Lettre ouverte au président élu de la Colombie Alvaro Uibe Vélez

mercredi le 19 juin 2002

Monsieur Alvaro Uribe Vélez
Président élu de la Colombie

Monsieur,

À l’occasion de votre première visite au Canada en tant que Président élu de la Colombie, nous vous écrivons au nom d’un grand nombre de Canadiens et d’institutions canadiennes pour vous exprimer nos profondes préoccupations en ce qui concerne la situation des droits de la personne dans votre pays. Nous vous demandons de prendre des mesures énergiques pour garantir un processus de paix intégral et authentique en vue de conclure un accord politique négocié pour le règlement du conflit armé.

Durant la dernière décennie, un nombre grandissant d’organisations canadiennes ont tissé des liens étroits de coopération et d’amitié avec des partenaires colombiens. Nous avons mis sur pied des programmes d’accompagnement et d’appui à des églises, des groupes pacifistes et de droits de la personne, des syndicats et d’autres organisations à caractère social. Nous avons été profondément touchés par le courage et la détermination de tant de femmes, d’hommes et d’enfants engagés à faire de la paix et de la justice une réalité dans un pays respectueux des droits de la personne.

Cependant il y a beaucoup d’obstacles à la paix tant souhaitée par les Colombiens, et il y a de sérieuses raisons de s’en inquiéter.

Au cours des dix dernières années, plus de 40 000 Colombiens et Colombiennes ont trouvé la mort à cause de la violence politique ou socio-politique. En ce moment dans votre pays, des groupes de défense des droits de la personne sont en train de documenter une moyenne de vingt assassinats ou enlèvements par jour, en raison de la violence politique ou socio-politique. Ce nombre représente le double du bilan rapporté il y a quatre ans lors de l’entrée en fonction du Président Pastrana. Presque tous ces crimes sont demeurés impunis.

Les Canadiennes et les Canadiens sont de plus en plus horrifiés et indignés du sort réservé à des milliers parmi les plus brillants fils et filles de votre pays. Travailleurs communautaires, syndicalistes, activistes sociaux, leaders autochtones et religieux, politiciens reconnus, journalistes, défenseurs des droits de la personne, ont été assassinés de sang-froid, enlevés ou obligés de s’exiler par suite des nombreuses menaces de mort ou d’atteintes à leur vie. Les survivants qui persévèrent à travailler dans leurs collectivités vivent constamment sous la menace et voient leurs droits bafoués.

Les violations systématiques et généralisées des droits fondamentaux des travailleurs constituent un obstacle sérieux au travail légitime des syndicalistes. En effet, selon la Confédération internationale des syndicats libres (C.I.S.L.), la Colombie se distingue comme étant l’endroit le plus dangereux au monde pour les syndicalistes.

De plus en plus de Colombiens sont forcés d’abandonner leurs foyers et leurs moyens d’existence et on estime à plus de deux millions le nombre sont désormais des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, en majorité des femmes et des enfants, vivant bien souvent dans la pauvreté la plus absolue.

Étonnamment, les gouvernements successifs ont refusé de prendre des mesures efficaces pour contrer la violation de droits et y mettre un terme. En effet, depuis plus de dix ans, les Nations unies, et d’autres institutions internationales, telle que l’Organisation des États américains(O.E.A.) et l’Organisation internationale du travail (O.I.T.), ont formulé une série de recommandations claires et précises dans le but d’améliorer la situation des droits de la personne et des droits syndicaux dans votre pays. Cependant, la grande majorité de ces recommandations sont restées lettre morte et n’ont fait l’objet d’aucun suivi.

Très souvent vos prédécesseurs et leurs représentants à l’étranger ont tenté d’excuser leur inertie en alléguant que la situation est “ complexe ” et que les violations étaient commises par des “ forces obscures ” indépendantes de leur volonté. L’un après l’autre, les gouvernements ont mis sur pied, avec grand éclat, des programmes et des institutions qui font croire à une volonté politique de s’occuper de la situation des droits de la personne au pays. Cependant, le plus souvent, cela n’a donné guère plus que des exercices de relations publiques.

