier (le 7 décembre 1649) ; Noël Chabanel (le 8 décembre 1649).  René Goupil a accompli son travail dans les missions de la Nouvelle-France comme «donné» ou laïc.  Toutefois, tout juste avant de subir le martyre, il a prononcé ses voeux religieux, de sorte qu'au moment de sa mort il était membre de la Compagnie de Jésus.


Source : Sylvain Salvas
Directeur du Service des communications
Conférence des évêques catholiques du Canada
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Tél. : (613) 241-9461
Téléc. : (613) 241-9048

 

Mise à jour le Jeudi, 17 Août 2006  
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