Nous ne nions pas que la situation colombienne soit complexe. Un conflit armé de longue date est source importante de violence dans votre pays. La guérilla est responsable de violations graves du droit humanitaire international pour lesquelles elle doit répondre. Il s’agit d’exécutions arbitraires et délibérées, de kidnappings et de prises d’otages civils, ainsi que d’attaques disproportionnées ciblant au hasard des objectifs militaires, parfois à l’aide de cylindres de gaz explosifs.

Néanmoins, des preuves accablantes démontrent que la grande majorité des assassinats politiques et des disparitions sont l’œuvre de groupes paramilitaires agissant souvent avec le soutien ou le consentement des forces de sécurité de l’État. L’État colombien doit donc répondre de ces cas de violation car il est de la responsabilité du gouvernement d’assurer qu’en tout temps, situation de conflit ou non, les représentants de l’État respectent les droits fondamentaux de la personne et veillent à l’application de la loi.

Il est inquiétant de constater que le dernier rapport de la Haut?Commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme fait état d’un “contraste entre la fermeté du discours du Gouvernement contre les groupes paramilitaires © 1999 et son action concrète, ainsi qu’avec la sous?estimation de l’ampleur des liens existant entre les agents publics et ces groupes”.

Les Nations unies, entre autres, ont rapporté beaucoup de cas où les autorités ont été informées de massacres imminents et n’ont pas pris de mesures préventives alors qu’elles auraient pu réagir. Dans son plus récent rapport, Mme Hina Jilani, représentante spéciale du Secrétaire général de défense des droits de la personne, a déclaré que les autorités “ reçoivent régulièrement de l’information détaillée et de source sûre sur la localisation précise de bases et points de contrôle paramilitaires permanents, situés souvent à quelques pas des camps de l’armée, et pourtant rien n’est fait en conséquence ”.

M. Uribe, en tant que prochain président de la Colombie, vous avez le pouvoir de renverser cette tendance et de donner à vos concitoyens un avenir meilleur en pratiquant une politique où le respect des droits de la personne de chaque colombien et colombienne représente la pierre angulaire.

Néanmoins, nous ne sommes pas les seuls, au sein de la communauté internationale, à nous inquiéter des déclarations que vous avez faites dans les derniers mois sur la nécessité de créer un réseau de vigilance d’un million de Colombiens et Colombiennes qui travailleraient avec les services de sécurité. Nombreux sont ceux qui craignent, avec raison, que cela entraîne une plus grande implication de la population civile dans le conflit, et les prive par conséquent de la protection que leur confère le droit humanitaire international. Non seulement cette proposition ne tient aucun compte du droit de la population civile à ne pas être impliquée dans des situations de conflit mais il existe aussi le risque de voir l’histoire de la croissance paramilitaire se répéter et que de telles structures finissent par renforcer les paramilitaires.

De même, nous avons été troublés par les propositions que vous avez avancées pour mettre en branle des lois antiterroristes qui accorderaient, entre autres, des pouvoirs judiciaires aux forces de sécurité. Cela va à l’encontre du récent jugement de la Cour suprême qui déclarait inconstitutionnelles des mesures similaires contenues dans la Législation sur la défense et la sécurité nationale. Cela risque aussi de renforcer les mécanismes qui jusqu’à présent ont assuré l’impunité en masquant la responsabilité de violations de droits de la personne commises, autant par les forces armées que par les groupes paramilitaires, qui leur sont étroitement liés. Nous croyons qu’il n’y a pas de dichotomie entre sécurité et droits de la personne et que c’est seulement par un strict respect des droits de la personne qu’une sécurité véritable peut être établie.

Comme futur président de la Colombie, nous vous incitons vivement à élaborer une politique cohérente et complète vis-à-vis les droits de la personne, politique qui respecte les conventions de l’O.N.U., de l’O.E.A. et de l’O.I.T. ainsi que les autres traités ratifiés par la Colombie. De plus, nous vous engageons à mettre en pratique l’ensemble des recommandations formulées par ces institutions ; en particulier celles de l’O.I.T. visant à appuyer et aider les syndicats, tout comme cette recommandation de longue date de l’O.N.U. et de l’O.E.A. demandant au gouvernement colombien de démanteler définitivement les groupes paramilitaires en arrêtant, en jugeant et en sanctionnant tous ceux qui en font partie, tout autant que ceux qui dirigent, organisent, appuient ou financent ces groupes. En tant que Commandant en chef des Forces armées, vous aurez le pouvoir et la responsabilité de relever de leurs fonctions les membres des forces de sécurité de l’État coupables de violation des droits de la personne ou qui appuient les groupes paramilitaires par des actions ou des omissions.

Nous tenons compte de vos récentes déclarations laissant entendre la possibilité de nouveaux pourparlers de paix. Nous vous encourageons à traduire ces déclarations par un engagement concret à obtenir un accord politique négocié au conflit armé. Un tel processus doit compter sur la participation active des mouvements sociaux du pays et avoir comme fondement le respect sans conditions des droits de la personne et du droit humanitaire international. Nous sommes convaincus qu’un accord humanitaire protégeant la population civile doit être au cœur de toute négociation.

M. Uribe, au cours des dernières années, le gouvernement colombien a fait des efforts vigoureux pour attirer le commerce et l’investissement canadiens. Mais vous devez savoir qu’un nombre grandissant de citoyens canadiens se pose de sérieuses questions éthiques et morales sur le bien-fondé de l’expansion des échanges commerciaux dans un pays ou le gouvernement laisse ses propres citoyens mourir dans l’impunité en plus de restreindre gravement la liberté d’association, le droit à des conventions collectives, et une presse libre.

Soyez assuré que nous continuerons à appuyer tout effort visant à atteindre une paix réelle et durable basée sur la justice et les droits de la personne, et nous demeurerons vigilants face à la situation en Colombie.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments distingués.

Church and religious organizations (40)

1. Patricia Steenberg, Executive Director, KAIROS: Canadian Ecumenical Justice Initiatives
2. Most Reverend Jean Gagnon, President, Social Affairs Commission, Canadian Conference of Catholic Bishops
3. Robert Letendre, Executive Director, Canadian Catholic Organization for Development and Peace
4. Andrew Ignatieff, Executive Director, Primate's World Relief and Development Fund, Anglican Church of Canada
5. Rev. Christopher M. Ferguson, Executive Minister, Justice, Global and Ecumenical Relations Unit, United Church of Canada
6. Rev. Stephen Kendall, Principal Clerk, The Presbyterian Church in Canada
7. Margaret Clare Ford and Carol Dixon, Clerks, Canadian Friends Service Committee (Quakers)
8. Hector Poblete, Coordinator, Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine
9. Rev. Robert Faris, Coordinator, Canadian Churches Forum for Global Ministries
10. Rev. Dr. Stewart Gillan, Executive Director, Churches Council on Theological Education in Canada
11. Dr. Douglas Pritchard, Canada Coordinator, Christian Peacemaker Teams
12. Sister Gisèle Turcot, sbc, President, Canadian Religious Conference
13. Sister Maria Bierer, IBVM, General Leader, Institute of the Blessed Virgin Mary (Loretto Sisters), Toronto
14. Rev. Jack Lynch, S.F.M., Superior General, Scarboro Missions
15. Very Reverend David Nazar, S.J., Provincial Superior, Society of Jesus, Upper Canada Province
16. Sister Delia Calis, Provincial Leader, School Sisters of Notre Dame
17. Sister Anne-Marie Conn, rscj, Society of the Sacred Heart (Canada)
18. Sister Margaret Kane, CSJ, General Superior, Sisters of St. Joseph of Hamilton
19. Sister Eva Janning, CPS, Provincial Superior, Missionary Sisters of the Precious Blood in North America
20. Very Reverend Lorford A. Keasey, C.R, Provincial Superior, Congregation of the Resurrection
21. Fr. Bob Mokry, o.f.m., Provincial Minister, Province of Christ the King, Franciscans of Western Canada
22. Kenneth J. Decker, CSB, Acting Superior General, Congregation of St. Basil
23. Sister Mary Louise Brink, Congregational Leader, Sisters of Charity of Halifax, Nova Scotia
24. Michel Merizzi, M Afr, Provincial Superior, North American Province, Missionaries of Africa
25. Pat Fitzpatrick, CSSp, Provincial Superior, Spiritans TransCanada Province
26. Sister Marjorie Myles, Superior General, Grey Sisters of the Immaculate Conception
27. Sheila M. Moss, SSA , Western Canada Province, The Sisters of Saint Ann
28. Frances Brady, OLM, Congregational Leader, Our Lady’s Missionaries
29. Sheila McKinley, OSU, General Secretary, Ursuline Religious of Chatham
30. Josephine Badali, cnd Province Leader for Congregation of Notre Dame, Visitation Province
31. Lorraine Caza, Congregation Leader, Congregation of Notre Dame, Montreal
32. Joan Quinn, CSC – Provincial, Sisters of Holy Cross
33. Sister Lucy Germain, CSJ General Superior, Sisters of St. Joseph of Pembroke
34. Ernie Regehr, Director, Project Ploughshares
35. Sister Helen Harding, Congregational Leader, Sisters of Mercy of Newfoundland
36. Sister Sandra Shannon, General Assistant of Sisters of Providence of St. Vincent de Paul, Kingston
37. Jean Bellefeuille, Responsable du Carrefour de Pastorale en monde ouvrier (CPMO)
38. Denis Frotin, Pasteur, des Églises-Uni
39. Jean Greffard, communauté des capucins
40. Paula Kline, Director, Montreal City Mission

Trade union organizations (17)

41. Kenneth V. Georgetti, President, Canadian Labour Congress
42. Buzz Hargrove, President, Canadian AutoWorkers Union
43. Lawrence McBrearty, National Director for Canada, United Steelworkers of America
44. Judy Darcy, National President, Canadian Union of Public Employees
45. Deborah Bourque, National President, Canadian Union of Postal Workers
46. Brian Payne, President, Communications, Energy and Paperworkers Union of Canada
47. Elaine Price, President, Newfoundland and Labrador Federation of Labour
48. Barbara Byers, President, Saskatchewan Federation of Labour
49. Jim Sinclair, President, BC Federation of Labour
50. Wayne Samuelson, President, Ontario Federation of Labour
51. Kathy McVean, President, Ontario English Catholic Teachers Association
52. Dave C. Haggard, President, Industrial, Wood and Allied Workers of Canada
53. Fred Muzin, President, Hospital Employees' Union, BC Health Services Division, CUPE
54. George Heyman, President, BC Government and Service Employees' Union (BCGEU)
55. David Chudnovsky, President, BC Teachers' Federation (BCTF)
56. Barry O'Neill, President, CUPE BC
57. Roger Fortin, CSN, Trois-Rivières

Human Rights, Development and Other Non-Governmental Organizations (23)

58. Gerry Barr, President, Canadian Council for International Co-operation
59. Kathleen Mahoney, Interim President, Rights and Democracy
60. Francine Néméh, Présidente, Association québécoise des organismes de coopération internationale
61. Neil Tilley, Chair, Atlantic Council for International Cooperation / Conseil atlantique pour la coopération internationale
62. Scott Harris, Executive Director, Alberta Council for Global Cooperation
63. Karine Rainville, Coordinator, Ontario Council for International Co-operation
64. Rhonda Spence, President, CoDevelopment Canada
65. Patricia Rebolledo, Executive Director, Horizons of Friendship
66. Rieky Stuart, Executive Director, Oxfam Canada
67. Zonibel Woods, Director of Government Relations, Action Canada for Population and Development
68. David Blair, President, Canadian Association of Labour Lawyers
69. Nancy Bennett, Executive Director, Developing Countries Farm Radio Network
70. Manuel Rozenthal, Canada Colombia Solidarity Campaign
71. Iliam Burbano, Coordinator, Canadian Colombian Association
72. Suzanne Loiselle, Director General, Entraide Missionnaire
73. Sister Theresa Nagle, SSND Social Justice Office
74. Jim Dahl, Director of Global Operations, Christian Children’s Fund of Canada
75. Dr. Kevin Chan, Co-Chair, Canadian Society for International Health
76. Dr. Viviana Patroni, Director, Centre for Research on Latin America and the Caribbean, York University
77. Joan Tuck, President of the Board of Directors, Social Justice Committee
78. Grahame Russell, Co-Director, Rights Action
79. Rick Berube, President, Sombrilla
80. Mulugeta Abai, Executive Director, Canadian Centre for Victims of Torture